Faut-il davantage taxer les riches  ?

De nombreuses voix à gauche souhaitent un alourdissement de l’imposition des personnes les plus aisées, alors que la pandémie de Covid-19 a fait tomber l’économie en récession et va provoquer une forte hausse du chômage.

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ISF
L’économie du pays est tombée dans sa pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale. © Papirazzi

Le débat a resurgi à la faveur de la crise sanitaire. La France doit-elle accroître la taxation des personnes les plus aisées ? Dans une tribune publiée jeudi 14 mai par plusieurs médias, différentes personnalités de gauche dont Ian Brossat (Parti communiste français), Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, Raphaël Glucksmann (Place publique) ou Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts) proposent le retour de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et le renforcement de « la progressivité de [l]a fiscalité sur les revenus, notamment ceux du capital ».

De nombreuses voix de l’opposition réclament une solidarité accrue, en s’inquiétant des sombres répercussions économiques de la pandémie de Covid-19 : l’économie du pays est tombée dans sa pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale, le chômage et la dette publique vont s’envoler. Les partisans d’une contribution accrue des personnes les plus riches à l’effort national voient dans la crise sanitaire un tragique révélateur des difficultés des hôpitaux mis à mal par les objectifs de performance et de rentabilité.

« Quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour aux jours d’avant […], nous aurons appris, et je saurai aussi avec vous en tirer toutes les conséquences, toutes les conséquences », a affirmé le président de la République, Emmanuel Macron, en conclusion sibylline de son allocution du 16 mars, au cours de laquelle il a prononcé sept fois le mot « guerre ».

Abandonnant sa revendication de sérieux budgétaire, l’exécutif a déjà apporté un soutien massif à l’économie. Notamment en améliorant le dispositif de l’activité partielle pour limiter le nombre de pertes d’emploi, une réforme qui à elle seule va coûter environ 24 Md€, d’après l’estimation gouvernementale. Au total, le plan d’urgence pris dans le cadre du second projet de loi de finances rectificative prévoit une enveloppe de 120 Md€, susceptible de gonfler encore dans les mois à venir, la pandémie de Covid-19 n’étant pas maîtrisée.

Changement de discours

Emmanuel Macron a vanté, dans son allocution du 13 avril, le travail de différents professionnels faiblement rémunérés, comme les « infirmiers » ou les « aides-soignants » situés en « première ligne » dans la crise sanitaire, ou encore les « chauffeurs routiers, livreurs, électriciens, manutentionnaires, caissiers et caissières, nos éboueurs, personnels de sécurité et de nettoyage », présents eux « dans la deuxième ligne ». En janvier 2015, ministre de l’Economie sous François Hollande, il jugeait nécessaire que « des jeunes Français [...] aient envie de devenir milliardaires ». Le mouvement des « gilets jaunes », dont l’une des demandes était le retour de l’ISF, puis la crise sanitaire l’ont forcé à un changement de discours.

Mais l’exécutif exclut d’augmenter la taxation des personnes les plus favorisées. Il ne veut pas revenir sur la suppression de l’ISF, qu’il a fait remplacer par un impôt de solidarité sur la fortune immobilière (IFI) tout en allégeant la taxation des revenus du capital. Ces réformes, menées au début du quinquennat, visaient à appliquer des promesses prises durant la dernière campagne présidentielle par Emmanuel Macron.

Les craintes du patronat

Les organisations patronales comme les plus hautes fortunes qui bénéficient d’une écoute attentive auprès de l’exécutif, s’opposent à un alourdissement de la fiscalité des personnes les plus aisées. Selon Geoffroy Roux de Bézieux, président du Mouvement des entreprises de France (Medef), un retour de l’ISF constituerait « un choix politique, de société, qui vise à donner un signal, mais en aucun cas un dispositif d’équilibre fiscal ». Le dirigeant patronal a critiqué dans Le Monde du 14 mai une éventuelle réforme comme « un très mauvais signal ».

L’argument des adversaires de l’ISF est classique. À en croire ses détracteurs, cet impôt, héritage de la présidence de François Mitterrand (1981-1995), et tout mécanisme de surtaxation des personnes les plus riches constituent un repoussoir, pouvant provoquer leur exil fiscal et donc pénalisant les investissements et l’activité.

Des impôts exceptionnels après la Seconde Guerre mondiale

L’économiste Thomas Piketty, spécialiste de la fiscalité et signataire de la tribune, préconise un nouvel ISF, mais aussi une taxation des revenus du capital équivalente à celle frappant les salaires. Dans une enquête diffusée le 12 mai, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a remarqué que 22 % des 1 % des ménages aux revenus les plus élevés (9 060 € par mois pour une personne seule) avaient pour origine principale de leurs ressources des gains tirés de leur patrimoine. Le ratio est de 5 % pour l’ensemble des foyers du pays, précise l’Insee, dont les données concernent l’année 2017.

Le 27 avril sur France Inter, Thomas Piketty a recommandé de tirer les « leçons de l’histoire » afin de soutenir le désendendettement public et l’investissement. Pour le chercheur, qui a conseillé le candidat socialiste à l’élection présidentielle de 2017, Benoît Hamon, les gouvernants doivent faire preuve de volontarisme et s’inspirer « des systèmes d’imposition exceptionnelle sur les plus hauts patrimoines privés, notamment les plus hauts patrimoines financiers », mis en œuvre en Allemagne et au Japon après la Seconde Guerre mondiale.

« Un impôt de solidarité nationale » a été prélevé en France au tout début des Trente Glorieuses (1945-1975), cette période d’expansion et de plein-emploi entrée dans l’imaginaire collectif comme un paradis perdu.

df
Timour Aggiouri
Publié le

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