Où sont les masques et les tests ? Le Conseil d’État saisi par des médecins et infirmiers

Deux syndicats ont saisi le Conseil d’État pour résoudre l’insuffisance d’équipements à la disposition des praticiens.

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Une infirmière lors d’une manifestation à Nice contre la réforme des retraites, le 9 janvier à Nice.
Une infirmière lors d’une manifestation à Nice contre la réforme des retraites, le 9 janvier à Nice. © Eric Gaillard – Reuters

En se tournant vers la justice, ils lancent un cri d’alarme. « Les professionnels de santé à domicile sont en manque de matériel de protection » face à la pandémie de coronavirus, dénonce mercredi 25 mars auprès de Dossier Familial Michèle Droin, qui préside le syndicat d’infirmiers libéraux Infin’Idels, à l’origine d’une requête devant le Conseil d’État.

L’organisation et 70 infirmiers à titre individuel demandent à la juridiction d’ordonner à l’Etat d’« approvisionner en matériel les professionnels de santé et de prendre toutes les mesures de police et de réquisitions nécessaires pour faire fabriquer des masques et du gel hydroalcoolique notamment », rapporte l’institution.

Selon le communiqué du Conseil d’État, le Syndicat des Médecins Aix et Région (SMAER) réclame, dans une autre requête, des mesures similaires et demandent en outre « des moyens de dépistage massif ainsi que l’autorisation de prescrire et d’administrer aux patients à risque l’association de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine » ou la première de ces molécules.

« Mettre fin à l’atteinte à des libertés »

« Il s’agit d’un référé-liberté, la procédure la plus rapide de la justice administrative, explique à Dossier Familial l’avocat Nicolas Choley, en charge des requêtes. L’objectif est donc de mettre fin à l’atteinte à des libertés fondamentales, soit aux droits à la vie, à l’intégrité physique, à la santé et à recevoir des traitements, mais aussi au principe de précaution, dont nous espérons qu’il soit reconnu comme une liberté fondamentale. »

« Nous souhaitons que tout soit mis en œuvre pour que soient réquisitionnés les réserves des particuliers et les stocks de masques, notamment de masques FFP3, utilisés pour se protéger de l’amiante », souligne Me Choley.

« Notre pays doit sortir du Tiers-Monde. Comment se fait-il que les professionnels soient équipés comme des cosmonautes en Chine et en Corée du Sud et pas en France ? », s’interroge le juriste.

« Nous voulons aussi plus de transparence dans la logistique de la distribution. Il ne faut pas que la distribution des masques repose sur un seul professionnel, en l’occurrence le pharmacien », précise Nicolas Choley.

Au-delà, pour les requérants, des masques chirurgicaux doivent être attribués à toute personne malade ou identifiée comme malade.

Après une audience ce jeudi, le Conseil d’État doit se prononcer sur le référé « soit le jour même, soit le lendemain », prévoit Me Choley.

« Dons » pour combler le manque

Alors que d’autres syndicats doivent s’associer à sa requête, Michèle Droin fait part de sa vive inquiétude. « On nous ment depuis environ un mois. Les Agences régionales de santé et le ministère de la Santé nous disent que nous allons être livrés en masques FFP2. Nous n’en avons pas vu la couleur. Nous ne disposons que de masques simples, FFP1. La semaine dernière, nous avons reçu 18 de ces masques par infirmier libéral. Depuis, plus rien », déplore la présidente d’Infin’Idels, qui pratique dans l’Aude et dans les Pyrénées-Orientales.

Des « dons » ont permis de combler le manque de masques. « Nous avons fait appel à des vétérinaires, à des animaleries et à des magasins de bricolage pour en obtenir », indique Michèle Droin.

En plus des masques, un « minimum, il faudrait des charlottes, des lunettes de protection, des surblouses, des surchaussures et des gants ».

Les infirmiers libéraux sont confrontés au risque d’être contaminés et de transmettre le coronavirus à leurs patients, dont beaucoup sont très fragiles (personnes âgées, malades souffrant d’un cancer ou sous dialyse, etc.).

Interrogée sur les raisons de ce manque d’équipements, Michèle Droin dit : « Je ne sais pas quoi vous répondre. Ou les stocks nécessaires n’existent pas, ou le gouvernement ne prend pas conscience de notre besoin en matériel. »

Saturation à venir

La présidente d’Infin’Idels déplore l’absence d’interlocuteurs : « Nous recevons par courriel des fiches de bonne conduite transmises par les Agences régionales de santé et l’Ordre des infirmiers. »

« Nous allons très vite être débordés », estime l’infirmière. La dirigeante syndicale craint que « les hôpitaux soient complètement saturés. Les patients contaminés âgés de 70 ou de 80 ans risqueront de ne pas être pris en charge et de rester à leur domicile, au contraire de ceux de 40 ans ».

D’après Michèle Droin, « les infirmiers libéraux ont reçu les consignes suivantes de la part des hôpitaux. Les patients dialysés infectés par le Covid-19 ne seront pas pris en charge par les établissements. En conséquence, les infirmiers devront continuer à s’occuper de ces personnes très fragiles. Mais sans matériel pour prendre en charge l’insuffisance respiratoire grave et la déshydratation, ce sera très difficile ».

« Armer les médecins, les infirmières »

Le 13 mars, avant le confinement, Olivier Véran avait assuré que « la logistique » de distribution de masques FFP2 auprès des professionnels de santé en ville « part d’abord en direction des sites où la circulation du virus est la plus active […] et sur tout le territoire national très progressivement ».

« Nous devons la protection à ceux qui nous protègent. Il faut armer les médecins, les infirmières, mais aussi les kinés, les dentistes, tous les acteurs de santé en ville », avait soutenu le ministre des Solidarités et de la santé sur Europe 1.

Invité par Dossier Familial à réagir aux propos de Michèle Droin, le cabinet d’Olivier Véran n’a pas répondu. 

[MISE À JOUR LE 31 MARS] Le Conseil d'Etat a rejeté les recours déposés contre le gouvernement par les syndicats de soignants. 

df
Timour Aggiouri
Publié le

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