Récession : comment l’Etat va financer son déficit

L’exécutif rejette toute augmentation des impôts, et une baisse des dépenses publiques paraît exclue. Il va recourir massivement à l’emprunt.

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Le PIB va plonger en 2020.
Le PIB va plonger en 2020. © Zerbor

La forte récession de l’année 2020 va mettre à mal les finances publiques. La Banque de France estime à environ 6 % le repli du produit intérieur brut (PIB) du pays entre janvier et mars, dans une étude publiée mercredi 8 avril.

« Il faut remonter au 2e trimestre 1968, marqué par les événements du mois de mai, pour retrouver un baisse trimestrielle de l’activité du même ordre de grandeur. Le PIB avait alors chuté de −5,3 %, avant de rebondir de +8 % au 3e trimestre », rappelle l’organisme.

« Toutes choses égales par ailleurs, chaque quinzaine de confinement ampute le niveau du PIB annuel de près de −1,5% », souligne la Banque de France.

Pire récession depuis 1945

Pour toute l’année, l’économie du pays va probablement connaître sa pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale.

« Le chiffre de croissance le plus mauvais qui ait été fait par la France depuis 1945, c’est en 2009 après la grande crise financière de 2008 : −2,2%. Nous serons vraisemblablement très au-delà des −2,2% », a averti lundi, lors d’une audition en visio-conférence au Sénat, le ministre de l’Economie et des finances, Bruno Le Maire, cité par l’Agence France-Presse.

Le gouvernement et les économistes évaluent approximativement le recul du PIB sur l’année, en raison de l’incertitude de la durée du confinement, en France comme dans les autres pays frappés par la pandémie, parmi lesquels ses principaux partenaires commerciaux (Allemagne, Etats-Unis, Italie, Royaume-Uni, etc.).

Hausse des dépenses publiques

Malgré le chômage partiel et d’autres dispositifs de soutien à l’économie (prêts bancaires garantis par l’Etat, Fonds de solidarité, etc.), des entreprises et des emplois vont disparaître, engendrant une diminution des impôts et des cotisations sociales perçus.

Outre les probables mesures de relance prises au bénéfice des ménages et des entreprises après le confinement, les collectivités publiques vont devoir accroître leurs dépenses dans certains domaines, notamment la santé.

La crise sanitaire agit comme un révélateur des effets néfastes pour la population des coupes budgétaires et des méthodes de management fondées sur la rentabilité mises en œuvre dans les hôpitaux.

« Les fonctionnaires en première ligne durant la crise réclameront des revalorisations salariales que l’Etat aura du mal à refuser », écrit l’économiste Patrick Artus dans l’hebdomadaire Challenges du 2 avril.

Creusement du déficit public

Au total, le déficit public, c’est-à-dire la différence entre les recettes et les dépenses des administrations publiques, va se creuser (3 % en 2019, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques).

Soucieux de ne pas s’attirer les foudres de l’opinion, l’exécutif se dit défavorable à une hausse des impôts dans les mois à venir, y compris au travers du rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) que réclame la gauche.

« Nous ne pensons pas qu’une augmentation d’impôt soit le meilleur moyen de relancer la croissance économique », a expliqué mercredi Bruno Le Maire sur France 2« Nous avons défini une politique fiscale, je pense que c’était la bonne politique fiscale », a affirmé le ministre.

« Nous aurons l’occasion d’en re-débattre lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2021, [...] à l’automne » prochain, a précisé Bruno Le Maire, alors que son collègue Gérald Darmanin (Action et comptes publics) a fait l’objet de vives critiques pour avoir appelé aux dons en vue d’aider les professionnels en difficulté.

Recours à l’emprunt

Les collectivités publiques vont massivement recourir à l’emprunt pour faire face à leurs dépenses. L’utilisation de ce mécanisme est courante. La dette publique atteint autour de 100 % du PIB, un niveau pour le moment soutenable compte tenu de la crédibilité dont bénéficie la « signature » de la France auprès des investisseurs internationaux. Mais la récession est susceptible de faire croître la dette à hauteur de plusieurs dizaines de points de PIB. 

Face au risque que différents Etats européens tombent dans une longue dépression et soient en défaut de paiement, des responsables politiques et des économistes plaident pour des solutions jamais mises en œuvre :

  • la création d’un titre de dette commun aux Etats, le « coronabond » ;
  • l’annulation par la Banque centrale européenne (BCE) des dettes publiques de l’UE dont elle dispose.

Mais l’Allemagne, première puissance économique du continent, est défavorable à ces leviers. La crainte d’une forte inflation, et donc d’une augmentation générale et durable des prix, dicte les orientations budgétaires du gouvernement d’Angela Merkel.

df
Timour Aggiouri
Publié le

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