Le chômage va forcément bondir

L’ampleur de cette hausse est encore incertaine. La modification des règles de l’activité partielle risque de contribuer à fragiliser un peu plus des entreprises et donc de mener à des licenciements, estime l’économiste Bruno Ducoudré.

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Chômage
Muriel Pénicaud, sur un chantier à Montevrain (Seine-et-Marne) ce mardi. © Christophe Petit Tesson – Pool New – Reuters

L’exécutif veut décourager les employeurs de recourir pour leurs salariés à l’activité partielle, dénomination légale du chômage partiel, dispositif qu’il avait rénové en mars pour faire face aux conséquences économiques de la crise sanitaire du Covid-19.

Muriel Pénicaud a confirmé mardi 12 mai sur LCI son souhait d’augmenter progressivement la part de la prise en charge des entreprises, alors que 12,1 millions de salariés sont concernés par une demande d’activité partielle depuis le 1er mars, selon les dernières données diffusées sur le sujet par la Direction de l’animation de la recherche, des statistiques et des études économiques (Dares) du ministère du Travail.

Pour la ministre, « les conditions de la reprise sont là. Donc il n’y a pas tellement de raison que ce soit l’Etat qui continue à payer l’intégralité des salaires de 12 millions de salariés ».

« C’est pour ça qu’on va définir je pense dans la semaine quelle est la [...] part de salaire que paiera l’entreprise », a fait savoir Muriel Pénicaud, précisant que « ce sera modeste dans un premier temps ».

« L’Etat a mieux réagi qu’au moment de la crise de 2008, il a pris la mesure de la situation, notamment en renforçant le chômage partiel », remarquait la semaine dernière auprès de Dossier Familial Oualid Hathroubi, directeur du cabinet de recrutement Hays Paris.

Mais dans son discours du 28 avril devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre, Edouard Philippe, avait laissé entrevoir une nouvelle réforme entrant en vigueur à partir de juin.

Un maintien pour les entreprises contraintes à la fermeture

Les conditions actuelles resteront applicables aux entreprises obligées de rester fermées, comme les cafés, les restaurants, les cinémas ou les théâtres.

Dans la plupart des cas, les salariés au chômage partiel reçoivent 70 % de leur salaire brut, soit 84 % de leur salaire net. L’allocation d’activité partielle, en général réglée aux employeurs qui la reversent aux salariés, est financée à hauteur de deux tiers par l’Etat, et d’un tiers par l’Unédic, l’organisme paritaire qui gère l’assurance-chômage dont il garantit la dette. L’exécutif estime le coût du dispositif pour les finances publiques autour de 24 Md€.

« Si le gouvernement veut que l’activité reparte, il est logique de ne pas maintenir le dispositif trop longtemps et de manière trop généreuse, admet dans un entretien à Dossier Familial Bruno Ducoudré, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). 

« Mais il existe un risque que cette mesure se traduise par une hausse du nombre de licenciements. Les entreprises endettées, qui n’ont plus de soutien bancaire, vont avoir des difficultés au moment de la reprise », explique le chercheur, qui a signé avec son confrère Pierre Madec une étude parue le 6 mai sur l’impact de la pandémie et du confinement sur le marché du travail en France.

Même en dehors des effets d’une modification des règles de l’activité partielle, le chômage risque de progresser.

« Le confinement est un choc pour l’économie, rappelle Bruno Ducoudré. La reprise d’activité va certes s’accélérer, par exemple dans l’industrie ou dans le bâtiment. Les créations d’emploi pour les contrats très courts (CDD ou missions d’intérim) qui ont massivement disparu au premier trimestre 2020, en particulier en mars, vont reprendre, mais elles ne vont pas retrouver rapidement leur niveau d’avant la crise. Certains secteurs utilisant habituellement les contrats très courts n’ont pas redémarré, comme la restauration et les spectacles. » Des restaurateurs pratiquent cependant la vente à emporter et la livraison à domicile.

Une hausse du chômage de 1 à 2 points l’année prochaine

En s’appuyant sur un scénario optimiste d’évolution de l’économie privilégié par le Fonds monétaire international (FMI), l’OFCE évalue la hausse du chômage de à 1 à 2 points en 2021. « Les transports aériens, le tourisme et l’industrie automobile, laquelle était déjà en pleine mutation avant la crise », souffriront encore l’année prochaine, note Bruno Ducoudré. Le niveau du PIB ne pourra pas retrouver en 2021 son niveau antérieur à la récession.

Dans un scénario plus sombre, un nouveau confinement peut avoir des répercussions encore plus lourdes. « On ne sait pas du tout s’il va y avoir une nouvelle vague d’épidémie, rappelle le chercheur. Dans cette hypothèse, la perte d’activité sera bien plus massive que celle que nous connaissons. Des faillites en chaîne et des grands plans de licenciements sont à redouter. L’Etat pourra-t-il et voudra-t-il couvrir les pertes de la même façon qu’aujourd’hui ? » Outre un renforcement de l’activité partielle, l’exécutif a mis en place une série de mesures de soutien aux entreprises, comme le Fonds de solidarité ou le prêt bancaire garanti par l’Etat.

Le taux de chômage s’élevait fin 2019 à 8,1 % sur tout le territoire hors Mayotte, d’après l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). En mars, le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A, soit sans aucune activité, s’est accru de 246 100 personnes en mars par rapport au mois précédent, un niveau record jamais atteint « depuis le début de la série en 1996 », selon la Dares et Pôle emploi.

Le gouvernement anticipe un recul du produit intérieur brut (PIB) de 8 % en 2020. Mais pour des économistes, cette prévision, qui a fondé la présentation d’un second projet de loi de finances rectificative, adopté en avril, est encore trop optimiste.

df
Timour Aggiouri
Publié le

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