Dette publique : la hausse des taux d’emprunt doit-elle susciter l’inquiétude ?

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Bruno Le Maire à Villepinte (Seine-Saint-Denis), le 13 juin. - Ludovic Marin/Pool via Reuters/File photo

Bruno Le Maire a appelé lundi 28 juin à la vigilance concernant l’endettement public. « Tout n’est pas possible, tout simplement […] parce que nous avons atteint la cote d’alerte sur les finances publiques », a jugé le ministre de l’Economie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique sur BFMTV.

« Pourquoi est-ce que je parle de cote d’alerte ? Parce que les conditions de financement ont changé, que nous pouvions emprunter à 0 %, voire à des taux négatifs, et qu’aujourd’hui nous empruntons à plus de 2 %, parce qu’une partie de la charge de la dette est indexée sur l’inflation – donc quand l’inflation augmente, la charge de la dette augmente aussi de plusieurs milliards d’euros », a expliqué Bruno Le Maire. Selon lui, « [s]a responsabilité de ministre des Finances […], c’est de revenir à des finances publiques équilibrées d’ici 2027 », a-t-il ajouté.

Des mesures en faveur du pouvoir d’achat

Cette intervention résonne comme un rappel des contraintes budgétaires pesant sur le gouvernement d’Elisabeth Borne, qui compte faire adopter plusieurs mesures en faveur du pouvoir d’achat : indexation des pensions de retraite versées par la Sécurité sociale et des minima sociaux sur l’inflation, revalorisation du point d’indice utilisé pour le calcul des traitements des fonctionnaires, triplement du plafond de la prime dite Macron, fin de la contribution à l’audiovisuel public (ancienne redevance), etc. Le coût de ces différentes mesures, dont certaines doivent être inscrites dans des textes présentés le 6 juillet en Conseil des ministres, est « vraisemblablement » susceptible d’atteindre des « dizaines de milliards d’euros », évalue Le Monde.

Bruno Le Maire a repris à son compte la parole présidentielle. Dans un entretien accordé samedi à l’Agence France-Presse (AFP), Emmanuel Macron avait assuré que son « gouvernement d’action », avec à sa tête Elisabeth Borne confirmée au poste de Première ministre, n’alourdira « ni les impôts ni la dette ».

Plus de « Quoi qu’il en coûte »

L’exécutif a bien abandonné la mise en œuvre de la formule « Quoi qu’il en coûte », employée à trois reprises par le chef de l’Etat dans son discours télévisé du 13 mars 2020, pour décrire l’ouverture des vannes budgétaires devant la pandémie de Covid-19 et ses répercussions économiques et sociales.

Le 17 mars dernier, au cours de la présentation de son programme en vue de l’élection présidentielle, le chef de l’Etat avait affirmé vouloir une réduction de « la dette à partir de 2026 » et une baisse du « déficit sous les 3 % du PIB [produit intérieur brut] en 2027 », rapporte Les Echos.

Durant les campagnes en vue des élections présidentielle et législatives, les candidats ont davantage évoqué la question du pouvoir d’achat, rongé par l’inflation, que le thème de la dette publique, quasiment absent des débats.

Pourtant, « cela fait très longtemps que nous avons atteint la cote d’alerte », estime mardi auprès de Merci pour l'info l’économiste Marc Touati, qui a signé un article concernant les finances publiques sur le site du magazine Capital.

L’envolée de l’endettement durant la crise sanitaire n’a pas généré suffisamment d’activité économique, remarque le président de la société Acdefi. En deux ans, « la dette a bondi de 527 milliards d’euros, quand le PIB a seulement augmenté de 95 milliards d’euros, inflation comprise », explique Marc Touati. Le recours à l’endettement a cependant permis de limiter les conséquences économiques et sociales de la pandémie et des restrictions et soutenu la forte reprise de l’année 2021.

Sur la foi de la différence entre « l’actif net de la puissance publique » et la dette publique, négative d’après ses calculs, Marc Touati évoque même une « faillite potentielle ». De son point de vue, la politique de la Banque centrale européenne (BCE), entre rachats d’actifs et taux directeurs bas, a masqué cette situation délicate. Le 9 juin, devant l’accélération de l’inflation induite par la politique des banques centrales et aggravée par la guerre en Ukraine, l’institution a annoncé un changement de cap, qui sera effectif à partir de juillet.

Hausse des taux d’intérêt

L’ère des taux bas a déjà pris fin. Les acquéreurs de titre de dette émis par l’Etat sur les marchés financiers exigent un rendement qui a bondi depuis six mois. À la fin de l’année dernière, les créanciers de l’Etat français devaient lui payer des intérêts en contrepartie de l’achat de titres de dette. Le 20 décembre 2021, le taux de l’OAT sur 10 ans était encore négatif : il se situait à – 0,009 %, faisait savoir Banque de France trois jours plus tard sur son site.

Jeudi 23 juin, le taux de l’OAT sur 10 ans s’élevait à 1,971 %, selon des données publiées le 27 par l’institution. Le rendement avait à plusieurs reprises dépassé la barre des 2 % au cours du mois.

Un endettement public à 114,5 % du PIB

L’endettement public représentait à la fin du mois de mars à 2 901,8 milliards d’euros, soit 114,5 % du PIB, a estimé l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) dans une enquête parue le 24 juin. Il a progressé de 88,8 milliards d’euros au cours du premier trimestre, a précisé l’organisme.

« La dette publique reste soutenable », rappelait le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF), dans un communiqué diffusé lundi, à l’issue d’une séance présidée par Bruno Le Maire.

Si l’augmentation des taux d’intérêt restreint les marges de manœuvre budgétaires, la France bénéficie toujours de la confiance des investisseurs.

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