La voiture, pomme de discorde

La voiture, pomme de discorde

En voiture, rare sont les couples qui ne se sont jamais disputés. La vitesse, l’itinéraire, le choix même du véhicule… tout peut être matière à conflit. Mais que révèle nos comportements au volant ?

Même s’ils roulent vite, rares sont les hommes qui apprécient qu’on leur en fasse la remarque ! Mais si quelqu’un demande à Madame de ralentir lorsqu’elle est au volant, au pire, ça la vexera un peu. De manière innée, la protection et le confort des passagers sont les plus importants à ses yeux. Elle n’est pas dans la performance. Pour elle, l’automobile est un simple moyen de transport.

La vitesse, sujet de dispute récurrent

Que se passe-t-il donc dans la tête d’un homme qui refuse de lever le pied de l’accélérateur ? Pour Danièle Chinès, psychothérapeute, "parfois, le goût de la vitesse traduit un problème existentiel : c’est une manière de défier la mort parce qu’on n’a pas été désiré, pour que maman s’inquiète. Dominer la machine donne aussi une sensation de puissance, d’exister. Mais, le plus souvent, Madame a simplement 'braqué' Monsieur en formulant sa demande maladroitement."

L’homme, en effet, interprète facilement ce genre de remarque comme une critique et un manque de confiance dans ses capacités. Or, lorsque le sexe fort conduit, il sait ce qu’il fait et contrôle la situation ! En douter est pire que blessant, insultant, voire castrateur. "Pour être entendue, suggère Danièle Chinès, la femme doit rester centrée sur ses sentiments : 'Je ne cherche pas à te dicter ta conduite, mais quand la vitesse est limitée à 60 km/h et que tu roules à 90, j’imagine le pire pour moi, pour notre enfant, et pour toi aussi.'"

En outre, mieux vaut attendre pour en parler à froid. Quand Monsieur pilote, il est recommandé d’éviter de lui donner des conseils… et de penser à le remercier de nous avoir amenée à bon port !

Des situations à haute tension

D’autant que la vitesse n’est pas le seul sujet de prise de bec, les trajets en voiture en occasionnent bien d’autres. Au volant, hommes et femmes n’ont pas du tout la même vision des choses, et chaque sexe a tendance à adopter des comportements stéréotypés, même s’il existe des exceptions à la règle. Pour que la route ne nous mène pas tout droit au divorce, mieux vaut tenter de comprendre les réactions de l’autre.

Dès l’achat, les complications apparaissent ! Il s’intéresse à la puissance du moteur, elle voudrait un carrosse avant tout pratique : petit pour qu’il soit facile à garer, mais avec un grand coffre pour les courses. Monsieur a besoin d’une berline pour caser ses longues jambes ; sa compagne, d’un petit format pour pouvoir atteindre les pédales. Ce qui explique peut-être, en partie, pourquoi la plupart des ménages français sont aujourd’hui équipés de deux véhicules…

Scène ô combien classique : Monsieur et Madame partent en vacances. Elle a préparé les bagages, il charge le coffre. Et peste : "Tu es vraiment obligée d’emporter toute la maison ? Ça ne tiendra jamais !" De même, il ne supporte pas la moindre miette dans l’habitacle, tandis que la "Titine" de Madame ressemble souvent à une seconde maison qu’elle a besoin d’investir pour s’y sentir bien !

Plus qu’un simple moyen de transport

L’homme ne fait qu’un avec sa machine, et cette relation d’identification peut aller très loin. À la moindre rayure, il est au bord de l’infarctus, et, lors d’un accrochage, un conducteur est capable d’en prendre un autre à la gorge. "La tôle froissée devient comme une véritable atteinte corporelle, souligne Sylvie Tenenbaum, psychothérapeute. Madame ressentira plutôt la même chose si on lui vole son autoradio, 'violant' ainsi son intimité."

Rouler est une agression permanente : les autres conducteurs manœuvrent pour se garer quand nous sommes en retard, oublient de mettre leur clignotant, ne respectent pas la priorité ou nous coincent dans les embouteillages. Au sein du groupe enfermé dans l’habitacle, la pression monte inévitablement, car le confinement exacerbe les comportements.

Comme des otages dans un lieu clos

Chaque passager devient un peu l’otage du conducteur, et le conducteur lui-même est otage de l’habitacle, face aux autres véhicules. La voiture abolit ainsi les mécanismes de retenue habituels et révèle certaines facettes de la personnalité profonde.

Il est persuadé d’être au-dessus des lois ? Gare au narcissisme ! Elle râle toute seule dans son coin (passive agressive selon les psychologues) ou, pire encore, se venge en douce et ralentit lorsqu’elle sent qu’une voiture piaffe derrière elle ? Méfiance ! En voyant une personne conduire, on en apprend énormément sur elle, tant il est vrai qu’on conduit sa voiture comme on conduit sa vie… Les conflits conjugaux ou familiaux ne peuvent que s’exprimer.

Quelles solutions pour éviter les "petits meurtres en famille" ? Garder un peu d’humour et faire preuve d’empathie, cette faculté qui permet de saisir les besoins de l’autre en comprenant ce qu’il ressent. La voiture offre ainsi le cadre idéal pour une "école de conduite" du couple : apprendre à accepter l’autre tel qu’il est et à faire preuve de tolérance est la clé fondamentale d’un parcours à deux réussi !

L’avis de Sylvie Tenenbaum, psychothérapeute

Beaucoup d’hommes demeurent de grands enfants face à une voiture. C’est leur jouet préféré, dont ils comparent les performances et qu’ils bichonnent les week-ends… quand ils ne font pas du "tuning" pour l’enjoliver de chromes ! Le plus policé des hommes redevient "macho" dès qu’il s’agit d’un véhicule motorisé. À commencer par cette croyance qui voudrait que le sexe fort conduise bien, porté par un excès de confiance, et les femmes comme des patates parce qu’elles sont timorées. Alors que les statistiques des assureurs disent plutôt le contraire… Évidemment, chaque sexe conduit bien ou mal selon l’individu.