France Travail : à quoi servira le « nouveau Pôle emploi » proposé par Emmanuel Macron pour lutter contre le chômage ?

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Salon Travail avenir formation (TAF), à Perpignan.
Au salon Travail avenir formation (TAF), le 24 mars à Perpignan. - © Arnaud Le Vu/Hans Lucas via Reuters Connect

Pôle emploi va connaître un bouleversement dans l’hypothèse où Emmanuel Macron est réélu à la présidence de la République, à l’issue du second tour lors duquel il sera confronté à la candidate d’extrême droite Marine Le Pen (Rassemblement national, RN), le 24 avril.

Publié sur le site Avecvous.fr, le programme du chef de l’Etat candidat, indique : « Pôle emploi transformé en France Travail par la mise en commun des forces de l’État, des régions, des départements et des communes. » Cette promesse se situe dans une rubrique « Des droits et devoirs renforcés », qui figure dans le chapitre « Atteindre le plein-emploi et mieux vivre de son travail ».

« France Travail doit constituer une seule porte d’entrée pour tous les citoyens privés d’emploi, en matière d’accompagnement, d’indemnisation et de formation », explique-t-on dans l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron auprès de Dossier Familial. Les personnes au chômage « peuvent avoir de multiples interlocuteurs » dans leurs démarches de recherche de travail ou de formation, tels que Pôle emploi, Cap emploi – organismes de placement spécialisés s’adressant aux personnes handicapées – les missions locales ou des services régionaux, départementaux ou municipaux, rappelle l’équipe de campagne.

Le futur dispositif, « opérateur commun sur tous les sujets de retour à l’emploi », doit disposer de « conseils d’administration » au niveau de l’Etat, des régions et des départements, précise-t-on de même source. Les proches d’Emmanuel Macron ont trouvé leur inspiration dans système existant « en Allemagne », où « l’Etat, les partenaires sociaux et les collectivités sont tous ensemble autour de la table ».

Plus d’accompagnement des chômeurs

Dans la conférence de presse au cours de laquelle il a présenté son programme, le 17 mars à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Emmanuel Macron a indiqué vouloir « un lieu où on accompagne toutes celles et ceux qui ont vocation à revenir à l’emploi de manière beaucoup plus simple et où on met toutes les compétences autour de la table et où on les accompagne, bilans de compétences, formations – des formations en termes de savoir-être ou de savoir-faire ou des formations plus lourdes – et accompagnement vers le retour au travail ». Il a déploré « une trop grande segmentation » des services « qui accompagnent le retour à l’emploi ». Cette segmentation « par public […] ne correspond plus à la réalité ».

Va-t-il y avoir fusion de toutes les administrations concernées ? « Probablement pas », répond l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. Mettre en œuvre un tel chantier exige au « minimum deux ans » et « plusieurs centaines de millions d’euros, puisqu’il faudra s’aligner sur la convention collective de Pôle emploi, la plus favorable », note Les Echos. L’option la « plus simple » doit consister « à multiplier les conventions d’objectifs et de moyens » entre « l’Etat » et les services visés par la réforme, précise le journal.

Le chamboulement induit nécessite la mise en place d’« un logiciel commun à tous les intervenants », regroupant les informations relatives aux personnes à la recherche d’un emploi, selon le quotidien. 

« Une logique régalienne de désengagement de l’Etat »

Pour Christophe Moreau, membre du bureau national du Syndicat national unitaire (SNU) de Pôle emploi, affilié à la Fédération syndicale unitaire (FSU), le projet relève d’« une logique régalienne de désengagement de l’Etat », visant mettre ce dernier « au-dessus de la mêlée »« L’Etat prend de la hauteur par rapport aux collectivités et garde sa capacité à fixer de grandes orientations stratégiques », notamment en matière de contrôle de la recherche d’emploi, commente auprès de Dossier Familial Christophe Moreau, faisant un parallèle avec la création de l’institution France compétences, au 1er janvier 2019, dans le domaine de la formation professionnelle et de l’apprentissage.

D’après notre interlocuteur, l’esprit du projet de France travail est distinct de celui qui a mené à la fondation de Pôle emploi, à partir de la fusion de l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) et des Associations pour l’emploi dans l’industrie et le commerce (Assédic), entrée en vigueur le 1er janvier 2009, suivant une promesse faite par Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle de 2007. « L’objectif était alors plutôt que l’Etat ait la mainmise sur l’assurance-chômage », remarque Christophe Moreau.

Un renforcement de « la représentation des chômeurs comme des fainéants »

La dénomination de France Emploi relève d’une volonté politique de souligner le caractère jugé cardinal par Emmanuel Macron de « la valeur travail », note le responsable syndical. « C’est une manière de dire : ‘‘Hors du travail, point d’insertion.’’ L’idée est dangereuse, car elle renforce la représentation des chômeurs comme des fainéants », alors même que l’exécutif vante la baisse du chômage intervenue au cours du quinquennat, qui bénéficie aux personnes sans aucune activité (catégorie A de Pôle emploi) plus qu’à celles ayant une activité réduite mais souhaitent travailler davantage (catégories B et C).

Le chef de l’Etat prévoit également une variation de l’indemnisation du chômage suivant la situation économique. « Nous poursuivrons les réformes du marché du travail, en continuant à simplifier et déconcentrer le dialogue social, […] à donner de la visibilité aux employeurs comme aux salariés », a affirmé le candidat de La République en marche (LREM) dans sa conférence de presse à Aubervilliers. Se décrivant comme « volontariste mais réaliste », Emmanuel Macron promet le « plein-emploi » à la fin de son éventuel second quinquennat.

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