Surdité : choisir son appareil auditif

Surdité : choisir son appareil auditif

Quand la surdité devient trop gênante, il peut être utile de se faire appareiller. L’ordonnance du médecin en main, reste à choisir l’audioprothésiste qui vous conseillera l’équipement le mieux adapté. Voici tout ce qu’il faut savoir pour ne pas se tromper.

Sur les 3 à 4 millions de ­Français qui pourraient bénéficier d’une aide auditive, seuls 40 % portent un appareil auditif. Difficulté de franchir le pas, mais aussi coût prohibitif des prothèses en sont les principales raisons. Dans certains cas, il est pourtant impossible de s’en priver. Tout commence par la visite chez le médecin otorhinolaryngologiste (ORL), puis se poursuit par le choix de l’audio­prothésiste, qui vous aidera à faire le meilleur choix et effectuera le suivi dont vous aurez besoin.

Deux tiers des audioprothésistes sont des indépendants, qui exercent en leur nom propre ou se regroupent sous une même enseigne avec une charte commune. Un quart est salarié dans des réseaux tels qu’Audika, ­Amplifon, etc. ; les autres appartiennent à des réseaux mutualistes, comme Audition Mutualiste. Côté compétence, tous ont suivi une formation diplômante de trois ans.

Le choix de l'audioprothésiste

C’est donc, avant tout, le contact et la qualité des conseils qui feront la différence. Le choix du professionnel peut se faire par le bouche-à-oreille, mais aussi sur des critères de proximité. Car vous devrez effectuer plusieurs visites pour les empreintes ou les réglages. Au vu de l’ordonnance et de l’audiogramme effectués par le médecin, l’audioprothésiste doit prendre le temps de vous interroger sur vos attentes, vos habitudes de vie, les situations où vous éprouvez une gêne auditive. Puis, il réalise un petit examen de l’oreille (otoscopie) et des tests complétant ceux de l’ORL, avant de vous faire essayer différents modèles parmi une quinzaine de marques et quelque 400 ­références !

Certains équipements nécessitent de prendre une empreinte de vos oreilles pour mouler les embouts. « L’audioprothésiste propose d’essayer la prothèse pendant quelques semaines, ­souvent gratuitement, en faisant le meilleur réglage possible, indique Luis Godinho, audio­prothésiste à Paris et vice-président de l’Union nationale des syndicats d’audioprothésistes français (Unsaf). À l’issue de cette période, neuf personnes sur dix repartent avec un appareil. »

Appareils auditifs : trois types de modèles

Désormais équipés de techno­logie numérique, les appareils auditifs sont capables de distinguer les voix et les bruits de fond, d’amplifier les sons de manière sélective, certains disposant de deux micros directionnels. Des programmes automatiques, sélectionnés grâce à une télécommande, permettent de mieux entendre dans différentes ambiances sonores : milieu calme, restaurant, concert…

« Les appareils haut de gamme, qui offrent le plus de possibi­lités de réglage, sont recommandés pour les personnes qui ont un mode de vie très actif, quelle que soit la perte auditive, précise Patrick Arthaud, audio­prothésiste à Montluçon (Allier). Pour une personne âgée, aux activités relativement limitées, un appareil moyen de gamme ou d’entrée de gamme sera, souvent, suffisant, même si la surdité est importante. »

Pour chaque niveau de gamme, il existe trois formes d’appareils

  • Les contours d’oreille classiques. La partie électronique qui capte les sons est placée derrière l’oreille. Elle est reliée à un embout se logeant à l’entrée de l’oreille et bouchant le conduit auditif. Ces appareils sont faciles à manipuler.
  • Les minicontours d’oreille. Ils sont beaucoup plus petits et le contour est relié à un embout ouvert qui ne bouche pas le conduit auditif. Très discrets, ils sont bien supportés.
  • Les intra-auriculaires. Conçus sur mesure, ils se placent entièrement dans le conduit auditif et sont donc quasi invisibles. Mais ils peuvent donner l’impression d’avoir l’oreille bouchée et provoquer des allergies.

« Les contours classiques conviennent à toutes les formes de surdité, même celles des enfants, tandis que les minicontours et les “intras” sont réservés aux surdités légères et modérées, conseille Patrick Arthaud. Aujourd’hui, ce sont les minicontours qui se développent le plus. »

Ce qui n’empêche pas les fabricants de proposer de nouvelles technologies. Comme les minicontours avec haut-parleur situé dans le conduit auditif, plutôt que dans le contour, bien adaptés aux surdités profondes. Ou le premier appareil sans piles de Siemens, qui se recharge tous les soirs. Ou encore le très discret système bicross dont Franck, 52 ans, sourd de l’oreille gauche depuis l’enfance, est équipé. « Je porte une aide auditive de chaque côté et le son qui arrive dans l’oreille gauche est renvoyé dans l’oreille droite, explique-t-il. Pour la première fois de ma vie, j’entends les sons venus de toutes les directions ».

On peut aussi citer les lentilles auditives de la marque Phonak, bien adaptées aux pertes d’audition débutantes dans les sons aigus, qui se portent 24 heures sur 24 et se changent tous les quatre mois, pour un abonnement, plutôt coûteux, d’environ 200 € par mois. Ou le premier assistant d’écoute prêt à l’emploi de Sonalto, à l’image des lunettes loupe, pour les baisses auditives faibles, vendu environ 300 € en ­pharmacie, sans ordonnance. Mais peut-on ­choisir le bon appareil sans prescription médicale ni réglage par un audioprothésiste, comme le préconise la législation ?

Le prix élevé des appareils auditifs

Le prix des aides auditives reste un véritable frein à l’équipement. Il faut compter, par oreille, de 900 à 1 200 € pour une entrée de gamme (2 à 4 canaux), de 1 400 à 1 600 € pour la gamme moyenne (4 à 8 canaux) et de 1 800 à 2 000 € pour le haut de gamme (12 à 20 canaux). Pour les deux oreilles, il faut compter en moyenne 3 000 € pour des appareils de gamme intermédiaire. Les prix sont en général un peu moins élevés chez les audioprothésistes mutualistes, et un peu plus chez les succursalistes.

Depuis le 1er janvier 2011, pour les plus de 20 ans, l’Assurance-maladie ne rembourse que 60 % d’une base de remboursement unique fixée à 199,71 €, soit 119,83 € par oreille. On peut y ajouter la prise en charge des assurances complémentaires santé qui peut atteindre, selon les contrats, jusqu’à 400 % de la base de remboursement, soit 798,84 €, ou se traduire par un forfait. Le « reste à charge » n’en demeure pas moins important.

Des devis comparatifs

Raison de plus pour faire jouer la concurrence. « L’audioprothésiste doit fournir un devis détaillé qui comporte toutes les informations relatives à l’équipement recommandé : marque, modèle, durée de la garantie, durée du prêt, modalités de suivi et de réglage…, explique Sébastien Gênai, responsable de huit centres d’audition dans la région lilloise. Il peut établir deux ou trois devis pour différentes gammes d’appareils. Certains clients comparent les devis de plusieurs audioprothésistes, mais la profusion d’information ne facilite pas leur choix. »

Pour tous les appareils, une garantie fabricant de deux ans couvre les pannes, une extension de deux ans étant parfois incluse sans surcoût. Une garantie perte, casse et vol est également proposée pour un montant de 100 € minimal par an. Il est à noter que certaines assurances multi­risques habitation incluent ce type de garantie, mais souvent en option et avec une couverture incomplète. Certains audioprothésistes proposent également des financements à crédit, mais à des taux généralement moins intéressants que ceux des banques. 

 Réglage et suivi : les clés du succès

Une fois équipé, il faut plusieurs semaines pour s’habituer à son nouvel appareil. Déjà, il est important de le porter toute la journée, dans différentes situations. Durant la période de prêt, il ne faut pas hésiter à retourner chez l’audioprothésiste pour affiner le réglage, voire essayer un autre appareil. « Le suivi continue tout au long de l’utilisation de l’appareil, qui est en moyenne de sept ans, un peu moins pour les intras, précise Sébastien Gênai. Pour les adultes, une à deux visites par an sont souhaitables, quatre pour les enfants. »

Enfin, pour prolonger la durée de vie de ses appareils, il est conseillé de les essuyer tous les soirs, de les ouvrir pour les aérer et d’essuyer les piles qui dureront ainsi plus ­longtemps - elles se changent toutes les semaines ou tous les quinze jours. Il faut aussi nettoyer les appareils une fois par semaine, avec un produit anti­septique spécial. Des contraintes à accepter pour continuer de vivre normalement.

« C’est la relation humaine qui compte le plus. »

L’expert Luis Godinho, audioprothésiste à Paris

« Je conseille de voir deux ou trois professionnels près de chez soi, et de choisir celui avec lequel le contact passe le mieux. Un bon audioprothésiste doit poser des questions, s’intéresser à votre style de vie, prendre le temps d’expliquer… Chacun a l’habitude de travailler avec quelques marques qu’il connaît bien et qui proposent des aides auditives dans toutes les gammes. Le choix de l’audio­prothésiste prime donc sur celui de l’appareil ! La qualité du réglage initial, adapté à chaque personne grâce à des logiciels complexes – jusqu’à 20 canaux, des dizaines de réglages et des milliers de possibilités – fait toute la différence. Ainsi que celle du suivi et des ajustements ultérieurs. »