La crise sanitaire met l’assurance-chômage à rude épreuve

La dette de l’Unédic, l’organisme qui gère le dispositif, va encore bondir, sous le poids notamment de l’activité partielle qui concerne plus de 10 millions de salariés.

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Le chômage va augmenter en 2020.
© Tatyana Gladskih

Les demandeurs d’emploi vont-ils continuer à être indemnisés ? Les répercussions économiques de la crise sanitaire et l’amélioration du dispositif d’activité partielle par le gouvernement d’Edouard Philippe mettent à rude épreuve le système d’assurance-chômage.

« Sans trop s’avancer, nous pouvons être sûrs d’une chose, c’est que nous finirons 2020 beaucoup plus endettés que prévu », a admis auprès Ouest-France Eric Le Jaouen, président au nom du Mouvement des entreprises de France (Medef) de l’Unédic, l’institution qui gère l’assurance-chômage. La structure a désormais une dette de 42,5 Md€, contre un peu plus de 37 Md€ fin 2019, indique Le Monde. Une évolution dont Dossier Familial a obtenu la confirmation jeudi 23 avril.

De lourdes dépenses en raison du chômage partiel

L’Unédic, dont les instances de décision sont composées à parité de représentants des employeurs et des salariés, fait face à de lourdes dépenses. Elle finance une partie de l’indemnité d’activité partielle (ou « chômage partiel ») dont bénéficient les 10,2 millions de salariés dans cette situation, un niveau record annoncé mercredi 22 avril par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, sur BFM Business. Ce nombre va augmenter. Les salariés en arrêt de travail pour garde d’enfant, ceux considérés comme des personnes vulnérables présentant un risque accru de développer des formes graves du Covid-19 ainsi que ceux cohabitant avec des personnes vulnérables vont être en activité partielle à partir du 1er mai, a annoncé le 17 avril le ministère du Travail. Une ordonnance présentée mercredi en Conseil des ministres prévoit d’assouplir les conditions du recours au chômage partiel.

« L’Etat a décidé, tout seul, dans son coin, d’augmenter la participation de l’Unédic à l’activité partielle, dénonce auprès de Dossier Familial Michel Beaugas, administrateur Force ouvrière de l’organisme. « C’est un changement de paradigme : la vocation première de l’Unédic était d’indemniser les demandeurs d’emploi, pas les salariés en chômage partiel », observe le syndicaliste.

L’institution continue à régler des allocations « à pratiquement 3 millions de demandeurs d’emploi, rappelle Eric Le Jaouen. Il faut ajouter à cela les 100 000 personnes qui arrivaient en fin de droits et dont la durée d’indemnisation a été prolongée en mars. Si nous devons aller jusqu’à juillet, cela représentera 500 000 personnes, pour un coût d’environ 1 Md€ ».

« Nous devons également verser une allocation complète à des personnes qui cumulaient chômage et emploi » avant la crise sanitaire et ne peuvent désormais plus exercer d’activité professionnelle, explique encore le président de la structure.

Des recettes moindres

Au-delà du surcroît de dépenses, l’Unédic subit un repli de ses recettes, liées aux cotisations sociales finançant l’assurance-chômage, principalement patronales, et à la contribution sociale généralisée (CSG). 

« Les rentrées [...] vont surtout baisser après l’été, anticipe Eric Le Jaouen. Tout le monde espère une reprise assez vigoureuse, mais il est compliqué de se projeter dans une situation qui serait proche de janvier ou février » 2020.

La hausse du chômage va être inévitable cette année, engendrant des demandes d’indemnisation supplémentaires et une diminution des ressources de l’organisme.

Un crédit persistant auprès des investisseurs

Pour l’heure, sa dégradation de la situation financière ne doit pas inspirer d’inquiétude. La dette de l’Unédic est garantie par l’Etat, dont la « signature » dispose d’un crédit persistant auprès des investisseurs internationaux, malgré la chute du produit intérieur brut (PIB) et l’envolée de la dette et du déficit publics en 2020 à des sommets jamais atteints depuis la Seconde Guerre mondiale.

L’Etat a augmenté son niveau de garantie, ce qui sécurise les investisseurs, estime auprès de Dossier Familial une source bien informée sous couvert d’anonymat.

« À date, les taux de financement sont situés à des niveaux similaires à ceux des emprunts réalisés ces trois dernières années », remarquait l’Unédic dans un document publié le 26 mars.

Le 27 février, donc avant le confinement, l’institution a émis pour 1,25 Md€ d’obligations, qui doivent être remboursées en 2030. Cet emprunt est assorti d’« un taux négatif de – 0,089 % », faisait savoir le 5 mars la structure dans un communiqué triomphant. Dans ce cadre, l’Unédic gagne de l’argent auprès des investisseurs qui ont acheté ses titres de dette.

Mais Michel Beaugas craint que les agences de notation financière, qui évaluent la capacité des émetteurs d’emprunt sur les marchés, reconsidèrent leur point de vue sur la structure. Voire que la confiance des investisseurs s’érode.

Un avertissement à Muriel Pénicaud

Eric Le Jaouen a adressé un message en forme d’avertissement à Muriel Pénicaud. Pour lui, « si l’activité partielle est amenée à perdurer sur le même modèle qu’aujourd’hui, il y aura sans doute une discussion à avoir dans les prochains moisLa soutenabilité de ces différentes mesures sera un point de vigilance pour les partenaires sociaux ».

Michel Beaugas va plus loin. Selon lui, les organisations syndicales et patronales doivent reprendre la main sur la définition des règles de l’assurance-chômage, alors que l’exécutif a préparé lui-même une réforme, dont l’entrée en vigueur d’une partie a été décalée du 1er avril au 1er septembre en raison de la crise sanitaire, certaines mesures étant déjà mises en œuvre. « Il faut qu’on nous rende les clefs », résume l’administrateur.

Des tensions entre le gouvernement et les organisations syndicales et patronales sur l’assurance-chômage ne sont pas à exclure.

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