Soigner un ulcère à l'estomac

Soigner un ulcère à l'estomac

Autrefois attribué au stress, l'ulcère gastro-duodénal est en réalité une maladie infectieuse qui se soigne bien.

Une agression de la muqueuse digestive, qui se rappelle douloureusement à notre bon souvenir deux ou trois heures après les repas : tel est l'ulcère, une attaque de l'estomac ou du duodénum, la première partie de l'intestin grêle. En France, une personne sur dix développe cette maladie. Sous sa forme la plus répandue, elle touche le duodénum et demeure bénigne. Mais plus rarement elle s'en prend à l'estomac, avec le risque d'évoluer en cancer gastrique.

Une responsable : la bactérie

Longtemps, on a cru que l'ulcère était un mal psychosomatique, causé par le stress et l'anxiété. Une explication abandonnée aujourd'hui, avec la découverte de l'helicobacter pylori, responsable de la très grande majorité des cas. En endommageant la paroi interne de l'estomac, cette bactérie lui ôte sa barrière de protection contre les acides puissants à l'œuvre dans la digestion. Environ 30 % des Français sont porteurs de cette bactérie, qui se transmet dans la petite enfance par la bouche ou les selles, mais la plupart ne développent pas la maladie.

Attention à l'aspirine !

L'autre responsable de l'ulcère est la prise de médicaments anti-inflammatoires (non stéroïdiens) ou d'aspirine. Toutefois, cette cause chimique tend à diminuer, avec l'arrivée sur le marché de nouvelles molécules moins agressives pour la muqueuse digestive. De plus, dès que le traitement par anti-inflammatoires dure plus de quelques jours, les médecins prescrivent en même temps des médicaments protecteurs de l'estomac.

Du diagnostic au traitement

Comment se manifeste l'ulcère ? En général, par des douleurs lancinantes, lorsque l'estomac est vide. Les sensations désagréables (brûlure, tiraillement, pesanteur, voire mal au dos) se calment en mangeant. À noter toutefois qu'un quart des personnes atteintes ne ressentent aucune douleur particulière.

Diagnostic

Le diagnostic d'ulcère est posé par un examen endoscopique : une mini-caméra au bout d'un petit tuyau souple est introduite dans l'estomac.

Un test respiratoire permet de confirmer la présence de la bactérie. Depuis mars 2002, ce test facile à mettre en œuvre est remboursé par la Sécurité sociale.

Traitement

L'helicobacter pylori se combat par un traitement d'une semaine, associant deux antibiotiques et un médicament qui bloque les sécrétions acides de l'estomac (pour que les antibiotiques puissent agir). Dans 70 % des cas, cela suffit à l'éradiquer : le test respiratoire, pratiqué à distance de la cure, permet de s'assurer de cette réussite. Mais lorsque la bactérie a survécu, une seconde salve s'avère nécessaire. Ce traitement dure quatorze jours, et réussit dans 65 % des cas.

Au final, 90 % des ulcères se traitent rapidement grâce aux médicaments. Le nombre de récidives a beaucoup diminué : au bout d'un an, 5 % des patients seulement sont encore concernés. Lorsque le traitement de l'ulcère échoue ou si l'ulcère n'est pas traité, il peut évoluer en hémorragie ou en perforation. Il entre alors dans la compétence des services hospitaliers spécialisés.

Prévenir le risque de cancer

L'ulcère de l'estomac est quatre fois moins fréquent que celui du duodénum, mais ses complications potentielles sont plus graves. Il peut notamment dégénérer en cancer, ce qui rend nécessaire une surveillance régulière par endoscopie après éradication de la bactérie. Parce que le cancer gastrique est difficile à soigner (moins de 25 % de survie au bout de cinq ans), les spécialistes recommandent le dépistage de la bactérie chez toutes les personnes qui ont connu des cancers gastriques dans leur famille proche.

L'helicobacter pylori donne lieu, dans un cas sur cent, au cancer gastrique. Pourquoi dans ce cas-là et pas dans les autres ? "D'une part parce que la bactérie est plus ou moins virulente selon les souches. Et d'autre part parce que nous n'avons pas tous la même capacité à nous défendre contre elle", explique le Pr Jean-Charles Delchier, de l'hôpital Henri-Mondor (Créteil).

Facteur génétique

Cette capacité dépend notamment de facteurs génétiques. Si vous avez un parent proche (père, mère, frère ou enfant) atteint d'un cancer gastrique, vous devez faire une recherche de la bactérie afin de prévenir ses effets.

Être porteur de la bactérie ne signifie pas qu'on développera un ulcère.

Conditions de vie

Certaines conditions de vie en multiplient le risque, en particulier la

malnutrition, ou, dans les pays riches, une mauvaise hygiène de vie. À bannir, donc, le tabac, l'alimentation pauvre en fruits et légumes, la consommation excessive d'alcool. Ce qui est valable aussi après le traitement, notamment en ce qui concerne le tabac, qui retarde la cicatrisation.

Bientôt un vaccin ?

Afin de limiter l'usage des antibiotiques et leurs effets secondaires parfois désagréables (diarrhées, nausées), les scientifiques étudient depuis quelques années la possibilité d'un vaccin contre l'helicobacter pylori.

En cas d'efficacité, son impact pourrait faire chuter le nombre d'ulcères (de 33 pour 100 000 actuellement à 2,5, pour l'ulcère du duodénum) et diminuer très fortement le nombre de cancers gastriques. Les essais sur l'animal donnent des résultats encourageants, mais ceux sur l'homme ne sont pas encore concluants. Une autre voie de recherche consiste, au lieu d'immuniser notre organisme, à mettre hors d'état de nuire la bactérie en détruisant certaines de ses fonctions vitales.