Discrimination dans l’accès à l’emploi : une nouvelle vague de testing

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Discrimination
© SeventyFour

Alors que des manifestants imputent aux forces de l’ordre des faits de violences et de racisme, l’exécutif affiche son souhait de lutter contre les discriminations à l’embauche. Le gouvernement d’Edouard Philippe a annoncé, mercredi 17 juin, le lancement « dans les prochaines semaines » de la deuxième vague d’une opération de tests de discrimination (testing). Une équipe de chercheurs visera « 40 grandes entreprises du SBF 120 tirées au sort ». Le SBF 120, acronyme de Société des bourses françaises, est l’un des principaux indices boursiers de la place de Paris.

Les ministres Muriel Pénicaud (Travail) et Julien Denormandie (Ville et logement) et la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa (Egalité entre les femmes et les hommes et lutte contre les discriminations) rappellent, dans un communiqué, avoir mis en place une opération de testing, vantée comme la plus importante « jamais menée en France sur 120 grandes entreprises, organisée en trois vagues ».

7 entreprises épinglées dans une première vague

Dans le cadre de la première vague, « plus de 10 000 candidatures » fictives avaient été envoyées auprès de « 40 entreprises ». Les demandes émanaient de personnes de nationalité française, elles différaient soit par la consonance maghrébine du nom, soit par le lieu de résidence. Les chercheurs avaient abouti, dans leur rapport de mars 2019, à « une conclusion de discrimination pour quatre entreprises quel que soit l’indicateur de discrimination observé » : Air France, Altran Technologies, Arkema et Rexel, indiquait leur étude. S’agissant de trois autres firmes, Accor, Renault et Sopra Steria, les chercheurs avaient constaté des pratiques discriminatoires, mais trouvé des résultats distincts suivant « la nature des tests ».

Pour toutes les entreprises testées, le taux de succès des candidats avec un nom à consonance maghrébine atteignait 9,3 %, contre 12,5 % pour les candidats avec un nom à consonance européenne. Les auteurs avaient utilisé la méthode « du test de correspondance par paire », soit deux profils analogues, distingués par leur seule origine présumée. 

Un nouveau dispositif

« Cette nouvelle étude permettra de mieux connaître la réalité des discriminations à l’embauche dans notre pays, notamment en corrigeant les limites qui avaient pu affecter les résultats de la première vague », est-il précisé dans le récent communiqué.

Le gouvernement avait souligné deux limites lors de la présentation des résultats de la première vague, en février 2020 :

  • la majorité des tests ont reposé sur des candidatures spontanées, des canaux peu ou plus représentatifs du recrutement des grandes entreprises, selon elles ;
  • les postes testés ne sont pour certaines entreprises pas dans leur cœur de cible (techniciens de maintenance et hôtesses d’accueil).

Une méthode critiquée par SOS Racisme

Les militants de la cause anti-raciste contestent l’efficacité du dispositif. « C’est très bien de quantifier les discriminations avec des testings gouvernementaux, mais à elle seule la quantification ne sert pas à grand-chose », a critiqué auprès de Challenges Dominique Sopo, président de l’association SOS Racisme.

« Sur les sujets de discrimination raciale, c’est comme si l’Etat n’était pas l’Etat. Il se comporte comme une association qui n’aurait pas de puissance législative. On ne demande pas à l’Etat d’épingler les entreprises mais de prendre des décisions. »

Selon Challenges, les sept entreprises mises en cause ont pour obligation de suivre le 2 juillet une journée de formation… dont le coût est pris en charge par l’Etat.

Quelles sanctions en cas de discrimination ?

La méthode consistant à envoyer aux entreprises des candidatures fictives « ne peut servir à caractériser des infractions pénales », admettait le gouvernement en février.

Le Code du travail (article L. 1132-1) prohibe les discriminations, notamment dans le cadre d’un « recrutement », pour différents motifs, tels que :

  • l’origine ;
  • l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une prétendue race ;
  • les convictions religieuses ;
  • l’apparence physique ;
  • le nom de famille ;
  • le lieu de résidence.

Un employeur qui refuse d’embaucher, qui sanctionne ou qui licencie une personne pour un motif discriminatoire risque jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende (articles 225-1 à 225-2 du Code pénal).

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