Quadras, ayez l’œil sur votre vue !

Quadras, ayez l’œil sur votre vue !

Comme tous les autres organes, l’œil vieillit. À partir de la quarantaine, il faut faire contrôler sa vue. Et accepter de la corriger si besoin.

Personne n’y échappe ! Avec l’âge, le cristallin (lentille de forte puissance située à l’intérieur de l’œil) perd de sa souplesse, il durcit et ne fait plus aussi bien la mise au point. C’est la presbytie. Cette difficulté à voir de près se manifeste d’abord surtout le soir, en lumière déclinante et quand on rentre fatigué d’une journée de travail. Puis, peu à peu, on allonge les bras dès le matin pour lire le journal. Une correction devient indispensable.

Correction progressive

Les quadras, même ceux qui se félicitaient de bénéficier d’une vue parfaite jusque-là, se voient un beau jour contraints d’aller consulter un spécialiste et de chausser leur première paire de lunettes. L’ophtalmologiste prescrit le plus souvent des verres convergents qui grossissent les caractères (effet loupe) et permettent ainsi de lire de près.

Il peut aussi proposer une seule lentille de contact, souple et jetable en général, que le presbyte portera sur l’œil de son choix. Grâce à une petite gymnastique et après une courte période d’adaptation, il apprendra à lire de près avec l’œil corrigé et à voir de loin tout à fait normalement avec l’autre œil.

Ceux qui souffraient de myopie, d’astigmatisme ou d’hypermétropie pourront opter pour des verres ou des lentilles dits progressifs : le haut du verre permet une vision de loin et le bas du verre de lire de près.

Envisager la chirurgie

Dernière possibilité pour ceux qui ne veulent ni lunettes ni lentilles : la chirurgie. Prudence cependant, car "elle est encore débutante dans le domaine de la presbytie, et comporte des risques", prévient le Pr Joseph Colin, président de la Société française d’ophtalmologie. Avec le laser (Lasik), on peut sculpter la cornée, afin de la transformer en une sorte de lentille (convexe) et permettre d’améliorer la vision de loin et de près, une technique surtout efficace chez les hypermétropes. D’autres chirurgiens proposent de transformer la cornée en une lentille progressive, mais le résultat n’est pas souvent satisfaisant.

Le second type d’intervention vise à retirer le cristallin et à le remplacer par un cristallin artificiel multifocal. Inconvénients : intervenir sur l’œil comporte toujours des risques d’infection et de traumatisme, et ce type de cristallin diminue la sensibilité au contraste.

D’autres troubles de la vision

Autre phénomène moins connu, le corps flottant dans le vitré. "En arrière du cristallin, le globe est rempli par une sorte de gelée appelée corps vitré, explique le Pr Laurent Laroche, ophtalmologiste au centre hospitalier des Quinze-Vingts, à Paris. Cette gelée a des points d’attache en avant de la rétine. Ces zones d’adhérence ont la particularité d’être plus denses, elles forment comme des grumeaux."

Avec l’âge, le vitré a tendance à se liquéfier, à se détacher de la paroi et à se transformer en humeur aqueuse (liquide). Résultat : lorsque l’on fait de brusques mouvements oculaires, on a l’impression que quelque chose "tremblote dans l’œil". En fait, le vitré suit le mouvement avec un peu de retard, "on voit ce qui se passe à l’intérieur de l’œil". Les intéressés parlent de "mouches volantes" ou de petits points noirs, les médecins de vision entoptique. À titre préventif, certains patients prennent des compléments alimentaires, mais "leur efficacité n’a pas été prouvée", précise le Pr Colin.

Un seul remède donc : la patience. Cela peut être très perturbant au début, mais on s’y habitue, et un jour on réalise que les "mouches volantes" ont disparu. Avec le temps, en effet, le vitré se détache en son centre, se liquéfie et s’affaisse jusqu’à disparaître du champ visuel.

Les effets dévastateurs de la cataracte

Voir moins nettement de près comme de loin, avoir l’impression d’être dans le brouillard le jour et ébloui la nuit, voir double quand on ferme un œil, autant de signes évocateurs d’un début de cataracte. Cette opacification progressive du cristallin peut débuter dès 45 ans, surtout chez les personnes fortement myopes. Aucun traitement ne permet d’interrompre son évolution ni de la faire régresser.

Lorsque la gêne devient importante et permanente, en général après 70 ans, une intervention chirurgicale, pratiquée le plus souvent en ambulatoire, peut être intéressante. L’opération consiste à ôter le contenu opacifié du cristallin et à replacer dans l’enveloppe (la capsule) un cristallin artificiel (implant intraoculaire). Le patient rentre chez lui dans la journée. Sa vision s’améliore très rapidement et, quelques semaines plus tard, l’ophtalmologiste peut lui prescrire des verres adaptés.

Quelquefois, la capsule s’opacifie à son tour (cataracte secondaire), et quelques impacts de laser sont nécessaires pour ouvrir la membrane et permettre au patient de retrouver aussitôt sa vision.

Une rétine fragilisée

Des points ou des éclairs lumineux qui "apparaissent" alors qu’on a les yeux fermés évoquent une déchirure de la rétine, la membrane qui tapisse l’intérieur de l’œil et sur laquelle arrivent les images transmises par la cornée et le cristallin. Cette déchirure peut être due à l’âge, à un choc, souvent à une forte myopie. "Il est alors important d’agir. Le premier geste est de renforcer la rétine avec un laser et de 'ressouder' les deux feuillets", insiste le Pr Laroche.

Généralement, une séance suffit. Si ce premier traitement n’est pas entrepris rapidement, la déchirure va entraîner un décollement de rétine beaucoup plus grave, qui se traduit par une amputation du champ visuel (la personne ne voit pas une partie de l’image). L’intervention chirurgicale est alors indispensable, afin de "boucher la déchirure" et de coller la rétine contre la paroi. Ces traitements sont le plus souvent efficaces, mais la récupération visuelle dépend de l’étendue et de l’ancienneté de l’accident.

Deux types de glaucomes

Le glaucome n’est pas douloureux et ne provoque aucune baisse de l’acuité visuelle pendant plusieurs années, et pourtant c’est la principale cause de cécité en France. Avec l’âge, chez certaines personnes, l’humeur aqueuse - le liquide transparent qui remplit l’œil dans sa partie antérieure - n’est plus évacuée suffisamment et s’accumule à l’intérieur de l’œil, provoquant une tension excessive.

Les spécialistes distinguent deux types de glaucomes. Les plus fréquents, dits "à angle ouvert", évoluent en silence, et lorsque les premiers signes apparaissent (altération de la vision périphérique) une partie du nerf optique est déjà détruite. À l’inverse, les glaucomes par fermeture de l’angle se révèlent de façon violente par des yeux rouges et douloureux, des maux de tête et des nausées. La pression oculaire s’élève si rapidement qu’une intervention chirurgicale immédiate est indispensable pour évacuer l’humeur aqueuse en excès.

Cette maladie redoutable est pourtant évitable. À condition de faire un bilan régulier chez un ophtalmologiste dès l’âge de 45 ans (40 ans en cas d’antécédents familiaux). Le glaucome peut être facilement dépisté par des examens rapides et indolores. S’il est avéré, le patient se verra proposer un traitement pour diminuer la production de liquide ou faciliter son évacuation. Le plus souvent il s’agit d’un collyre à instiller dans l’œil une ou deux fois par jour.

Les chercheurs espèrent pouvoir développer de nouveaux médicaments pour abaisser la pression intraoculaire. Dans un avenir un peu plus lointain, la mise au point de molécules capables de régénérer le nerf optique et donc de faire régresser les conséquences de la maladie est envisageable.

Le soleil, ennemi des yeux

Les ultraviolets, présents dès le lever du soleil et plus encore entre midi et 16 heures dans l’Hexagone, peuvent endommager tous les tissus de l’œil : paupières, cornée, cristallin et rétine. Les atteintes aiguës comme les kératites ou ophtalmies des neiges correspondent à une sorte de coup de soleil de l’œil. Sous l’effet d’une exposition intense et sans protection, l’œil devient rouge, larmoie, de petits trous se forment dans la cornée.

Ces dommages sont heureusement réversibles. Seuls ceux qui sont provoqués par l’observation d’une éclipse du Soleil sans protection sont définitifs. Plus sournoises, les atteintes progressives de l’œil sont, selon Cécile Delcourt, chercheuse à l’Inserm Bordeaux, "de vraies bombes à retardement". Dues à de petites expositions répétées tout au long de la vie, elles accélèrent le vieillissement de l’œil et favorisent l’apparition de maladies telles que la cataracte (opacification du cristallin). Les personnes vivant dans les zones les plus ensoleillées peuvent ainsi avoir un risque jusqu’à trois fois plus important de développer une cataracte.

Plus d’infos

La Société française d’ophtalmologie peut orienter vers un ophtalmologiste sur le territoire.

Tél. : 01 44 12 60 50.

L’Association nationale pour l’amélioration de la vue organise chaque année au mois d’octobre une campagne qui permet de faire évaluer sa vision chez l’un des 6 000 opticiens partenaires. Renseignements sur www.journeesdelavision.info.