Fin du broyage des poussins : ce que ça va changer

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Hangar, poussin, main
© Justine Bonnery / Hans Lucas via Reuters Connect

Le gouvernement de Jean Castex compte interdire, à partir du 1er janvier 2022, le broyage et le gazage des poussins mâles jugés inutiles par les professionnels, a annoncé le ministre de l’Agriculture et de l’alimentation, Julien Denormandie, dans des entretiens diffusés dimanche 18 juillet par France Info et Le Parisien.

« Le Conseil d’Etat sera saisi à la fin de l’été d’un projet de décret, qui imposera qu’au 1er janvier 2022 tous les couvoirs de poules devront avoir installé ou avoir commandé des machines permettant de détecter le sexe des poussins en incubation dans l’œuf, avant éclosion, a expliqué Julien Denormandie au Parisien. Le texte précisera également que ces appareils devront obligatoirement être installés et mis en service dans le courant de l’année. »

« La dynamique est bien lancée, a assuré le ministre à France Info. Et compte tenu des commandes déjà passées, les machines seront installées pour deux tiers de la production en France dès la fin du premier trimestre 2022. »

Ces appareils détectent le sexe des poussins à partir de la couleur des premières plumes des embryons mâles.

Brigitte Gothière, co-fondatrice de l’association de défense des animaux L214, rappelle que « plusieurs techniques existent pour sexer les poussins », c’est-à-dire détecter leur sexe avant l’éclosion. « L’emploi d’un spectomètre et le creusement d’un petit trou dans l’œuf peuvent ainsi être utilisés. Suivant la technique, la détection peut être menée au bout de neuf ou de treize jours », détaille Brigitte Gothière auprès de Dossier Familial.

« La date de la formation de la sensibilité des poussins dans l’œuf est encore un sujet de recherche : certains scientifiques disent sept jours, d’autres dix jours. Il ne faut pas permettre une destruction de l’œuf à treize jours, car le poussin est déjà doté de sensibilité », estime la militante de L214.

Brigitte Gothière, qui salue « enfin une promesse tenue » dans le domaine de la cause animale sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, fait mine de s’étonner de n’avoir « pas entendu le ministre se prononcer » au sujet des canetons. « Pour la fabrication du foie gras, on ne garde que les mâles, et on supprime les femelles », rappelle la co-fondatrice de L214. 

Un surcoût d’environ « un centime d’euro pour une boîte de six œufs »

Les professionnels vont bénéficier d’aides pour faire face au changement de règles de règles : « l’Etat » va leur verser au total « 10 M€ sous forme de subventions, dans la limite de 40 % du montant de chaque investissement », a souligné Julien Denormandie au Parisien. Ces subventions seront accordées dans le cadre du plan France Relance, destiné à soutenir une économie éprouvée par la crise sanitaire.

Le ministre de l’Agriculture a dit à France Info souhaiter que « les surcoûts puissent être bien pris en charge tout au long de la filière jusqu’au consommateur », évaluant le montant de la hausse des prix « de l’ordre d’un centime d’euro pour une boîte de six œufs ».

Philippe Juven, président du Comité national pour la promotion de l’œuf, avertit que le prix « sera forcément plus cher ». « On va faire en sorte que cela le soit le moins cher possible », a-t-il ajouté sur France Info. Le lobbyiste a plaidé pour un changement de règles au niveau de l’Union européenne (UE), pour éviter « des distorsions de concurrence ».

Au sein de l’UE, seul le gouvernement allemand est sur la même ligne que la France. Dans l’espoir de voir d’autres Etats membres de l’Union les rejoindre, Julien Denormandie doit défendre ce lundi leurs positions, lors d’un conseil de l’UE réunissant les ministres chargés de l’agriculture et de la pêche.

50 millions de poussins mâles broyés ou gazés

Le broyage et le gazage des poussins mâles sont des pratiques relevant du productivisme agricole et que décrient les associations de défense des animaux.

« Poules pondeuses et poulets de chair actuels sont issus d’une sélection génétique de l’industrie visant soit le meilleur taux de ponte, soit la croissance musculaire la plus rapide », notait L214 dans un communiqué du 12 novembre 2014. 

L’organisation soulignait le caractère différent des deux espèces, « les poussins mâles de race ‘‘pondeuse’’, non rentables » étant « systématiquement tués – quel que soit le mode d’élevage, plein air compris ».

Le ministère de l’Agriculture évalue à quelque 50 millions le nombre de poussins mâles broyés ou gazés chaque année.

Selon Brigitte Gothière, « les sélections génétiques effrénées » ont abouti à ce que « les poules pondeuses puissent pondre en moyenne 300 œufs par an ».

Fin de la castration à vif des porcs

Autre pratique atteignant au bien-être animal, la castration à vif des porcelets sera bannie le 1er janvier 2022, a confirmé Julien Denormandie auprès du Parisien. « À partir de cette date, une majorité d’éleveurs feront le choix de ne plus castrer leurs bêtes, d’autres opteront pour une castration sans douleur après une anesthésie locale, cette opération restant nécessaire pour certains débouchés, en charcuterie par exemple. »

« Du réchauffé, critique Brigitte Gothière. L’interdiction figure déjà dans un arrêté du 24 février 2020. »

« Seule la castration chirurgicale avec anesthésie et analgésie par d’autres moyens que le déchirement des tissus est autorisée », est-il écrit à l’article 1er de ce texte.

Selon l’Interprofession nationale porcine, « le porc mâle non castré développe lors de la puberté des hormones qui peuvent donner à la viande une odeur particulière qui dénature ses qualités organoleptiques ». La castration est destinée également à renforcer le gras de la viande. Les professionnels de la filière qualifient sur leur site leporc.com la castration à vif de « pratique historique, voire ancestrale », mais ils évoquent le développement de solutions alternatives, comme « la castration sous antidouleur ».

Pour Brigitte Gothière, au-delà des mesures gouvernementales, c’est « l’élevage intensif » qui doit être remis en cause, pour permettre un « autre modèle agricole et alimentaire ».

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