Cyber harcèlement des femmes : moins de 8 % des contenus sexistes signalés sont supprimés

Les auteurs de violences envers les femmes jouissent d’une grande impunité sur Facebook, Twitter et YouTube. Le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes demande aux plateformes de préciser et d’harmoniser leurs règles de modération.

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Les auteurs de violences envers les femmes jouissent d’une grande impunité sur les réseaux sociaux.
Les auteurs de violences envers les femmes jouissent d’une grande impunité sur les réseaux sociaux.

Sur les réseaux sociaux, les violences à l’encontre des femmes sont massives et très peu réprimées. C’est le constat dressé par le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) dans un rapport publié mercredi 7 février intitulé « En finir avec l’impunité des violences faites aux femmes en ligne : une urgence pour les victimes ». Dans un rapport de l’ONU publié en septembre 2015, 73 % des femmes interrogées ont déclaré avoir été victimes de cyber-harcèlement.

En juin et juillet 2017, le HCE a réalisé un test inédit sur les trois principaux réseaux sociaux, Facebook, Twitter et YouTube, visant à mesurer leur niveau de tolérance vis-à-vis des contenus sexistes. Pour le mener, elle s’est associée à trois structures luttant pour les droits des femmes : le collectif Féministes contre le cyberharcèlement, la Fondation des femmes et l’association En avant toutes.

Sur les 545 contenus sexistes signalés (insultes, menaces de viols ou incitation à la haine) aux trois plateformes, seuls 7,7 % ont été supprimés. Malgré 198 signalements, YouTube n’a retiré aucun contenu. Sur 154, Facebook en a supprimé 17 et sur 193, Twitter en a effacé 25.

« Une modération insuffisamment exigeante, aléatoire et non graduée »

La tolérance des réseaux sociaux varie selon la nature des messages. Sur Facebook comme sur Twitter, 100 % des contenus constituant des « menaces de violences crédibles » ont été supprimés. En revanche, le premier réseau social mondial a retiré seulement 17,2% des contenus sexuellement explicites et 9 % de ceux incitant à la haine envers un genre ou une orientation sexuelle. Même chose sur Twitter : seuls 17,4 % des contenus considérés comme relevant de l’incitation à la haine sexiste et moins de 10 % de ceux constituant du harcèlement ciblé ou des menaces de violences ont été supprimés.

Pour le Haut conseil à l’égalité, si cette modération est faible, c’est en raison de « catégories de signalement peu claires, qui ne correspondent ni aux infractions prévues par la loi, ni à la réalité des manifestations du sexisme en ligne ». Par exemple, les plateformes ne proposent pas de catégorie « insultes ». L’autorité consultative recommande donc que les règles de modération soient « précisées, rendues publiques et harmonisées entre les plateformes ».

Autre bémol : les délais de réponse aux signalements sont « trop longs ». Sur Facebook, il est de 48h, contre une semaine environ sur Twitter et YouTube. Pour l’autorité consultative, le délai maximal devrait être fixé par la loi à 24h, comme c’est le cas en Allemagne depuis octobre 2017.

Punir le phénomène des « raids »

Le Conseil pointe également le fait que les plateformes ne permettent pas de signaler réellement les « raids », c’est-à-dire les opérations de harcèlement menées par plusieurs agresseurs contre une même cible. Pour lutter contre cette forme particulière de cyber-harcèlement, il préconise d’adapter la loi.

Le droit actuel prévoit que le harcèlement est constitué lorsque les propos ou les comportements sont répétés par une même personne : « le fait de harceler une personne par des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de vie se traduisant par une altération de sa santé physique ou mentale est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende » (art. 222-33-2-2 du Code pénal). Le HCE propose d’adapter la définition en prévoyant que la répétition puisse résulter de l’action concertée de plusieurs personnes.

df
Sarah Corbeel
Publié le

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