Médicaments : l’UFC-Que Choisir alerte sur la forte hausse des pénuries

Antibiotiques, anticancéreux, antiépileptiques, antiparkinsoniens… Les pénuries de médicaments se sont aggravées en une décennie en France. Une situation d’autant plus inquiétante que cela concerne des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur.

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© Eugeniusz Dudzinski

Mises en lumière depuis le début de la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19, les ruptures de stocks et tensions d’approvisionnement de médicaments se sont amplifiées en une décennie. C’est ce que révèle une étude de l’association de consommateurs, UFC-Que Choisir, qui s’appuie sur les chiffres de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

« Encore anecdotique en 2008 avec environ 40 médicaments déclarés en rupture de stock par an, la situation est aujourd’hui particulièrement préoccupante », alerte l’association. Alors qu’on recensait 405 pénuries en 2016, ce chiffre a quasiment triplé en 3 ans pour atteindre 1 200 en 2019. Et en raison de la crise sanitaire, l’ANSM prévoit que 2 400 ruptures de médicaments devraient être constatées cette année. Soit six fois plus qu’il y a quatre ans.

Des médicaments anciens, peu coûteux et indispensables pour les patients

Le phénomène est d’autant plus inquiétant qu’il concerne des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM), pour lesquels « une interruption de traitement peut être susceptible de mettre en jeu le pronostic vital des patients », souligne l’UFC-Que Choisir. Et il ne s’agit pas des molécules récentes onéreuses. Sur les 140 médicaments signalés en rupture de stock et en tension d’approvisionnement sur le site de l’ANSM au 15 juillet 2020, 75 % sont commercialisés depuis plus de vingt ans et sont vendus à un prix inférieur à 25 € (un quart le sont à moins de 4 €). Près de la moitié sont, par ailleurs, remboursés à hauteur de 65 % et sont donc évalués comme rendant un service médical important.

Si toutes les classes de médicaments sont touchées par les ruptures, les plus concernés sont les antibiotiques, les anticancéreux et les médicaments du système nerveux central (antiparkinsoniens, antiépileptiques).

Or, dans près de deux tiers des cas de pénurie, les solutions apportées par les industriels aux situations de pénuries « sont insuffisantes voire inacceptables ». Dans 30 % des situations, les industriels renvoient vers une alternative thérapeutique qui n’est pas systématiquement satisfaisante puisque « les substitutions peuvent parfois entraîner des effets secondaires plus importants, ou nécessiter un temps d’adaptation à la nouvelle posologie, particulièrement pour les patients âgés ». Dans 12 % des cas, les producteurs orientent les professionnels de santé vers des solutions de derniers recours, comme la diminution de la posologie. Et enfin, dans 18 % des cas, les laboratoires n’apportent aucune solution de substitution.

Manque de réponses des pouvoirs publics

Face à cette situation, l’UFC-Que Choisir déplore les réponses proposées par les pouvoirs publics. En 2019, seulement deux sanctions pour rupture de stock ont été prononcées contre des laboratoires. Par ailleurs, malgré un texte du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2020 prévoyant d'imposer aux laboratoires une obligation de stock de médicaments pouvant aller jusqu’à quatre mois, un décret - pas encore publié - ne prévoit plus qu’un à deux mois de stock. Une durée « insuffisante » alors que les pénuries sont de plus en plus longues. « La durée médiane des ruptures d’approvisionnement en officine en France est passée de 90 jours en septembre 2019 à près de 250 jours en septembre 2020, soit plus de 8 mois », note l’association.

Aussi, l’UFC-Que Choisir demande « l’obligation pour les laboratoires de constituer des stocks suffisants pour répondre aux besoins des usagers du système de santé pour l’ensemble des médicaments d’intérêt thérapeutique majeur » ainsi que « le renforcement, dans la loi et dans les faits, des sanctions envers les laboratoires négligents dans leur gestion de l’approvisionnement du marché français ». Elle réclame également une production publique de médicaments, « à même d’assurer la fabrication continue de ceux délaissés par les laboratoires ».

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