Nanomatériaux : l’Anses s’inquiète du manque de transparence

Aliments, cosmétiques, médicaments… Utilisés dans de nombreux produits de la vie courante, les nanomatériaux ne sont pas assez traçables, s’inquiète l’Agence nationale de la sécurité sanitaire (Anses).

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© Dr_Microbe

Imperceptibles à l’œil nu, les nanomatériaux manufacturés ont envahi notre quotidien. Crèmes solaires, cosmétiques, textiles, aliments, peintures, médicaments, écrans, emballages… Ils entrent dans la composition de nombreux produits de la vie courante. Plus de 400 000 tonnes sont produites par l’industrie et des laboratoires de recherche ou importées chaque année en France.

Leur taille – 10 000 fois plus petit qu’un cheveu humain – leur confère des propriétés physiques et biologiques différentes de celles des matériaux « classiques » et recherchées par les industriels : fluidité, transparence, résistance mécanique, résistance aux bactéries, etc. Les nanomatériaux les plus utilisés sont le dioxyde de titane, le noir de carbone dans les pneus, le silice amorphe synthétique dans l’alimentaire ou encore le carbonate de calcium, le dioxyde de cérium, l’oxyde de zinc, selon l’Avicenn, une association de veille citoyenne sur les nanotechnologies.

Problème, leur utilisation massive soulève de nombreuses interrogations en termes de risques sanitaires et environnementaux. Depuis 2013, les entreprises et laboratoires de recherche ayant une activité impliquant une quantité minimale de 100 grammes par an de substances à l’état nanoparticulaire ont l’obligation de déclarer chaque année les quantités et les usages de nanomatériaux qu'ils produisent, distribuent ou importent. Les données sont compilées dans un registre, appelé R-Nano.fr, qui est géré par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). L’objectif est de mieux connaître les nanomatériaux mis sur le marché et de disposer d’une traçabilité des filières d’utilisation et de rassembler des connaissances à des fins d’évaluation des risques.

Mais huit ans après sa mise en place, l’Anses a publié, mardi 1er décembre, un premier bilan des déclarations. Et il est loin d’être satisfaisant. Sur les 52 000 déclarations analysées, « 90 % des données de caractérisation des nanomatériaux telles que la taille, la surface spécifique, la charge de surface ne sont pas exploitables et 10 % seulement renseignent correctement leur usage », s’alarme l’Anses. Selon les experts, le « niveau de renseignement médiocre » et la « validité limitée des données » rendent difficile leur exploitation. Ils pointent notamment les exemptions, l’invocation possible du secret des affaires ou encore « l’absence de vérification de la validité des données déclarées ».

Améliorer la fiabilité du registre R-nano

Pour améliorer la traçabilité des nanomatériaux, l’Anses recommande d’élargir l’obligation de déclaration à tous les acteurs de la chaîne, distributeurs compris, et de l’appliquer également aux substances exportées en dehors du territoire national. « Un système de vérification de la qualité et de la pertinence des données enregistrées mériterait d’être envisagé » et les déclarations devraient inclure des informations complémentaires comme « le nombre de travailleurs potentiellement exposés aux nanomatériaux et les quantités déployées par type d’usage ».

L’agence sanitaire demande aussi d’abaisser le seuil à partir duquel les nanomatériaux doivent faire l’objet d’une déclaration. « Aujourd’hui, seuls les nanomatériaux contenant au moins 50 % de particules dont la taille est comprise dans l’intervalle 1-100 nanomètres doivent être déclarés. Or, certains dont la fraction nanométrique est inférieure à ce seuil pourraient être préoccupants pour la santé et l’environnement ».

Enfin, les experts réclament d’élargir la mise à disposition des données aux acteurs de santé publique.

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