Une pétition en ligne peut-elle faire changer le cours des choses ?

Appel au boycott de Starbucks, lutte contre le gaspillage alimentaire ou demande de retrait du Doliprane à la fraise... Sur le web, les pétitions se sont multipliées et récoltent de nombreuses signatures virtuelles. Comment peuvent-elles influencer les décisions politiques ? 

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Près d'un million de pétitions en ligne ont été lancées sur le site change.org.
Près d'un million de pétitions en ligne ont été lancées sur le site change.org.

Lutte contre le gaspillage alimentaire des supermarchés, demande de la grâce présidentielle pour Jacqueline Sauvage ou d’une enquête sur le Dieselgate, interdiction des rejets toxiques en mer dans le parc national des Calanques ou retrait du Doliprane à la fraise... Sur Internet, les pétitions en ligne abondent. La dernière en date appelle au boycott de la chaîne Starbucks.

Début février, l’interdiction provisoire de l’accès à une succursale d’un café Starbucks aux femmes en Arabie Saoudite a fait beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux. Une pétition lancée par l’association féministe Les Éffrontées a récolté plus de 11 700 signatures à ce jour. Sauf que la version initiale du récit a été remise en cause par une journaliste et par la marque américaine : le café était à l’origine réservé aux hommes. La construction d’un mur devait lui permettre d’être accessible aux femmes en leur réservant une salle à part.

Un million de pétitions sur Change.org

Sur les plates-formes comme Change.org ou Avaaz.org, les internautes peuvent lancer ou signer en quelques clics une pétition. Sur Change.org, le site fondé en 2007 par l’Américain Ben Rattray, près d’un million de pétitions ont été lancées dans 196 pays. En France, près de 6 millions d’utilisateurs se sont mobilisés pour des sujets qui les tiennent à cœur. Plus de 435 000 personnes ont participé à celle demandant la grâce présidentielle de Jacqueline Sauvage, mère de famille ayant tué son mari violent, et 158 000 soutiens ont manifesté leur solidarité à l’égard des huit salariés condamnés de Goodyear.

Ces pétitions ont-elles un impact dans les décisions ? Forte du nombre de signatures recueillies, quel est le poids de ces mobilisations virtuelles ? Comment influencent-elles les décideurs ?

Aucune valeur juridique pour les pétitions en ligne

En France, les pétitions « écrites » ont juridiquement peu d’impact. Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) peut être saisi après une pétition écrite à condition qu’elle compte plus de 500 000 signatures. Le CESE donne alors son avis au gouvernement, à titre consultatif.

Quant aux pétitions en ligne, « elles n’ont aucune valeur juridique » souligne Jean-Marie Pierlot, co-auteur de l’ouvrage « Les nouvelles luttes sociales et environnementales » avec Thierry Libaert (Édition Vuibert, 2015). « Seules celles qui sont adressées au Parlement européen sur des formulaires soigneusement contrôlées ont un statut légal » explique-t-il. Depuis le traité de Maastricht, tout citoyen de l’Union européenne peut adresser une pétition au Parlement européen si elle relève de son domaine de compétence. En 2012, sur les 2322 pétitions reçues au Parlement européen, 1406 ont été déclarées recevables. Elles concernaient principalement les droits fondamentaux, l’environnement et le marché intérieur.

La même valeur politique... qu’un sondage d’opinion

La pétition en ligne a donc une « simple valeur politique », indique Franck Bousquet, professeur des Universités en Sciences de l’information et de la communication à Toulouse. La cause va se faire connaître et reconnaître dans l’espace public soit par son nombre de signatures, soit par la popularité de ses signataires. »

Soucieux de l’opinion publique, les décideurs politiques n’y sont pas insensibles. « Ils réagissent à une pétition de la même manière qu’aux sondages » poursuit Franck Bousquet. « Dans les sociétés qui se revendiquent de la démocratie, les dirigeants ne peuvent pas rester sourds à ces demandes lorsqu’elles sont portées par un public nombreux et relativement représentatif » ajoute le spécialiste de la communication Jean-Marie Pierlot.

Associations, personnalités influentes et réseaux

Une fois la pétition mise en ligne, l’auteur doit la rendre visible dans l’espace public pour qu’elle ait du poids. A cet exercice, la capacité de son ou ses propriétaire(s) à mobiliser ses réseaux, les médias et les leaders d’opinion est déterminante, bien qu’il puisse avoir des « effets de buzz » admet Franck Bousquet. Avant tout, le document virtuel est relayé par des associations, des ONG et des personnalités influentes. Ce sont ces acteurs plus « traditionnels » qui lui attribuent sa visibilité.

Mais un engagement en quelques clics pèse-t-il assez pour être pris en compte ? « Suffit-il de signer une pétition en ligne ou de se manifester par un « Like » sur Facebook pour s’engager pour une cause » s’interroge Jean-Marie Pierlot. Sur Internet, le créateur et les signataires peuvent garder l’anonymat s’ils le souhaitent. Cela peut entraîner des falsifications, notamment pour faire grimper le nombre de participants.

Grâce de Jacqueline Sauvage, enquête européenne sur le Dieselgate ou loi sur le gaspillage alimentaire... Toutes ces « victoires » affichées sur Change.org reposent sur la mobilisation de militants actifs. Ces « combats » ont « résisté dans la durée » car ils ont été porté par un « noyau dur de militants, prêts àsacrifier de nombreuses heures à mobiliser, militer et recruter des sympathisants. A l’inverse des initiatives éphémères des militants d’un jour, qui se découragent à la première défaite », conclut Jean-Marie Pierlot.

df
Marie Dagman
Publié le

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