Le plein-emploi est-il un objectif atteignable à la fin du quinquennat ?

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Les économistes considèrent qu’il y a plein-emploi lorsque le taux de chômage se situe en deçà de 5 % de la population active. - Richard Villalonundefined undefined

La France peut-elle retrouver cette situation ? Emmanuel Macron promet « le plein-emploi », que le chef de l’Etat et candidat à sa succession décrit comme « à portée de main » dans son programme de campagne publié sur le site Avecvous.fr.

Comme il s’en est vanté mercredi 20 avril au cours de son débat avec Marine Le Pen, son adversaire d’extrême droite (Rassemblement national, RN) au second tour de l’élection présidentielle, prévu dimanche, le taux de chômage en France hors Mayotte atteignait au quatrième trimestre 2021 7,4 % de la population active, selon la dernière évaluation du taux de chômage publiée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Il s’élevait à 9,6 % au premier trimestre 2017. Emmanuel Macron escompte une reproduction durant son éventuel prochain mandat, de la tendance enregistrée au cours du quinquennat écoulé (2017-2022).

Un plein-emploi quand le taux de chômage est inférieur à 5 %

Les économistes considèrent qu’il y a plein-emploi lorsque le taux de chômage se situe en deçà de 5 % de la population active. Ce niveau n’a jamais été atteint depuis le deuxième trimestre de l’année 1979, selon un graphique mis en ligne sur le site de l’Insee. Le plein-emploi reste un souvenir associé à la période de forte expansion des Trente Glorieuses (1945-1975).

Avec la désindustrialisation et la montée de l’emploi dans les services, le chômage de masse et la précarité se sont installé, contribuant à la défiance d’une partie de la population envers les responsables politiques, jugés coupables d’impuissance. Ces phénomènes ont participé à l’essor de l’extrême droite.

En temps de plein-emploi, le chômage restant relève de périodes de recherche de travail entre deux postes ou encore à l’issue des études.

Des perspectives de croissance assombries

Emmanuel Macron est-il trop optimiste ? La vigoureuse reprise de l’activité économique en 2021 est déjà loin. Selon l’Insee, l’année dernière, le produit intérieur brut (PIB) a crû de 7 %, après avoir dégringolé de 8 % en 2020. Cette chute, causée par la crise sanitaire due à la pandémie de Covid-19 et aux mesures prises pour l’endiguer, avait marqué la pire récession annuelle depuis la Seconde Guerre mondiale.

La guerre en Ukraine et les sanctions économiques contre la Russie, dont l’armée a envahi le voisin le 24 février, ont assombri les perspectives de croissance pour l’année 2022, comme le montrent des données diffusées le 13 mars par la Banque de France. L’institution a établi deux scénarios. Suivant le premier, la croissance doit s’établir à 3,4 % cette année. Suivant le second scénario, « dégradé », la progression atteindra 2,8 %.

« Le choc est beaucoup moins brutal que le choc Covid d’il y a deux ans, mais il pourrait durer plus longtemps et affecter notre croissance et l’emploi », a analysé le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, dans un entretien publié le 12 avril par des journaux du groupe Ebra. 

« Il y a d’abord certes la hausse des prix de l’énergie : elle est cependant moins élevée en France que dans d’autres pays, avec un bouclier tarifaire puissant qui amène deux points d’inflation en moins. Mais il y a aussi les difficultés d’approvisionnement, au plus haut dans l’industrie et en hausse dans le bâtiment : elles entraînent une nette montée des incertitudes chez les chefs d’entreprises », a rappelé François Villeroy de Galhau.

La forte augmentation des prix, notamment du pétrole, de l’électricité, du gaz et des produits alimentaires, pénalise les entreprises et les ménages. L’inflation ne s’accompagne pas d’une hausse concomitante des salaires.

Pour l’économiste Patrick Artus, « [o]n ne peut pas faire l’analyse du quinquennat uniquement à partir de ce qui se passe en ce moment ».

La capacité à améliorer « la croissance de long terme au cours des cinq prochaines années » constitue un point d’interrogation, a noté Patrick Artus auprès du Monde, notant que « le potentiel de croissance de l’Hexagone ne dépasse guère 1,5 % du PIB », indique le journal.

Le plein-emploi est « un objectif réalisable », d’après le Cercle des économistes

Des économistes saluent la mise en avant de l’ambition du plein-emploi par Emmanuel Macron, à leurs yeux « un objectif réalisable ». « Nous affirmons, modélisation à l’appui, que six nouvelles répartitions relatives aux revenus, aux investissements et aux dépenses publiques et privées permettent, si elles sont respectées, le plein-emploi », expliquent Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, et Alain Villemeur, directeur scientifique à l’université Paris-Dauphine.

Dans un article publié le 23 mars par Les Echos, les deux économistes estiment « possible d’atteindre en dix ans le plein-emploi défini par un taux de chômage de 3 à 4 %, reconnu comme reflétant le plein-emploi », par la création de quelque « 2 millions d’emplois ».

Jean-Hervé Lorenzi et Alain Villemeur font différentes suggestions en vue d’aboutir au plein-emploi, comme notamment une évolution « de la répartition des revenus entre profits et salaires, au profit de salaires et du pouvoir d’achat, afin de dynamiser la demande et donc l’économie ». Les auteurs préconisent également que soit favorisée « la hausse des qualifications intermédiaires, en formant mieux les peu qualifiés et en reconnaissant davantage les apprentissages par l’expérience ».

D’autres économistes jugent nécessaire de poursuivre les réformes du droit du travail et de l’assurance-chômage, menées sous le quinquennat d’Emmanuel Macron. Des mesures promises également par le candidat, à la plus grande crainte des syndicats.

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