La perte d’audition, phénomène inéluctable

Le nombre de personnes qui entendent mal ne cesse d’augmenter en raison du vieillissement de la population, et très peu sont appareillées. La perte de l’audition est pourtant loin d’être une fatalité !

Comme la vision, moins nette à partir de 45-50 ans, l’ouïe se fait moins fine au fil des ans. Les deux phénomènes sont inéluctables. C’est dès 25-30 ans que débute la dégradation progressive de l’audition.

Une gêne à partir de 60 ans

Aux abords de la cinquantaine, la quasi-totalité des personnes connaissent une perte d’acuité auditive. Mais c’est autour de la soixantaine qu’elle peut devenir gênante. Petit à petit, on entend moins bien les sons aigus et les fréquences utilisées dans la vie de tous les jours. On se trouve obligé de faire répéter, d’augmenter le son de la radio. On parle alors de presbyacousie, un phénomène parallèle à la presbytie pour la déficience visuelle.

"Cependant, le vieillissement du système auditif reste sous l’influence de facteurs génétiques, qui en déterminent l’âge d’apparition et la vitesse de développement, explique le Pr Bruno Frachet, chef du service ORL à l’hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Les hommes sont généralement touchés une dizaine d’années avant les femmes."

Il faut s’y résoudre : il est impossible de reconstituer le capital de cellules ciliées acquis à la naissance et que l’on perd au fil des ans.

Le vieillissement pas seul en cause

Une déficience auditive, dénommée aussi "malentendance", peut survenir à tout âge ; elle se traduit par le fait que le son ne se transmet pas correctement de l’oreille externe à l’oreille interne puis au cerveau, de façon à être traduit et compris. On distingue la surdité de transmission et la surdité de perception.

Ainsi, lorsque le son qui arrive par le conduit auditif ne parvient pas à l’oreille interne parce qu’un bouchon de cérumen bloque l’entrée des sons, on parle d’obstacle à la transmission. Un lavage de l’oreille avec une poire et de l’eau tiède suffit en général à améliorer les choses.

De plus, si le tympan est fragilisé ou aminci, il va capter plus difficilement les variations de son. Il arrive aussi que les osselets (le marteau, l’enclume et l’étrier) de l’oreille moyenne soient moins souples et moins mobiles, et transmettent une vibration amoindrie du tympan à l’oreille interne. La perte d’audition au niveau de l’oreille externe et de l’oreille moyenne dépasse rarement 40 dB (on n’entend plus les sons dont l’intensité est inférieure à ce niveau).

Quand l’oreille interne ou le nerf auditif est altérée

Une mauvaise perception trouve son origine dans une altération de l’oreille interne, en particulier de la cochlée, qui abrite environ 15 000 cellules ciliées. Ces cellules qui transforment les vibrations mécaniques en signal électrique sont très fragiles ; elles dégénèrent puis disparaissent avec l’âge. On discerne alors beaucoup moins bien les sons, par manque d’amplification et faute d’analyse : le son parvenant de façon incomplète au nerf auditif, le décodage se fait mal.

Cette surdité de perception est quelquefois causée par une affection du nerf auditif, le plus souvent par le phénomène de dégénérescence due à l’âge. Ces troubles sont accentués par des facteurs agressifs, tels qu’une exposition excessive au bruit, la prise de médicaments toxiques pour l’oreille (certains antibiotiques, diurétiques ou antipaludéens à haute dose, par exemple) ou des pathologies diverses (otites à répétition, oreillons).

Les paliers de la perte d’audition

Il n’est pas rare de souffrir de déficiences auditives mixtes - à la fois de transmission et de perception. La perte moyenne se situe entre 40 et 70 dB : à ce stade, on n’entend plus une conversation. On parle de perte sévère entre 70 et 90 dB, de surdité profonde à partir d’une perte de 90 dB, de surdité totale pour une perte au-delà de 120 dB. Les surdités dues à une atteinte du nerf auditif et des centres auditifs du cerveau sont parfois appareillables ou opérables.

Dernière cause de trouble de l’audition, la maladie. Ce peut être une affection héréditaire, comme l’otospongiose (sécrétion par l’os d’une masse spongieuse qui emprisonne l’étrier).

L’influence de l’environnement

Selon une enquête Ipsos pour les Journées nationales de l’audition en 2003, 10 % des moins de 18 ans connaîtraient des troubles auditifs graves dus à une surexposition aux décibels (concerts, raves, discothèques, baladeurs), et 37 % des 15-19 ans disent rencontrer systématiquement, très souvent ou souvent des problèmes d’audition dans la vie quotidienne.

Certains milieux professionnels, où le niveau sonore dépasse 85 ou 90 dB, ont causé beaucoup de dégâts à l’ouïe des salariés. L’exposition sonore est aujourd’hui mieux encadrée par la loi (obligation de porter des protections, surveillance médicale), mais 35 % des personnes considèrent que le niveau sonore de leur environnement de travail est trop élevé.

Les recherches sur les traumatismes sonores permettent d’affirmer qu’il n’existe pas de risque auditif au-dessous de 80 dB, et qu’à partir de 87 dB le risque croît avec la durée d’exposition. À partir de 110 dB (marteau-piqueur, décollage d’avion, concert exagérément amplifié…), on peut contracter un traumatisme sonore irréversible.

Un Français sur dix est concerné

Si un Français sur dix environ est concerné par une baisse d’audition, beaucoup refusent de l’admettre. Or contrôler son audition comme sa vision doit devenir un réflexe dès que les premiers signes de la baisse apparaissent. En effet, ne disposant pas de son de référence pour tester son audition, on a tendance à mettre ses difficultés auditives sur le compte des autres.

Bien souvent, c’est l’entourage qui fait remarquer que l’on répond à côté de la question posée, que l’on parle plus fort. "Il n’est pas toujours aisé, reconnaît le Pr Frachet, d’admettre une perte d’audition, car cette vulnérabilité devient un facteur d’insécurité, de faiblesse physique, émotionnelle et affective. C’est sans doute pour cette raison qu’il s’écoule en général entre sept et dix ans avant qu’une personne qui entend mal vienne consulter."

Peu à peu, le comportement des personnes malentendantes se modifie. Elles deviennent souvent plus irritables, moins patientes, ont tendance à s’isoler, voire à se retirer de la vie sociale.

Dépister une baisse audititive

L’indice le plus sûr pour prendre conscience de la baisse de l’acuité auditive, c’est la difficulté à comprendre la parole dans un environnement bruyant. C’est pourquoi le réseau national d’audioprothésistes Entendre propose gratuitement, depuis octobre 2007, dans toutes ses enseignes de réaliser un test de sensibilisation pour évaluer sa capacité à entendre dans le bruit.

Ce nouveau test qui utilise un bruit fluctuant comme le fond sonore d’un restaurant a été mis au point par l’équipe du psychoacousticien Christian Lorenzi (CNRS). Elle a démontré que les difficultés de "démasquage" de la parole en milieu bruyant (dans la rue, les magasins, au restaurant…) seraient la conséquence d’une incapacité à percevoir la structure fine de la parole (fluctuations rapides des sons, de l’ordre de quelques centaines à quelques milliers de hertz).

Ces difficultés s’expliquent par une lésion de l’oreille interne. Une version médicale de ce test a été mise à la disposition des médecins ORL pour établir un diagnostic.

Un lien avec Alzheimer

Est-ce si grave de mal entendre ? Oui, c’est grave, comme le souligne un rapport commandé par la Direction générale de la santé : la perte d’audition aboutit à un isolement de la personne, un refus de participer aux activités sociales ou familiales.

Elle contribue au vieillissement général de la personne et conduit parfois au repli sur soi ou à la dépression. De plus, lorsque l’on ne perçoit plus les signaux d’alerte, on risque des accidents du travail, de la route, de la voie publique.

Le Groupe de recherche Alzheimer Presbyacousie démontre aussi que le risque de développer une maladie dégénérative de type Alzheimer est presque 2,5 fois plus élevé chez les sujets de plus de 75 ans atteints de surdité. Ce sens devenant défaillant, la mémoire n’a plus d’objets nouveaux à traiter, les troubles cognitifs peuvent s’installer.

Contacts utiles

Sites d’informations générales

www.audioprothesiste.com

Site pédagogique animé par une audioprothésiste de Thonon-les-Bains (Haute-Savoie).

www.audition-infos.org

Informations validées par les équipes des Journées nationales de l’audition (JNA) et de l’Association pour l’information et la prévention dans le domaine de l’audition.

www.santemagazine.fr

Portail santé du mensuel "Santé magazine".

Sites de réseaux d’audioprothésistes

www.amplifon.fr

www.audika.com

www.audio2000.fr

www.ecoute-ecoute.com

www.entendre.com