L’exécutif à la recherche d’une réforme des retraites

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Laurent Pietraszewski, Assemblée nationale, hémycycle
© Benoit Tessier – Reuters

À moins d’un an de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron laisse planer le doute sur sa volonté de mener à bien une modification des règles des retraites.

L’épidémie de Covid-19 marque une décrue. Elle avait bouleversé le quinquennat et brisé l’élan réformateur affiché par le chef de l’Etat. Après avoir résisté aux manifestations et aux grèves massives à la RATP et à la SNCF, le gouvernement d’Edouard Philippe s’était résolu en mars 2020 à suspendre l’examen de la réforme des retraites pour se concentrer sur la réponse à la pandémie. La réforme était fondée sur la création d’un régime universel de retraite, destiné à mettre fin aux disparités entre tous les régimes, et d’un âge d’équilibre, en deçà duquel un départ à la retraite induisait une baisse de la pension due.

Réforme des retraites : l’exécutif revoit sa copie

« Elle était très ambitieuse, extrêmement complexe et porteuse d’inquiétudes, il faut le reconnaître, être lucide sur la manière dont le pays l’a vécue », a commenté, jeudi 2 juin devant des journalistes à Martel (Lot), Emmanuel Macron, cité par l’Agence France-Presse (AFP). « La faire maintenant, ce serait ne pas prendre en compte le fait qu’il y a déjà beaucoup de peurs », a souligné le président de la République, précisant qu’il était « trop tôt ».

Aussi, « ce ne sera pas la même » réforme. Le thème des retraites doit être abordé « dans le débat avec les Françaises et les Français, les représentants syndicaux et patronaux, les partis politiques et les experts », a expliqué le chef de l’Etat. Selon lui, la « priorité absolue » est « la question du travail et de la reprise d’activité ».

Toujours au cours de ce déplacement, Emmanuel Macron a fait une référence cinématographique lors d’un échange avec une trentaine de retraités : « Je ne peux pas gérer l’été en pente douce. « Je vais devoir prendre des décisions, certaines difficiles », et peut-être que certaines d’entre elles « ne rendront pas possible » sa candidature à la magistrature suprême, a encore indiqué le président de la République, rapporte l’AFP.

Des déclarations contradictoires

Ces déclarations sont contradictoires, pour Frédéric Sève, secrétaire national de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), où il est chargé du dossier des retraites. « J’ai du mal à voir ce qui se trame, confie-t-il à Dossier Familial. Lorsqu’Emmanuel Macron parle du ‘‘débat avec les Françaises et les Français’’, il renvoie à l’élection. Cela laisserait entendre qu’il ne va pas mener de réforme des retraites avant la campagne. Mais il signifierait le contraire quand il dit refuser de ‘‘gérer l’été en pente douce’’. »

Le dirigeant syndical relève également les propos de Bruno Le Maire, qui a qualifié de « priorité [...] les retraites » parmi « les réformes structurelles » à ses yeux nécessaires, dans un entretien au Journal du dimanche du 6 juin. Le ministre de l’Economie, des finances et de la relance n’a pas de rôle décisionnaire dans le dossier des retraites.

Frédéric Sève trouve qu’« Emmanuel Macron a parfaitement raison de dire qu’il ne faut pas faire maintenant la réforme des retraites dont l’examen a été suspendu. Cette réforme avait réussi à fâcher tout le monde. » À rebours de la Confédération générale du travail (CGT) et de Force ouvrière (FO), la CFDT défend le principe du régime universel. Mais elle est contre l’instauration d’un âge d’équilibre.

Le dirigeant syndical qualifie de « frappée du bon sens » la volonté présidentielle d’agir pour « la reprise ». « Nous ne sommes pas à l’abri de mauvaises nouvelles sanitaires dans les mois qui viennent, et les problèmes économiques ne sont pas derrière nous », note encore le secrétaire national de la CFDT. « La période ne permet pas d’évaluer correctement les besoins. Il est difficile de savoir sur quels registres jouer : durcir les conditions d’accès à une retraite, augmenter les cotisations, baisser les pensions ou ralentir leur hausse, etc. », argue Frédéric Sève, qui juge donc nécessaire « de laisser tranquille le dossier des retraites ».

Les pistes de la réforme des retraites

Comme le rappelle le quotidien Les Echos, l’exécutif et la majorité ont le temps contre eux. L’encombrement de l’agenda parlementaire rend difficiles la discussion puis l’adoption d’un ou de plusieurs projets de loi avant la campagne présidentielle. Le journal évoque la possibilité que la réforme figure dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PFLSS) pour 2022.

Le cabinet du secrétaire d’Etat chargé des Retraites et de la santé au travail, Laurent Pietraszewski, étudie plusieurs pistes pour faire des économies.

D’après Les Echos, l’un des scénarios est « l’accélération de la réforme » portée en 2013, sous le quinquennat de François Hollande (2012-2017) par Marisol Touraine, qui était alors ministre des Affaires sociales et de la santé. Cette réforme avait porté à 43 ans la durée d’assurance nécessaire pour percevoir une pension à taux plein. L’entrée en vigueur de la mesure se fait progressivement entre 2020 et 2035, à raison d’un trimestre tous les trois ans.

D’autres mesures sont examinées, comme un relèvement de l’âge légal de départ de 62 à 64 ans et une augmentation de la durée de cotisation. Mais « les mesures d’âge brutales immédiates sont les plus dangereuses. Elles ne rapportent rien dans l’immédiat et font monter le nombre de travailleurs au chômage, en invalidité ou en arrêt-maladie qui auraient pu être à la retraite », analyse Frédéric Sève. 

« Une accélération de la réforme Touraine serait la moins pire des solutions, mais elle n’aurait pas d’effet immédiat avant 2030 et créerait de la conflictualité sociale. Des manifestations dans Paris pénaliseraient la reprise, notamment dans l’hôtellerie-restauration », estime le dirigeant de la CFDT. Le cabinet de Laurent Pietraszewski n’a pas engagé de consultations avec les syndicats sur les retraites en 2021.

D’après Le Parisien/Aujourd’hui en France, l’Elysée envisage l’organisation d’une conférence sociale fin juin ou début juillet.

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