Pourquoi est-on tenté d'être infidèle ?

Pourquoi est-on tenté d'être infidèle ?

Aux premiers temps de l'amour, on n'a qu'une personne en tête, on ne vibre que sous son regard, on ne voit même plus les autres. Et puis, après quelques mois ou quelques années, on se surprend un beau jour à rêver à un autre.

Passée l'euphorie de la lune de miel, la magie cède lentement la place à la routine. On a tendance à s'endormir sur son bonheur, à considérer l'autre comme acquis. Les enfants et la vie professionnelle nous accaparent.

On partage surtout des moments aussi excitants que faire les courses ou calculer les impôts. On se laisse aller : bedaine et charentaises ; caleçon informe et cheveux tirés. Où est passée la parade sexuelle des débuts ?

Les représentants du sexe opposé ne nous laissent plus si indifférents. Mais se sentir plus légère sous le regard d'un nouveau collègue de bureau ne débouche pas forcément sur une trahison. Cependant, ce signal invite à faire le bilan.

Le désir implique aussi une distance

Les tentations extérieures sont souvent le symptôme d'un désinvestissement amoureux. On s'enlise dans l'habitude, les sentiments s'émoussent, l'ennui rôde.

Il est temps de remettre un peu de "carburant" dans le moteur de notre couple, de programmer un voyage ou des activités nouvelles ensemble pour sortir de la monotonie. S'imposer des moments à deux est indispensable. Mais pas suffisant.

Car le désir implique aussi une distance. Et notre époque multiplie les gadgets pour nous perdre.

Avec le téléphone sans fil, on est immédiatement joignable partout, illustre Ginette Lespine, thérapeute conjugale. On n'a plus de vie à soi, de coin à soi, plus de fantasme lié à l'attente : on est en manque de manque !"

Or c'est l'alternance séparations-retrouvailles qui ravive le plaisir de se rejoindre.

Infidélité : quand on rêve de nouveaux horizons

À moins qu'on soit affamé par une longue privation, l'insatisfaction sexuelle n'est qu'une part, souvent minime, de ce qui motive le désir d'infidélité.

Même si les rapports sexuels ne sont pas particulièrement enivrants, lorsque le couple s'entend bien, il peut en parler et œuvrer pour se rejoindre aussi sur ce point. La pauvreté des rapports sexuels traduit une dégradation de la vie amoureuse beaucoup plus globale.

Puisque tu me déçois, quelqu'un d'autre va me combler !

Les partenaires n'évoluent pas toujours au même rythme, ce qui crée un désenchantement. On ne se sent plus assez reconnu, ni apprécié. Cette déception nous rend disponibles pour une rencontre.

Ailleurs, l'herbe n'est-elle pas plus verte ? Une autre personne ne comblerait-elle pas toutes nos attentes qui ne reçoivent plus de réponse, ou n'en ont jamais reçu ? Quand le couple engendre trop de frustrations, ce peut être aussi une sorte revanche : puisque tu me déçois, quelqu'un d'autre va me combler !

Fidélité et tentation sont-ils compatibles ?

Quelques-uns, amoureux de l'amour plutôt que de leur partenaire, enchaînent les lunes de miel pour toujours être dans l'idéal.

Personne ne peut tout nous apporter, tandis que notre société nous encourage à nous épanouir, nous réaliser au maximum", souligne Ginette Lespine, thérapeute conjugale.

Alors, autour de la cinquantaine, tel homme renoue avec un de ses anciens béguins : "C'est le moment ou jamais d'en profiter. Peut-être ai-je laissé passer l'occasion d'exploiter toutes mes possibilités. On n'a qu'une vie."

Désirée par un autre

Conquérir est rassurant lorsqu'on doute de soi. Mais on peut se rassurer sur son pouvoir de séduction sans passer à l'acte. La simple conscience du péril potentiel qui plane sur le couple suffit souvent à le redynamiser.

Combien de femmes se reconnaissent de nouveau séduites par leur mari parce qu'elles ont eu peur de le perdre ? Combien d'hommes voient leur femme d'un œil nouveau parce qu'elle a été désirée par un autre ?

Désirer l'inconnu n'est pas toujours dangereux

Garder intacte la possibilité d'une passion à venir est le meilleur sérum de vitalité pour l'amour.

Une véritable relation amoureuse se construit sur le risque de la perte, confirme Jean-Jacques Moscovitz, psychanalyste. Si l'amour régnait en maître absolu, il nous détruirait quasi instantanément. Et si le désir s'accomplissait sans frein, il nous détruirait tout autant. Entre les deux, seul le fantasme permet un certain pacte."

Désirer l'inconnu n'est donc pas forcément dangereux. La confiance ne repose pas sur l'absence de tentation, mais plus sûrement sur le fait de pouvoir dire : "La tentation, je connais, mais je te préfère." Attention tout de même, si l'on a trop la tête ailleurs, on risque de ne pas être très présent à son conjoint et de s'éloigner…

La femme se rassure sur son charme, l'homme sur sa virilité

La même insatisfaction explique l'infidélité masculine ou féminine. Les réactions, pourtant, ne sont pas tout à fait les mêmes. La femme aime tester son pouvoir de séduction, se prouver qu'elle est encore capable de plaire. Comme si, pour se sentir exister, elle avait besoin du désir d'un homme.

La pulsion sexuelle est plus impérieuse chez l'homme, rappelle Jean-Jacques Moscovitz, psychanalyste. L'homme qui n'est plus désirant se sent vaincu. Il a besoin de se prouver à lui-même et de prouver aux autres qu'il est puissant. De vérifier qu'il fonctionne.

La femme passe, semble-t-il, moins souvent à l'acte, peut-être parce qu'elle a davantage peur de faire souffrir. Tandis qu'un homme se laissera plus volontiers tenter pour peu qu'on lui mette un décolleté sous le nez…

Souvent, il faut que son compagnon la rende vraiment malheureuse pour qu'une femme réponde à l'appel du large. Alors que lui, paradoxalement, la trompera plutôt s'il ne la rend pas heureuse. Pour un homme, rendre sa femme heureuse, c'est se rassurer sur sa propre capacité à être pleinement un homme !

"Il ne faut pas confondre fidélité et fusion"

L'avis d'Annie Alibert, psychanalyste et psychothérapeute

Il faut accepter de faire évoluer ses illusions. On n'est pas tout pour l'autre, il n'est pas tout pour nous, même si nous sommes extrêmement importants l'un pour l'autre. Ne faire qu'un est une illusion dangereuse.

L'enfermement, même désiré et accepté, est source d'étouffement. Si on ne conserve pas des moments et des territoires personnels, l'amour manque vite de carburant et l'un des partenaires risque d'aller chercher de l'air frais à l'extérieur. C'est la manière la plus banale de sortir de la fusion.

Deux pentes fatales menacent le couple : vivre collés l'un à l'autre dans une relation chargée de tendresse, mais désérotisée par le manque de distance ; ou laisser s'installer un fossé qui ne permet plus la rencontre des cœurs et des corps. La seule recette gagnante, c'est le juste milieu : se réserver des moments de proximité, tout en sauvegardant son autonomie.

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