Difficulté professionnelle : comment aider son conjoint

Difficulté professionnelle : comment aider son conjoint

En cas de turbulences passagères ou de menaces réelles sur l’emploi, l’autre est souvent le premier soutien.

D'abord gagne-pain, le travail dévore le temps personnel et structure la vie de chacun. Aussi, quand les choses se passent mal, la colère et le dépit de ne pas être reconnu à sa juste valeur s'ajoutent à la crainte pour l'avenir. Dans ces moments-là, le conjoint est en première ligne. À lui de se montrer patient, attentif, rassurant et positif. Un rôle souvent difficile, quelquefois ingrat, mais toujours primordial.

Quand le doute s’installe

Alain se souvient du désarroi de sa compagne qui n'a pas obtenu le poste de manager de rayon que sa direction lui faisait miroiter : « Elle a vécu ce refus comme un véritable désaveu et en a profondément souffert. Du coup, plus rien ne l'intéressait. » Marion a commencé à douter d'elle dans tous les domaines et s’est enfoncée dans la déprime.

"En confondant valeur personnelle et désillusion professionnelle, elle a perdu l’estime d’elle-même, analyse Anne-Françoise Chaperon, psychologue, consultante au cabinet Stimulus. Elle a aussi eu tort de ne pas interroger ses responsables pour comprendre les raisons de leur volte-face. Mieux vaut être actif que de rester dans le doute et la cogitation."

Proposer de nouvelles perspectives

Pragmatique, Alain a réussi à la réconforter en lui démontrant que son emploi n’était pas menacé, et à la convaincre que sa vie ne tournait pas uniquement autour du travail. Peu à peu, Marion a commencé à prendre de la distance avec sa sphère professionnelle. Son mari l'a encouragée à se remettre au sport et l'a surtout persuadée de s'inscrire à un semi-marathon.

"Le sport est une très bonne réponse, confirme la psychologue, il déplace l’attention vers un autre but que le travail et a un réel effet biochimique contre la déprime." Ce projet a effectivement dynamisé Marion et l’a aidée à retrouver un peu de confiance en elle. "Peu importait le résultat, l’essentiel, c'est qu'elle ait pu se mobiliser à nouveau pour atteindre un objectif précis et élargir son horizon", souligne Alain.

Un dialogue salutaire

Catherine a, elle aussi, déployé toute son énergie pour aider son mari, cadre dans l’aéronautique : "La restructuration de son entreprise a complètement déstabilisé Marc. Il ruminait, en évaluant sa position dans la société et les risques d'être licencié, se souvient-elle. Malgré son silence, j'ai fini par prendre la mesure de ses angoisses." Elle s'est alors fixé comme règle n° 1 d'écouter les inquiétudes de son mari, puis de provoquer la discussion en proposant une lecture dépassionnée de sa situation professionnelle.

Pour Anne-Françoise Chaperon, Catherine a su trouver l’attitude juste et aidante. "Le dialogue a eu un effet salutaire, car la rumination renforce l'angoisse. Ensuite, en ne minimisant pas la situation, elle a donné à son mari le sentiment qu'elle le comprenait. Si elle avait elle-même des appréhensions, elle n'en a rien montré, évitant ainsi d’accentuer l'angoisse et la culpabilité de Marc."

Catherine a également su attendre le bon moment, celui où Marc était prêt à passer à une autre étape : anticiper un licenciement et reprendre les rênes de sa vie professionnelle. "Lui qui doutait de sa capacité à rebondir a accepté de renouer avec ses anciens contacts. De mon côté, j'ai favorisé les rencontres, multiplié les appels du pied à l'entourage. Marc a eu des réponses intéressées, il a relancé la machine et un projet est dans l'air."

Permettre à son conjoint d’entrevoir des solutions, c’est aussi le persuader qu’il peut se repositionner et sortir de l'impasse en mettant toutes les chances de son côté pour pouvoir rebondir.

Demander de l’aide

Mais l’amour et le soutien du conjoint ne suffisent pas toujours pour trouver la force de prendre du recul et l’énergie pour aller de l’avant. Juliette, épuisée et dépassée par l’ampleur de sa tâche de commerciale, a accumulé les tensions jusqu’à ce que son corps exprime son ras-le-bol : perte d’appétit, douleurs du dos, insomnies.

Impuissant malgré son écoute attentive et bienveillante, son mari a alerté leur médecin de famille et a convaincu Juliette de le consulter. "Confronté à ses propres limites et devant une situation inextricable, il ne faut pas hésiter à se tourner vers une tierce personne proche et compétente comme son médecin, insiste Anne-Françoise Chaperon. Quelquefois, il est même nécessaire d'obliger la personne en état d'épuisement à se faire prendre en charge."

Sur les conseils de son médecin, Juliette s’est rendue à une consultation spécialisée dans la souffrance au travail. De ses échanges avec le médecin est né le projet de suivre une formation professionnelle dans le secteur de la petite enfance. "Envisager un avenir professionnel différent est déjà pour elle un soulagement", constate Jérôme, rassuré de sentir sa femme à nouveau motivée par cette perspective de changement radical. "Dans des cas semblables, fuir peut s'avérer être la meilleure des solutions", confirme la psychologue.

Les 5 règles d’or

  • Être à l’écoute.
  • Provoquer la discussion sans minimiser ni dramatiser la situation.
  • Activer tous les réseaux de connaissances.
  • Encourager toutes les initiatives.
  • Faire appel à un tiers quand la situation est bloquée.