Pourquoi des coursiers Deliveroo appellent au boycott de la plateforme ?

Le Collectif de livreurs autonomes parisiens (Clap) appelle les consommateurs à éviter de passer commande par l’intermédiaire la société de livraison de repas à domicile à partir du 14 février, jour de la Saint-Valentin.

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Un livreur Deliveroo à Paris.
Un livreur Deliveroo à Paris. © Charles Platiau – Reuters

Ils parcourent des kilomètres à vélo ou à scooter et estiment se faire rouler : les coursiers Deliveroo du Collectif de livreurs autonomes parisiens (Clap) appellent les consommateurs à boycotter la société britannique de livraison de repas à domicile vendredi 14 février, jour de la Saint-Valentin, et après.

Cette action vise à obtenir de la direction de Deliveroo « des réponses concrètes sur la tarification, les distances des courses et la mise en place d’instances de dialogue », a expliqué mercredi 12 février le porte-parole de l’organisation, Jérôme Pimot, cité par l’Agence France-Presse (AFP).

Un tarif de course minimal « décent » doit être mis en place, incluant « une prise en charge minimum de 5 €, une couverture sociale et la prise en compte des frais assumés par les livreurs, soit 25 à 30 € de l’heure », a réclamé lors d’une conférence de presse le porte-parole, qui a annoncé la transformation du Collectif en syndicat.

En octobre 2019, le Clap avait obtenu une victoire : Deliveroo avait annoncé le bénéfice d’une assurance maladie complémentaire pour ses coursiers.

La société livre des repas en provenance de restaurants, mais aussi de cuisines de l’ombre (traduction de l’anglais dark kitchens), des locaux mis à la disposition d’établissements ayant pignon sur rue ou non dans lesquels sont préparés des repas à usage exclusif des consommateurs utilisant la plateforme. Comme l’a indiqué L’Humanité, Le Petit Cambodge, célèbre maison du Xe arrondissement de Paris, a une telle cuisine à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis).

Un statut d’indépendant

L’essor massif de nombreuses plateformes d’intermédiation en ligne, comme Deliveroo ou, dans le domaine du transport de personnes, Uber, s’est appuyé sur la possibilité de passer simplement des commandes en ligne et sur le recours à des travailleurs indépendants, en général au régime de micro-entrepreneur (ex-auto-entrepreneur).

Les plateformes évitent ainsi de respecter toutes les règles protégeant les salariés, jugées coûteuses et contraignantes par les entreprises : versement d’une rémunération minimale et de cotisations sociales, encadrement des heures supplémentaires, congés payés, obligations en cas d’accident du travail, de maladie et de grossesse, dispositions relatives à la rupture du contrat de travail, etc. Outre les prestataires eux-mêmes, la collectivité est susceptible de subir un préjudice, les cotisations sociales versées par les micro-entrepreneurs étant bien moindres que celles liées au statut de salarié.

Pour justifier le recours à un statut d’indépendant, les plateformes soulignent la liberté d’organisation dont profiteraient les travailleurs, qui se rendent disponibles pour des courses au moment de leur choix.

Première condamnation en France

Deliveroo a perdu un procès contre un livreur : le 6 février, le conseil de prud’hommes de Paris a condamné pour « travail dissimulé » la société à verser 30 000 € de dédommagement à un courtier qui roule pour la plateforme depuis 2015, selon l’AFP. Le demandeur a obtenu la requalification de son contrat de prestation de service en contrat de travail. C’est la première décision de ce type rendue par la justice à l’encontre de la société, qui n’exclut pas de faire appel. 

L’avocat du livreur, Kevin Mention, a dit à l’AFP vouloir déclencher « une cinquantaine de procédures aux prud’hommes contre Deliveroo ainsi que des procédures contre Frichti et contre Stuart », deux autres plateformes de livraison. 

En janvier 2019, la cour d’appel de Paris a considéré que le lien qui unissait Uber à un chauffeur proposant ses services par le biais de l’application était « un contrat de travail ».

df
Timour Aggiouri
Publié le

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