« Choc économique et social » : après la crise sanitaire, la récession

Le gouvernement et les économistes anticipent une récession cette année, dont l’ampleur est encore difficile à déterminer.

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Edouard Philippe, mardi à l’Elysée.
Edouard Philippe, mardi à l’Elysée. © Ludovic Marin – Pool New – Reuters

C’est un rude avertissement. « Nous ne sommes qu’au début de la crise », qui sera « de plus en plus un choc économique, un choc social », a averti mercredi 25 mars à l’Elysée, à l’issue du Conseil des ministres, le chef du gouvernement, Edouard Philippe, cité par l’Agence France-Presse.

Mardi, le ministre de l’Economie et des finances, Bruno Le Maire, également cité par l’AFP, avait prévenu que la baisse du produit intérieur (PIB) en 2020 sera « bien inférieure à ce qu’elle a été évaluée dans le projet de loi de finances rectificative » (1 % en moins), dont le texte définitif avait été promulgué la veille.

Les évaluations de l’Insee

L’Insee estime à « environ un tiers la perte d’activité » en cours du fait de la crise sanitaire, dans une note de conjoncture publiée jeudi (à télécharger ici).

« Cet ordre de grandeur semble cohérent avec les premières informations disponibles sur la situation des salariés, dont un tiers environ serait en activité sur le lieu habituel de travail, en tiers en télétravail et le dernier tiers en chômage partiel », explique l’Institut national de la statistique et des études économiques.

L’organisme évalue à 35 % l’effondrement de la consommation des ménages.

Si la date de fin du confinement, débuté le 17 mars, n’est pas encore connue, « un confinement d’un mois aurait un impact de l’ordre d’une douzaine de points de produit intérieur brut trimestriel en moins, soit 3 points de PIB annuel », calculent les experts de l’Insee. Un confinement d’une durée de deux mois est susceptible de représenter 6 points de PIB annuel.

Mais les statisticiens admettent la fragilité de leur analyse, sur la foi des limites suivantes :

  • l’évolution de la croissance du PIB dépend étroitement du scénario de sortie de la crise sanitaire, sujet sur lequel l’Insee ne dispose pas de capacité de prévision ;
  • les mesures de soutien aux ménages et aux entreprises visent à empêcher que le choc ne laisse des cicatrices permanentes trop profondes, mais il n’est pas sûr que le retour à la normale soit immédiat ;
  • le comportement des agents économiques dépendra de leur confiance dans l’amélioration de la situation sanitaire et reste donc incertain.

« Sans précédent depuis l’après-guerre »

Les économistes anticipent tous une récession, mais peinent à déterminer son niveau.

« La chute de l’activité économique qui s’annonce en France est sans précédent depuis l’après-guerre », a souligné le chercheur Xavier Ragot dans une tribune au Monde du 20 mars.

« Elle devrait être de 20 à 40 % sur un trimestre, avec une incertitude évidente, qui dépendra des contraintes induites par la pandémie. En comparaison, la chute la plus importante connue en France a été de 5,3 % au printemps 1968. Pendant la crise de 2008, le recul de l’activité le plus élevé sur un trimestre a été de seulement 1,6 % », écrit le président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Malgré le chômage partiel, des fermetures d’entreprises et des pertes d’emploi sont attendues. 

À 8,1 % au quatrième trimestre 2019, selon l’Insee, le taux de chômage risque de bondir.

Nous dépendons aussi de l'étranger

L’ampleur de la récession et de ses conséquences sociales va dépendre des économies étrangères, notamment outre-Atlantique.

« L’impact […] de cette crise sanitaire sur un de nos partenaires commerciaux majeurs, qui est les Etats-Unis, sera décisif pour le choc » en France, a admis mercredi Bruno Le Maire à l’issue du Conseil des ministres.

Le niveau de la relance menée en France et la coordination des Etats de l’Union européenne pour favoriser la reprise vont aussi être déterminants.

L’UE a décidé de suspendre l’application de ses strictes règles budgétaires en 2020.

Neuf exécutifs européens, dont Emmanuel Macron, plaident par ailleurs en faveur de la création d’un titre de dette émis par une institution européenne, pour financer la lutte contre le coronavirus.

df
Timour Aggiouri
Publié le

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