Métiers du grand âge : les pistes du rapport El Khomri pour les revaloriser

L’ancienne ministre du Travail, Myriam El Khomri, a remis au gouvernement son rapport pour rendre les métiers du grand âge plus attractifs. Embauches, augmentation des salaires, baisse de la pénibilité… 59 mesures sont proposées.
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© kate_sept2004

Au terme de quatre mois de mission menée avec l’appui d’une douzaine d’experts, d’élus et de professionnels, l’ancienne ministre du Travail, Myriam El Khomri, a remis mardi 29 octobre à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, son plan de mobilisation nationale en faveur des métiers du grand âge pour la période 2020-2024.

Le constat dressé par le rapport est inquiétant. Alors que le nombre de personnes dépendantes va augmenter de 7 % d’ici à 2025 pour atteindre près de 1,5 million, les candidatures aux formations d’aide-soignant et d’accompagnant éducatif et social – les deux grands métiers du grand âge – ont chuté de 25 % en six ans. Ces professions sont souvent mal connues et peu considérées parmi les jeunes générations. Une dévalorisation qui s’explique par une faible rémunération (un démarrage au Smic, voire en-dessous, et des progressions salariales très faibles) et des conditions de travail difficiles (le nombre d’accidents du travail et de maladies professionnelles y est trois fois supérieur à la moyenne nationale).

Créer 92 300 postes d’ici 2025

Pour répondre aux besoins croissants de prise en charge du grand âge, le rapport préconise la création de 92 300 postes d’ici à fin 2024, soit environ 18 500 postes par an. Pour arriver à ce chiffre, l’ancienne ministre a calculé qu’il faudrait créer 66 500 postes pour augmenter le taux d’encadrement des seniors, 20 700 postes pour faire face à l’augmentation du nombre de personnes en perte d’autonomie et 5 100 postes en équivalent temps plein pour permettre aux professionnels de se libérer une demi-journée par mois pour des réunions de concertation.

Supprimer le concours d’aide-soignant

Pour répondre aux besoins de recrutement, Myriam El Khomri propose de supprimer le concours d’entrée à la formation d’aide-soignant et d’organiser l’inscription aux formations d’aide-soignant et d’accompagnant éducatif et social via Parcours Sup dès 2021. « Cette voie d’inscription devra être ouverte aux candidats non titulaires du baccalauréat ».

L’ancienne ministre suggère également de valoriser les filières par alternance et la validation des acquis de l’expérience (VAE). Elle fixe pour objectif de porter à 25 % la part des diplômes délivrés dans le cadre de la VAE.

Afin de susciter des vocations et sécuriser les recrutements, le rapport plaide pour la mise en place dans chaque département d’une plateforme des métiers du grand âge.

Augmenter les rémunérations

Le rapport préconise de remettre à niveau au 1er janvier 2021 les rémunérations inférieures au Smic en modifiant les grilles des conventions collectives à domicile. Certains salariés peuvent aujourd’hui rester au salaire minimum pendant « 9 voire 13 ans ».

Améliorer les conditions de travail

Pour lutter contre les accidents du travail et améliorer la qualité de vie des personnels, le rapport propose de lancer « un programme national de lutte contre la sinistralité ciblée sur ces métiers ». Porté par la branche AT-MP (accidents du travail et maladies professionnelles) de l’assurance-maladie, il sera financé à hauteur de 100 millions d’euros. L’objectif est de baisser la sinistralité de 20 % en cinq ans. Le rapport suggère également des plans de prévention et de formation contre les troubles musculo-squelettiques.

Coût des principales mesures

Les pouvoirs publics devront mobiliser 825 milliards d’euros par an dans les années à venir pour financer les embauches, la remise à niveau des rémunérations inférieures au Smic et la lutte contre la sinistralité.

df
Sarah Corbeel
Publié le