Vaccination contre le Covid-19 : comment l’exécutif essaie d’apaiser les inquiétudes

6 min de lecture

Ce contenu a bien été ajouté à vos favoris

Voir mes favoris

Ce contenu a bien été supprimé de vos favoris

Voir mes favoris

Pour ajouter ce contenu à vos favoris vous devez être connecté(e)

Me connecter

Pour ajouter ce contenu à vos favoris vous devez être abonné(e)

M'abonner
Vaccination
© Benoit Tessier – Reuters

Le gouvernement s’est efforcé de faire œuvre de pédagogie dans une conférence de presse sur sa stratégie vaccinale contre le Covid-19, donnée jeudi 3 décembre au ministère des Solidarités et de la santé.

« J’entends les réticences, voire parfois les craintes exprimées par certains d’entre vous », a admis Jean Castex, qui a donné la parole aux ministres Olivier Véran (Santé et solidarités) et Agnès Pannier-Runacher (déléguée chargée de l’Industrie) ainsi qu’au secrétaire d’Etat chargée des Affaires européennes, Clément Beaune.

« Est-ce que ces vaccins sont sûrs ? Est-ce qu’ils sont efficaces ? Y en aura-t-il assez ? », a dit le chef du gouvernement, reprenant différentes interrogations que se posent, selon lui, les Français.

Le Premier ministre a lié le « délai qui peut sembler bref » pendant lequel des vaccins ont été mis au point avec la « mobilisation inédite et exceptionnelle de toute la communauté scientifique mondiale ».

Des vaccins validés par des « autorités scientifiques indépendantes »

L’utilisation de vaccins développés par des laboratoires dépend d’« autorités scientifiques indépendantes », a expliqué le chef du gouvernement.

« Dans les tout prochains jours et en toute hypothèse avant le 29 décembre, l’Agence européenne du médicament se prononcera sur l’autorisation de mise sur le marché des deux premiers vaccins les plus avancés, ceux de Pfizer-BioNTech et de Moderna. Cette autorisation obtenue, c’est la HAS qui se prononcera », a détaillé Jean Castex, en référence à l’Agence européenne des médicaments et à la Haute autorité de santé, dont l’exécutif entend respecter les préconisations.

Le pays doit disposer « d’un potentiel de 200 millions de doses », afin de permettre de « vacciner 100 millions de personnes ». Deux injections sont requises pour la plupart des vaccins développés.

Un acte gratuit

« La vaccination sera gratuite pour tous », a indiqué le Premier ministre. Le gouvernement a budgété 1,5 Md€ dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PFLSS) pour 2021. Si, comme l’avait déjà annoncé Emmanuel Macron dans son discours du 24 novembre, la vaccination ne sera pas obligatoire, Jean Castex appelle à accomplir cet « acte altruiste ». « Se faire vacciner, c’est aussi protéger les autres », a-t-il affirmé.

Une campagne en plusieurs temps

Suivant les recommandations de la HAS, la vaccination va se faire en plusieurs phases, la première devant concerner les personnes habitant en Ehpad. La Haute autorité de santé recommande de vacciner en priorité les résidents âgés des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ou de « tout autre hébergement collectif », écrit-elle dans un communiqué diffusé lundi 30 novembre.

La HAS souhaite aussi que soient vaccinés « dans cette première phase les professionnels du secteur de la santé, du secteur médico-social et du transport sanitaire dont l’activité ne doit pas être interrompue en période épidémique », priorité devant être accordée de son point de vue à « ceux qui sont amenés à être en contact prolongé et régulier avec des personnes susceptibles d’être infectées [...] et qui présentent eux-mêmes un risque de forme grave (professionnels de plus de 65 ans et/ou avec comorbidité ».

D’après Jean Castex, un million de personnes doivent être vaccinées dans le cadre de cette première phase, à partir de début janvier. La deuxième phase doit viser jusqu’au printemps environ 14 millions de personnes, soit celles présentant un facteur de risque et des professionnels de santé. La troisième phase s’adressera enfin au reste de la population.

Une consultation médicale préalable

Olivier Véran a évoqué l’organisation obligatoire d’une « consultation médicale en amont de la vaccination ». Les familles des résidents des Ehpad « seront associées étroitement » à la vaccination de leurs proches, a ajouté le ministre.

Un dispositif de pharmacovigilance

Les personnes vaccinées vont faire l’objet d’un suivi par un dispositif spécifique de pharmacovigilance.

L’association du Parlement, des citoyens, des collectivités territoriales et des professionnels de santé

Le gouvernement présentera en décembre sa « stratégie vaccinale » au Parlement.

Il compte mettre sur pied un conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, qui devra « l’appuyer [...] dans les choix qu’il sera conduit à faire en la matière », a fait savoir le Premier ministre. Cette instance, présidée par l’immunologue Alain Fischer, sera composée d’experts scientifiques, de professionnels de santé ainsi que de représentants des collectivités territoriales et d’associations de patients.

Les « collectivités territoriales seront également parties prenantes » de la stratégie. L’exécutif s’est trouvé de précieux alliés dans leurs dirigeants. Dans un courrier du 24 novembre, les présidents des trois principales structures regroupant des élus locaux, François Baroin (Association des maires de France), Dominique Bussereau (Association des départements de France) et Renaud Muselier (Régions de France), ont assuré à Olivier Véran, « être prêts à travailler pour le succès de cette campagne de vaccination ».

Pour eux, les collectivités doivent apporter une collaboration selon le schéma suivant :

  • les communes pourraient mettre « des locaux adaptés et leurs personnels à disposition » ;
  • « les départements prendraient en charge la vaccination des populations prioritaires définies par la HAS » ;
  • « les régions, en accord avec les autorités sanitaires, les départements et [les] communes, décideraient des lieux d’implantation des centres de vaccination, organiseraient l’acheminement des vaccins et participeraient à l’achat de congélateurs pour leur stockage ».

Des « craintes sur la sécurité »

L’adhésion à la vaccination anti-Covid n’est pas massive. Selon un sondage BVA/Europe 1 publié le 23 novembre, « 60 % des Français déclarent vouloir se faire vacciner contre le Covid-19 lorsqu’un vaccin sera disponible ». Mais seuls « 20% envisagent de le faire dès que possible, tandis que 40 % préfèrent attendre et ne pas le faire ‘‘tout de suite’’ », à en croire cette étude*.

« Le rejet de principe des vaccins porté par les ‘‘antivaccins’’ radicaux ne concerne qu’une toute partie de la population, a souligné auprès du magazine Challenges le sociologue Jérémy Ward. Ce sont plutôt les craintes sur la sécurité de certains vaccins, leurs effets secondaires ou la présence de substances perçues comme dangereuses, comme l’aluminium et le mercure, qui nourrissent les hésitations. »

Faute de recul, une partie du monde médical montre une certaine inquiétude. « Dans mon entourage, personne ne veut se faire soigner, explique à Dossier Familial, Wilfried Kalfon, infirmier et dirigeant d’une entreprise de vente de matériel sanitaire à Marseille. Les infirmiers ont peur du vaccin ».

Intervenant au cours de la conférence de presse, Alain Fischer a souligné la nécessité de mener un travail de conviction auprès des professionnels de santé, qui échangeront sur le sujet avec leurs patients.

* Ce sondage a été mené suivant « la méthode des quotas » auprès d’un « échantillon de 1 002 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus ».

A lire aussi