Faut-il rendre le vote obligatoire ?

La mise en place d’une sanction à l’abstention semble constituer une réponse imparfaite à la défiance des citoyens vis-à-vis des personnalités politiques.

Ce contenu a bien été ajouté à vos favoris dans votre compte

Voir mes favoris

Pour ajouter ce contenu à vos favoris vous devez être connecté(e)

Me connecter

Pour ajouter ce contenu à vos favoris vous devez être abonné(e)

M'abonner
2mn de lecture
Un bureau de vote à Marseille, lors du second tour des élections législatives, le 18 juin 2017.
Un bureau de vote à Marseille, lors du second tour des élections législatives, le 18 juin 2017. Un bureau de vote à Marseille, lors du second tour des élections législatives, le 18 juin 2017.

Le grand débat national a remis cette revendication en lumière. De nombreux participants souhaitent que le vote devienne obligatoire, certains réclamant en plus une comptabilisation des votes blancs dans les suffrages exprimés.

« Voter est un droit, c’est aussi un devoir civique », est-il écrit sur les cartes électorales. Mais, rappelle le site officiel Vie publique, il s’agit seulement d’une obligation morale, la démocratie reposant en partie sur l’usage du droit de vote, dont disposent en France les femmes et les hommes depuis 1944. Voter n’a rien d’une obligation engageant votre responsabilité pénale : si vous vous abstenez, vous ne risquez aucune sanction.

Car, comme le souligne Vie publique, l’instauration du vote imposé nécessite d’y faire correspondre une sanction, « à savoir une amende sévère ». Une règle sans sanction risque de rester à l’état de principe.

Les conséquences du vote obligatoire sur les résultats des élections sont difficiles à mesurer. Vie publique juge possible une « augmentation des votes blancs, nuls ou extrémistes ».

L’obligation de voter semble constituer une solution imparfaite à la défiance d’une large partie des citoyens vis-à-vis des personnalités politiques, dont le mouvement des « gilets jaunes » est un symptôme. Elle représenterait une nouvelle contrainte fixée par l’Etat, déconsidéré par une partie de l’opinion.

L’exemple belge

En Belgique, le vote est une obligation depuis la fin du XIXe siècle. Les poursuites envers des personnes ne s’y soumettant pas sont désormais « rares », rapportait en octobre 2018 le site du groupe audiovisuel RTBF. La mesure n’a empêché ni la répétition de crises politiques ni l’émergence et la montée de partis extrémistes.

Dans une proposition de loi déposée en mars 2015 à l’Assemblée nationale, 14 députés, dont le premier signataire François de Rugy, actuel ministre de la Transition écologique et solidaire, prévoyaient de créer un « suffrage universel et obligatoire ».

Pour eux, le fait de ne pas s’inscrire sur les listes électorales et l’abstention devaient être punis par l’amende des contraventions de 2e classe (150 € maximum). Paradoxalement, en indiquant une sanction, le dispositif diminuait la valeur du vote. Les stationnements gênants, punis par une amende de même échelle, sont-ils aussi dangereux pour la démocratie que l’abstention massive ?

Dans leur exposé des motifs, les élus reconnaissaient qu’au-delà de mesures « coercitives », d’autres devaient inciter les Français « à se réapproprier le suffrage universel », comme « le vote par procuration et par correspondance ». Ils envisageaient également « une réflexion » portant « sur l’engagement civique et la vitalité de la démocratie ».

Selon un sondage Ifop pour Le Journal du dimanche, 55 % des Français sont susceptibles de s’abstenir aux élections européennes de mai.

A lire aussi

Partager cet article :