La réforme des retraites n’est plus urgente pour l’exécutif

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Olivier Dussopt, Elisabeth Borne, Elysée
Olivier Dussopt et Elisabeth Borne à l’Elysée le 1er juin, à la sortie du Conseil des ministres. - © Arthur Nicholas Orchard/Hans Lucas via Reuters Connect

Ce devait être l’un des premiers chantiers du début du second quinquennat d’Emmanuel Macron, réélu le 24 avril à la présidence de la République. Mais la réforme des retraites, dont le chef de l’Etat avait esquissé les traits dans un discours prononcé le 10 novembre 2021, ne revêt plus un caractère d’urgence pour l’exécutif, qui espère obtenir une majorité à l’issue des élections législatives des 12 et 19 juin.

Soucieux d’attirer les sympathisants de la droite avant le premier tour de la présidentielle, Emmanuel Macron s’était engagé dans son programme au « relèvement progressif de l’âge légal de départ à la retraite, à 65 ans ». Il avait promis la fin « des principaux régimes spéciaux (EDF, RATP…) pour les nouveaux entrants, comme nous l’avons fait pour la SNCF ».

Parallèlement, il proposait une « juste prise en compte des cas d’incapacité, des carrières longues ou pénibles »« [u]ne mobilisation pour prévenir l’usure professionnelle et lutter contre le chômage des seniors » et « [u]ne poursuite des concertations sur un régime universel plus simple, seulement pour les générations futures ». Le gouvernement d’Edouard Philippe avait dû suspendre en mars 2020 l’examen au Parlement de la réforme des retraites prévoyant la création d’un régime universel, pour se concentrer sur la gestion de la crise sanitaire due à la pandémie de Covid-19.

Infléchissement de la promesse initiale d’Emmanuel Macron

Entre les deux tours de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron avait infléchi sa proposition de hausse de l’âge légal, seuil minimal de départ à la retraite. Devançant la candidate du Rassemblement national (RN) Marine Le Pen, le chef de l’Etat s’était senti obligé d’assouplir sa position, pour obtenir le report le plus large possible des voix des électeurs de Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise, LFI), arrivé troisième.

Le 13 avril sur France 2, le président de la République avait affiché sa volonté de porter un relèvement de l’âge minimal de départ, à hauteur « de quatre mois chaque année », jusqu’à « 64 ans en 2027-2028 ». Il avait ajouté qu’« une clause de revoyure » devait, d’après lui, être fixée pour envisager un éventuel passage à 65 ans.

Dans un entretien publié le 21 mai par Le Journal du dimanche, Elisabeth Borne, nommée Première ministre cinq jours plus tôt, a souligné la nécessité de « progressivement travailler un peu plus longtemps », dans l’objectif de « préserver le système de retraite par répartition ». Mais, comme le relève Le Monde, elle a tenu à ajouter que le seuil de 65 ans ne constitue pas « un totem ».

Rendez-vous d’Elisabeth Borne avec les dirigeants syndicaux

La cheffe du gouvernement a reçu à Matignon des dirigeants syndicaux et patronaux lors de rendez-vous bilatéraux. Elle est familière des concertations sociales depuis son passage au ministère du Travail, entre juillet 2020 et son arrivée à la tête du gouvernement.

Ces rendez-vous n’ont pas été conclusifs. « Il s’agissait d’un échange de vues », explique à Dossier Familial Frédéric Sève, secrétaire national en charge des retraites à la Confédération française démocratique du travail (CFDT). « Elisabeth Borne a redit les priorités de l’action gouvernementale : pouvoir d’achat, santé et transition écologique », rapporte Frédéric Sève, présent à Matignon le 24 mai avec Laurent Berger, secrétaire général du syndicat.

Flou sur le contenu de la réforme

À son tour, le nouveau ministre du Travail, de l’emploi et de l’insertion a commencé à rencontrer des représentants syndicaux et patronaux. Dans une interview accordée le 24 mai à RTL, Olivier Dussopt est resté dans le flou au sujet du contenu de la réforme. « Il faut d’abord commencer par la concertation et le dialogue », a-t-il expliqué. Refusant de « préempter le calendrier », le ministre du Travail a estimé que les négociations ne pourront débuter qu’« au mois de septembre, au mois d’octobre »

Chargé notamment par le décret présidentiel du 1er juin qui détaille ses attributions de « prépare[r] et de met[tre] en œuvre, en lien avec les autres ministres intéressés, la réforme des retraites », Olivier Dussopt a estimé que les critiques de la gauche concernant l’éventuelle hausse de l’âge légal relèvent de l’« hypocrisie ». L’exécutif veut-il toujours une modification de l’âge minimal de départ ou préfère-t-il désormais un changement de la durée d’assurance ? Le ministre a rappelé que « les réformes déjà votées augmentent la durée de cotisation ». Le report « est déjà dans les textes », a-t-il souligné. Une loi du 20 janvier 2014, adoptée sous le quinquennat de François Hollande, a accru la durée d’assurance, la faisant passer progressivement jusqu’à 43 ans pour les personnes nées en 1973 et au-delà.

Olivier Dussopt a souligné l’impératif pour l’exécutif de se fonder « sur des hypothèses macro-économiques » et les travaux du « Conseil d’orientation des retraites » (COR).

Une telle préoccupation à l’égard de l’instance étonne. Comme l’ont révélé Challenges et Le Canard enchaîné cette semaine, le gouvernement n’a pas transmis les données permettant au COR de réaliser ses projections financières, empêchant la publication prévue le 22 juin de son rapport annuel.

Plutôt que d’afficher clairement ses choix concernant les retraites et de risquer des grèves et manifestations massives, l’exécutif préfère vanter les mesures de son futur projet de loi de finance rectificative, qu’il présente comme un texte consacré au pouvoir d’achat, rongé par l’inflation.

Opposition de la CFDT et des autres syndicats

La CFDT, qui défendait l’instauration d’un régime universel, est en revanche, « contre, hypercontre, archicontre le recul de l’âge légal », rappelle Frédéric Sève. Cette opposition unit tous les autres syndicats représentatifs au niveau national et interprofessionnel.

« Nous pourrions être favorables à des modifications de la durée de cotisation. Mais nous pensons qu’il ne faut pas charger la barque à l’heure actuelle », précise le secrétaire national de la CFDT.

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