Où placer son épargne accumulée pendant le confinement  ?

L’économiste Philippe Crevel conseille aux personnes « dans une situation professionnelle et financière stable » d’investir en actions, mais aussi en unités de compte au sein d’un contrat d’assurance-vie.

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De nombreuses personnes économisent plus que d’habitude.
De nombreuses personnes économisent plus que d’habitude. © photoschmidt

La crise sanitaire et ses graves répercussions économiques et sociales inquiètent la population, et les restrictions de déplacement limitent les dépenses : de nombreuses personnes économisent plus que d’habitude. Les foyers « accumuleraientune épargne forcée de 55 Md€ » au terme du confinement, débuté le 17 mars et qui doit prendre s’achever le 11 mai, évalue l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

« Une grande partie de cette épargne exceptionnelle sera probablement dépensée […] une fois les possibilités de consommation rétablies », explique l’OFCE dans une étude parue lundi 20 avril.

Une épargne record

La collecte de sommes placées sur les Livrets A et Livrets de développement durable et solidaire (LLDS) a atteint en mars un sommet record depuis 2009, précédente année de récession. La différence entre le montant des dépôts et celui des retraits sur ces deux placements réglementés s’est établie le mois dernier à 3,82 Md€, a fait savoir le 17 avril la Caisse des dépôts et consignations (CDC) dans un communiqué.

L’exécutif est défavorable à ce phénomène d’épargne massive, alors que la récession prévue en France cette année sera la plus lourde depuis la Seconde Guerre mondiale (– 8 %, d’après les dernières prévisions gouvernementales). « Ce n’est pas d’épargne dont nous avons besoin aujourd’hui pour notre économie, mais d’investissement », a réagi, devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale, le ministre de l’Economie et des finances, Bruno Le Maire, cité par l’Agence France-Presse.

Toute la population ne peut mettre de l’argent de côté. Certaines personnes connaissent des difficultés financières. Si la perte est limitée pour les salariés en activité partielle, qui perçoivent en général environ 84 % de leur rémunération nette horaire, la chute de revenus peut être plus importante pour d’autres personnes, comme pour les salariés dont le contrat de travail a pris fin durant le confinement ou les indépendants non éligibles au Fonds de solidarité.

Pour les personnes dont les dépenses sont inférieures aux revenus, le surplus peut être économisé. Mais où ? Voici des éléments de réponse.

Pas d’économies sur votre compte de dépôt

Si certaines rares banques rémunèrent les sommes figurant sur le compte de dépôt, cette mesure n’est pas générale. « Le montant des dépôts à vue pour le mois de mars n’est pas encore connu, mais il est probable qu’il soit très élevé », estime auprès de Dossier Familial Philippe Crevel, économiste, directeur du Cercle de l’épargne.

Mieux vaut épargner ailleurs que sur votre compte de dépôt.

Des actions ou des unités de compte

« Les personnes ayant une situation professionnelle et financière stable doivent investir en bourse, sur les marchés actions européens, recommande Philippe Crevel. C’est maintenant qu’il faut y entrer. » Vous pouvez à cet effet ouvrir un plan d’épargne en actions (PEA). Une action est un titre de propriété du capital d’une société.

Une autre possibilité est ouverte aux épargnants à l’horizon dégagé : investir dans des unités de compte, au sein d’un contrat d’assurance-vie dont ils disposent déjà ou qu’ils peuvent ouvrir.

« Cette stratégie ne s’applique pas aux personnes qui craignent de perdre leur emploi », ajoute notre interlocuteur. Les actions et les unités de compte présentent un risque de perte. En général, les gains peuvent être maximisés au bout de plusieurs années d’investissement.

Les personnes dans l’incertitude mais disposant d’un surcroît d’argent peuvent épargner plutôt sur leur Livret A ou leur LDDS. « La logique peut amener à revoir le conseil habituel de ne pas placer l’équivalent de plus de deux ou trois mois de revenus sur ces placements », explique Philippe Crevel. 

Une reprise de l’inflation exclue à brève échéance

L’inflation, soit la hausse générale et durable des prix, à 1,1 % en France en 2019, va-t-elle reprendre de la vigueur ? La question est d’importance pour vos finances : le gouvernement fixe le taux des Livrets A et LDSS en se fondant notamment sur l’inflation, laquelle a un impact sur le coût des crédits et, au-delà, sur l’activité économique et les salaires.

« Il n’y a pas de risque inflationniste à court terme, soit dans les 6 prochains mois, considère Philippe Crevel. À la sortie du confinement, la demande ne va pas être très forte : de nombreux commerces vont rester fermés, ce qui va limiter la consommation. En outre, les prix des matières premières, un facteur d’inflation important, sont faibles : voyez le cours du baril de pétrole texan, qui a chuté lundi en dessous de zéro dollar. »

Les économistes s’interrogent quant aux effets sur les prix des injections de liquidités menées par la Banque centrale européenne (BCE) et de l’endettement des Etats, qui subissent une hausse de leurs dépenses et une diminution de leurs recettes en raison de la récession. « Mais il n’y a pas eu d’inflation lors de la crise de 2008-2009, malgré la politique de la BCE et l’endettement public », rappelle Philippe Crevel.

Pour lui, seules des augmentations de salaires décidées pour apaiser de possibles tensions sociales, en France et dans le reste de l’Europe, sont susceptibles de provoquer un regain d’inflation.

df
Timour Aggiouri
Publié le

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