Le mariage me fait peur

Le mariage me fait peur

Nombreux sont ceux ou celles qui souhaitent convoler devant monsieur le maire, sans réussir à convaincre leur partenaire. Le mariage continue de véhiculer bien des rêves et… des peurs.

À l’heure du concubinage et du Pacs (avec plus d’un million de pacsés en 2010, le nombre de Pacs augmente chaque année : plus de 200 000 signatures en 2010), et alors qu’aujourd’hui la moitié des enfants naissent hors mariage, on peut être surpris que s’unir officiellement demeure un enjeu d’importance. Les controverses autour de la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe illustre bien l’enjeu d’une telle démarche

"Envisager de se marier est toujours un bouleversement", confirme Alain Héril, psychothérapeute. On se pose des questions, on doute, c’est normal, on ne peut pas y échapper. D’ailleurs, sur l’échelle d’évaluation du stress de Holmes et Rahe, le mariage est en cinquième position, c’est dire !

Si cela suscite tant de questions, c’est aussi la preuve que cet engagement a un sens et qu’il est pris au sérieux. Après tout, n’est-ce pas logique d’avoir peur alors qu’on s’apprête à prendre une décision "pour la vie" ?

La peur de s'engager dans le mariage

Certains vont rapidement surmonter cette appréhension. D’autres, en revanche, restent bloqués par la peur de s’engager, redoutent ses conséquences sur une relation jusqu’ici harmonieuse, craignent le divorce et ses complications.

"Refuser de se marier ne signifie pas qu’on n’aime pas l’autre, souligne d’emblée Alain Héril, mais cette perspective peut effrayer parce qu’elle nous renvoie à de nombreux schémas inconscients."

À commencer par le modèle parental. Difficile d’y échapper, qu’on ait peur de ne pas être aussi parfait que le couple formé par ses parents ou, à l’inverse, qu’on ne veuille pas "rejouer" la mésentente parentale.

Le mariage, une séparation définitive avec sa famille

Passer de Mademoiselle à Madame peut aussi être vécu comme une séparation définitive avec sa famille, une perte de son identité première.

Pour d’autres comme Gilles, le mariage signerait la fin de la lune de miel : "Je ne suis pas superstitieux, mais je me dis qu’on est très heureux comme ça et qu’en se mariant on risque de tout gâcher !"

"On a le temps, on verra bien…", répète inlassablement Mathieu lorsque Élodie lui parle mariage. "Je sais qu’après elle voudra un bébé. Je ne me sens pas prêt. Je l’aime, mais j’ai encore envie de profiter de la vie, sans contrainte ni engagement", admet ce jeune chimiste.

Le refus d’un engagement exclusif

Quel que soit l’argument avancé, la peur d’établir un lien fort est là, dans l’ombre. On reste dans l’idée que se marier, c’est s’engager à long terme, qu’en épousant l’autre on fait un choix quasi définitif d’engagement parental - on fera ou on adoptera des enfants -, mais aussi sexuel, puisque l’on jure fidélité et donc exclusivité. Deux notions importantes qui ne figurent pas systématiquement dans les bases du concubinage, par exemple.

Certains mettent aussi en avant leur besoin vital de liberté : "Si on n’est pas mariés, je reste indépendante, libre, autonome, il ne me doit rien, je ne compte que sur moi", analyse Isabelle, comme si elle redoutait la soumission.

Préserver son couple

Mais "refuser de graver son nom au bas d’un parchemin", comme le chantait Georges Brassens dans "La non-demande en mariage", peut aussi être seulement une façon de concevoir son couple et de le préserver.

"Cela ne regarde que nous, j’ai envie que cela reste une histoire privée et que personne n’intervienne dedans", témoigne Bastien, en couple depuis deux ans. "Cette intrusion n’est pas sans conséquence, remarque le Dr Francis Curtet, puisqu’elle transforme un rapport librement consenti en devoir conjugal."

Le spectre du divorce

Chez la plupart des réfractaires au mariage, le mot "divorce" revient en écho comme si les deux étaient intimement liés. "En fait, ce qui fait peur dans le mariage, c'est surtout le divorce", note très justement Ronan.

Pas très étonnant finalement ! Avec deux mariages sur trois qui se terminent ainsi en région parisienne et un sur trois dans le reste de l’Hexagone, comment peut-on encore se jurer solennellement fidélité jusqu’à la mort, devant les familles et les amis réunis ?

Mariage et argent

"Le mariage introduit dans la relation amoureuse des notions sociales, psychologiques et financières qu’on n’a pas toujours prévues", confirme Alain Héril. En d’autres termes, quand l’amour disparaît, les calculs commencent et l’argent prend le dessus.

Les procédures sont souvent lourdes, longues et coûteuses. "Dans notre société, l’argent a une place très importante, poursuit le psychothérapeute. En se mariant, on concrétise son amour, bien sûr, mais on devient aussi partenaires socialement et financièrement. Et puis, on retrouve en toile de fond l’idée inconsciente qu’on engage aussi sa famille et son patrimoine."

L’idée de dot ou de mésalliance est vivace. Certains pensent que tant qu’il n’y a pas de mairie, ils ne sont pas obligés de s’en remettre à la loi. Ils ont le sentiment qu’ils se débrouilleront seuls, entre adultes responsables. "En fait, c’est souvent un leurre, constate Alain Héril, surtout s’il y a du patrimoine, des enfants… Car mariés ou pas, une séparation est toujours une blessure douloureuse."

Laisser faire le temps

Alors que faire ? Se résoudre au concubinage ? Pas forcément. "Il faut laisser faire le temps", conseille Alain Héril. Beaucoup de mariages se font à un âge plus mûr, comme pour marquer une étape. Une fois que la vie de couple est bien engagée, le mariage prend chez certains davantage de sens.

En attendant, inutile d’insister ou de tenter de culpabiliser son partenaire. Évitez de vous livrer à certaines insinuations : "C’est parce que tu ne m’aimes pas que tu ne veux pas m’épouser." Ou bien : "Si tu m’aimais, tu m’épouserais." Mais dites plutôt : "Regarde comme notre couple fonctionne parfaitement, ce serait bien de concrétiser, non ?"

L’argument du mariage "juste entre deux témoins" ou l’assurance que "ça ne changera rien !" n’est pas forcément une bonne piste. Surtout que c’est faux, car cela change forcément quelque chose.

C’est un contrat passé avec l’autre qui modifie le rapport de couple, l’image qu’on donne à l’extérieur, et qui engage souvent deux familles. Ce n’est pas rien. Il est donc nécessaire que ce soit la façon dont le couple évolue qui l’amène tout naturellement vers le mariage, par désir et pour le plaisir de chacun.