C’est quoi… la dette publique ?

Sous l’effet de la récession et des mesures de soutien à l’économie, la dette va s’envoler en 2020. Mais son niveau n’inquiète ni le gouvernement ni les économistes.

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Dette
Emmanuel Macron et Angela Merkel lors de leur conférence de presse, lundi 18 mai. © François Mori – Pool New – Reuters

Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel ont présenté, lundi 18 mai lors d’une conférence de presse, une proposition de plan de relance de 500 Md€, reposant sur la mutualisation d’une partie des dettes publiques entre les 27 Etats de l’Union européenne (UE). 

L’émission de dette peut être propice à la reprise économique, une perspective encore lointaine. Les mesures, notamment de soutien à l’économie, décidées par le gouvernement d’Edouard Philippe face à la crise sanitaire du Covid-19, et la récession de l’année 2020, pire chute du produit intérieur brut (PIB) depuis la Seconde Guerre mondiale, entraînent une envolée de la dette. Le niveau de cette dernière va bondir de quelque 100 % début 2020 à au moins 115 % du PIB en fin d’année, sans susciter l’inquiétude de l’exécutif et des économistes.

Qu’est-ce que la dette publique ?

Elle correspond aux engagements financiers que prennent l’Etat, les collectivités territoriales et les administrations et organismes qui en dépendent. En général, les emprunts sont constitués sous la forme d’obligations émises auprès des investisseurs sur les marchés financiers. L’Etat leur propose sa dette par l’intermédiaire de l’Agence France-Trésor (AFT), un service de Bercy sous l’autorité du ministre de l’Economie et des finances. Si le rendement d’une obligation souveraine est supérieur à 0 %, il verse un taux d’intérêt annuel. Dans l’hypothèse où ce taux est négatif, c’est le créancier obligataire qui paye l’Etat. Par exemple, si un investisseur emprunte 1 000 € sur 10 ans avec un taux négatif de 0,001 %, l’Etat ne lui rendra que 999 €.

Quand doit-elle être remboursée ?

Il n’y a pas d’échéance unique. Les émissions de dette publique sont permanentes. L’Etat et les autres personnes publiques émettent différents types d’obligations, vendues puis susceptibles d’être revendues sur les marchés secondaires, d’occasion. Les titres de dettes émis par l’Etat sont des obligations assimilables du Trésor (OAT), dont l’échéance de remboursement, la maturité, est située entre 2 et 50 ans.

Comment réduire la dette publique ?

Il existe différents outils. La croissance économique est un moyen efficace de réduction de la dette publique. Le PIB et les recettes fiscales grimpant, à dépenses publiques constantes, la dette recule mécaniquement. En période de récession, la reprise nécessite une relance par l’investissement public, selon les thèses développées au XXe siècle par le célèbre économiste britannique John Maynard Keynes, qui a inspiré des politiques menées en Europe et aux Etats-Unis. Mais cette intervention impose des dépenses publiques… donc des emprunts, sauf recours à des excédents accumulés en période de croissance.

L’augmentation des impôts peut, en théorie, apurer la dette. L’exécutif s’y refuse. Le risque d’un alourdissement indiscriminé, par exemple concernant la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), frappant l’ensemble des consommateurs quels que soient leurs revenus, est de pénaliser l’activité économique. Un ciblage de la hausse sur les personnes aisées peut à l’inverse renforcer la justice fiscale et contribuer à la diminution des inégalités, mais l’exécutif a supprimé l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et allégé l’imposition des revenus du capital au début du quinquennat, dans le but de favoriser l’investissement privé.

D’autres décisions pour abaisser la dette ont été prises dans l’histoire, notamment l’amenuisement des dépenses publiques. Des mesures en ce sens peuvent être pires que le mal, aggravant la crise économique, appauvrissant la population et menant finalement à une explosion de la dette, comme l’a montré l’exemple de la Grèce, contrainte à partir de 2010 de couper dans ses dépenses sous la pression de l’UE, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI) en échange de financements.

L’inflation, soit l’augmentation générale et durable des prix, est un moyen classique de faire reculer la dette. Mais sa faiblesse en France comme dans le reste de l’UE rend illusoire l’hypothèse d’un effacement par ce biais.

Des voix, comme l’essayiste Alain Minc ou le chef de file des députés La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, plaident pour d’autres solutions. Elles préconisent ainsi l’allongement des maturités jusqu’à la perpétuité, voire l’annulation d’une partie des dettes publiques des pays de l’UE.

La hausse de la dette publique est-elle dangereuse ?

Les économistes soulignent le contexte de taux bas dans lequel intervient la récession. Le rendement de l’OAT à échéance de 10 ans tourne autour de 0 %. Pour l’heure, il n’existe aucun risque de remontée brutale des taux. Les investisseurs font confiance dans la solidité des administrations françaises et dans le potentiel de l’économie. La situation illustre l’origine du mot crédit, issu du verbe latin credere : croire.

Le caractère soutenable des dettes publiques est fonction de leur coût, pas de leur niveau, a expliqué l’économiste Michel Aglietta dans un entretien au Monde. Fixer un plafond à ce niveau n’est pas pertinent. L’UE a suspendu en mars l’application de ses strictes règles budgétaires pour 2020. Les priorités des gouvernants sont de lutter contre la pandémie et de préparer la reprise, pas de faire dégonfler les dettes.

df
Timour Aggiouri
Publié le

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