Croissance en berne et accélération de l’inflation : c’est quoi la stagflation ?

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© Dzmitry Dzemidovich

L’économie française subit un coup de frein. Le produit intérieur brut (PIB) a stagné entre janvier et mars, après avoir augmenté de 0,8 % entre octobre et décembre 2021, a évalué provisoirement l’Institut national de la statistique et des études (Insee) dans une enquête parue vendredi 29 avril.

Moteur traditionnel de la croissance, la consommation des ménages a reculé de 1,3 %, contre une hausse de 0,6 % au trimestre précédent, constate l’Insee. « Cette baisse est principalement due au recul de la consommation alimentaire (–2,5 %) et, dans une moindre mesure, à celui de la consommation d’énergie (–1,6 %) », a détaillé l’organisme.

L’inflation pèse sur la demande. Le même jour, l’Institut a publié une estimation d’une nouvelle des prix à la consommation, de 4,8 % sur un an en avril. « Cette hausse de l’inflation serait due à une accélération des prix des services, de l’alimentation et des produits manufacturés. Les prix de l’énergie resteraient en forte hausse sur un an », indique l’Insee, précisant que le résultat de sa mesure est « provisoire ».

La stagnation du PIB constitue une surprise pour l’Insee comme pour la Banque de France. La hausse des prix, elle, a repris de la vigueur lors la reprise économique et du bond de la consommation qui ont accompagné l’atténuation de la crise sanitaire due à la pandémie de Covid-19. Elle a encore grimpé en raison de la guerre menée par la Russie en Ukraine depuis le 24 février.

Certains économistes craignent le retour de la stagflation en France.

C'est quoi, la stagflation ?

Il s’agit d’un mot-valise, incluant la stagnation – de l’économie – et l’inflation.

Le mot a été utilisé pour « la première fois au milieu des années 1960 pour décrire la situation économique du Royaume-Uni », puis il a été repris pour analyser la situation « des pays industrialisés » après le « premier choc pétrolier (1973) », rappelle le site officiel Vie publique.

L’arrivée de la stagflation a signé la remise en cause de théories économiques. « À la suite des travaux d’Alban William Phillips de 1958, les économistes pensaient que chômage et inflation étaient négativement liés entre eux, c’est-à-dire qu’une hausse du taux de chômage allait de pair avec une inflation modérée », écrit l’économiste Raphaël Didier dans un article publié le 28 avril sur son blog.

Pour qu’il y ait stagflation, il faudrait que la stagnation et l’inflation se maintiennent « sur au moins plusieurs trimestres », a expliqué à l’Agence France-Presse (AFP) Pierre Jaillet, chercheur associé à l’Institut Jacques Delors.

« Est-ce qu’on est entré en stagflation ? C’est une bonne question. Pour l’instant, on a les deux ingrédients, on n’a pas beaucoup de croissance et on a une inflation qui est très élevée, qui est de l’inflation essentiellement importée », a commenté le 2 mai auprès de BFM Business le directeur général de l’Insee, Jean-Luc Tavernier.

Quels peuvent être les avantages de la stagflation ?

L’inflation est habituellement considérée comme positive pour les personnes devant rembourser un emprunt à taux fixe. Il peut en être ainsi des particuliers, des sociétés et des Etats, si tant est que le revenu de ces débiteurs progresse.

Pour les salariés, l’inflation peut constituer un argument dans les négociations individuelles et collectives de hausse de rémunérations.

Quels sont les dangers de la stagflation ?

Les augmentations de salaires peuvent nourrir les hausses de prix. « Derrière le terme ‘‘stagflation’’, il y a l’idée d’une spirale prix-salaires, a souligné l’économiste Philippe Aghion auprès du PointC’est-à-dire que la hausse des prix à la consommation pousse à l’augmentation des salaires et qu’ensuite cette hausse des salaires alimente celle des prix. » Une telle mécanique s’opère « aux Etats-Unis », mais pas « en France », constate Philippe Aghion.

Les travailleurs dont les revenus stagnent ou baissent subissent une dégradation de pouvoir d’achat. Les entreprises peuvent être confrontés à deux maux, la perte de marchés et la hausse de leurs charges (matières premières, transports, salaires, etc.). 

La stagflation induit un haut niveau de chômage : l’économie à l’arrêt ne permet pas de créer suffisamment d’emplois.

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Que peuvent faire les États et les banques centrales contre la stagflation ?

Les Etats peuvent soutenir l’activité économique, par exemple en soutenant la consommation et l’investissement des entreprises. Cependant, les remèdes utilisés peuvent aboutir à tirer l’inflation.

Les banques centrales, dont fait partie, en zone euro, la Banque centrale européenne (BCE), se trouvent, elles, devant un « dilemme cornélien », analyse Raphaël Didier. Si elles resserrent « fortement la politique monétaire pour lutter contre l’inflation », elles risquent de freiner « l’activité économique, au moment même où celle-ci est déjà fortement affectée par les ruptures dans les chaînes d’approvisionnement, les conséquences de la guerre en Ukraine et une évolution incertaine de la demande ». Inversement, un durcissement de la politique monétaire pénalise la croissance.

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