Crème solaire : peut-on se fier aux allégations de protection de la vie marine ?

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© boophotography

S’enduire de crème solaire dès son arrivée à la plage pour protéger sa peau des rayons UV est depuis des années le rituel de l’été. Sauf que ce geste, en apparence anodin, est nocif pour l’environnement aquatique. En vingt minutes de baignade, un quart du produit anti-UV enduit sur le corps est dilué dans l’eau. On estime qu’environ 0,8 litre de crème solaire se répand chaque seconde dans les mers et océans de la planète, soit 25 000 tonnes par an, dont 4 000 qui seraient absorbées par les coraux.

Or, depuis une étude italienne publiée en 2008, on sait que les filtres chimiques, utilisés dans certaines protections solaires pour contrer les rayons UV, peuvent perturber la reproduction et le cycle de croissance des coraux, et favoriser leur blanchiment qui peut aboutir à court ou moyen terme à leur mort. Des impacts sur la reproduction de certaines espèces aquatiques (poissons, dauphins…) et la croissance du phytoplancton, à la base de la chaîne alimentaire marine, ont aussi été recensés.

Un phénomène auquel les consommateurs semblent de plus en plus sensibles et les marques de crèmes solaires l’ont bien compris. Elles sont aujourd’hui nombreuses à proposer des formules respectueuses des écosystèmes marins. Mais le sont-elles vraiment ? C’est ce que s’est demandé le magazine 60 Millions de consommateurs qui a analysé, dans son numéro du mois de juin, 15 sprays, crèmes et laits solaires.

« Cette année, la profusion d’allégations environnementales et de dessins de tortues, petits poissons, coraux sur le packaging est particulièrement frappante, remarque le magazine.  Mais dans la plupart des cas, l’allégation reflète simplement l’absence des principaux filtres réputés toxiques pour l’écosystème marin, et non l’innocuité du produit entier ».

Des produits respectueux de la vie marine, vraiment ?

Plusieurs marques font référence, plus ou moins explicitement, à une loi promulguée en 2018 à Hawaï (Etats-Unis) qui interdit depuis le 1er janvier 2021, la vente de produits solaires à base d’oxybenzone (benzonphénone-3) et d’octinoxate, deux composés chimiques considérés comme particulièrement dangereux et toxiques pour les récifs coralliens et les autres espèces sous-marines. C’est par exemple le cas de Nivea, qui indique que son spray solaire SFF 50+ est « conforme avec la loi de Hawaï de 2018 ». De son côté, Klorane affirme que son « spray solaire sublime » Polysianes SPF 50 ne contient que des filtres testés comme non toxiques pour la biodiversité marine.

Pourtant, deux autres filtres solaires, l’octocrylène et l’avobenzone, qui pourraient être interdits à partir de 2023 à Hawaï, figurent dans la liste des ingrédients des sprays de Nivea et de Klorane. Ils sont également présents dans les produits Garnier Ambre solaire Sensitive Expert SPF 50+, La Roche-Posay Anthelios SPF 50+ et A-Derma Protect-AD SPF 50+.

Outre les filtres organiques ou minéraux, d’autres composants des produits solaires comme des solvants ou des polymères peuvent être problématiques pour l’environnement. Mais là, bonne nouvelle, moins de silicones a été retrouvé par rapport à de précédents tests.

La réglementation européenne reste insuffisante

Il reste toutefois difficile d’y voir clair. « Il y a un vrai vide au niveau de la réglementation européenne des produits cosmétiques : aucune évaluation des risques écotoxicologiques n’est obligatoire, déplore auprès de 60 Millions de consommateurs le responsable d’une société spécialisée dans l’évaluation de ces risques. Et il n’existe aucune ligne directrice sur les tests à réaliser pour permettre les allégations de protection des océans ». Pour le magazine, une évolution réglementaire ainsi que des recherches sur l’impact réel des protections solaires sur l’écosystème marin sont donc souhaitables. Pour l’heure,limiter son exposition au soleil et ses temps de baignade restent la meilleure façon de protéger les océans.

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