Sida : pourquoi il faut rester vigilant

Sida : pourquoi il faut rester vigilant

Grâce aux progrès des thérapies, le sida est passé du statut de maladie mortelle à celui d'affection accessible à des traitements. Conséquence : l'épidémie repart de plus belle.

La lutte contre le sida était la grande cause nationale en 2005 en France. Car l'épidémie perdure. 150 000 malades vivent avec le virus et l'on compte plus de 6 700 nouvelles contaminations par an. Chez 51 % des patients, on découvre l'infection alors qu'ils sont déjà au stade sida et l'on estime à 45 000 le nombre des personnes qui seraient porteuses du virus sans le savoir. Aujourd'hui, les nouveaux cas concernent les hommes (57 %), de même que les femmes (43 %). Si l'Île-de-France reste la région la plus touchée de l'Europe du Nord, les départements français des Caraïbes le sont aussi très fortement.

Une reprise des comportements à risque

D'énormes progrès ont été réalisés dans la lutte contre la maladie, notamment depuis 1996, avec l'arrivée des trithérapies qui ont fait reculer le risque mortel, sans toutefois éliminer le virus. De maladie mortelle, la survie prolongée des malades a transformé le sida en une maladie chronique, accessible à des traitements. Conséquences : une enquête de l'ANRS (Agence nationale de recherche sur le sida) réalisée en 2001 faisait apparaître que les discours alarmistes sur le sida n'étaient plus entendus, que la prévention était délaissée, la vigilance moindre, le diagnostic trop tardif, et que les comportements à risque avaient repris.

La méconnaissance des plus jeunes

Les connaissances de la génération post sida, celle des 18-24 ans, sur l'infection se sont considérablement effritées. Un jeune sur quatre pense que le virus se transmet par piqûre de moustique, un sur deux croit que le sida s'attrape plus facilement que la grippe. Et le préservatif n'a plus la cote. Pourtant, la prévention et la connaissance de la maladie restent les premières armes pour la combattre efficacement.

Comment le virus se transmet-il ?

En France, la transmission du virus s'effectue essentiellement lors de rapports sexuels non protégés. Elle peut aussi être sanguine (partage de seringues entre toxicomanes…). Le virus peut passer de la mère à l'enfant pendant la grossesse et l'allaitement. Mais il ne se transmet pas par la salive. Le risque apparaît lorsqu'il y a contact entre la muqueuse d'un organe (yeux, bouche, rectum, vagin…) et un liquide biologique (sang, sperme, lait maternel…) d'une personne infectée.

Le préservatif est-il un moyen de protection efficace ?

Les préservatifs (masculins et féminins) sont à la fois des moyens de contraception et le seul moyen efficace de se protéger contre le VIH. La décision de mettre un préservatif doit être prise à l'initiative de l'un comme de l'autre des partenaires. Chacun doit être libre de proposer ce mode de protection sans craindre aucun jugement. Ce qui freine, ce sont surtout les préjugés. Mais chacun est responsable de sa santé. L'acte d'amour est un acte responsable. La gamme des préservatifs est suffisamment large pour que chacun puisse en trouver un à sa convenance.

Toutefois, il est bon de vérifier que le produit est estampillé CE (norme européenne) et NF (norme française), ce qui garantit sa fiabilité. Quant au préservatif féminin, il offre une bonne alternative et il a l'avantage de pouvoir être gardé plusieurs heures avant et après l'acte sexuel. Encore assez peu utilisé, trop confidentiel, trop cher (2 euros l'unité), il mérite d'être mieux connu.

Comment se présente le virus ?

VIH, rappelons-le, signifie virus de l'immunodéficience humaine. L'immunodéficience est l'affaiblissement du système immunitaire chargé de défendre l'organisme contre les bactéries, les virus… Lorsqu'une personne est atteinte par le VIH, son corps risque de devenir plus perméable à l'action de certains microbes. Elle développe alors des maladies dites "opportunistes" parce qu'elles se développent sur un système immunitaire affaibli.

Lorsque ces maladies, qui touchent essentiellement les poumons, le cerveau, les yeux, le tube digestif, apparaissent, on dit que la personne est malade du sida (syndrome d'immunodéficience acquise). Connu depuis 1981, le VIH n'est plus tout à fait le même. Au fil des années, il a connu des mutations et il existe plusieurs sous-types du virus, qui ne se multiplient pas de façon identique dans l'organisme.

Quelle différence y a-t-il entre séropositivité et sida ?

Être séropositif pour le VIH signifie que l'on a dans le sang des anticorps fabriqués par l'organisme pour lutter contre le VIH. Ils apparaissent dans les trois mois suivant la contamination. On les détecte grâce au test de dépistage. Être séropositif signifie que l'on est contaminé par le VIH, que l'on peut le transmettre, que le système immunitaire continue de bien fonctionner, mais ne veut pas dire que l'on est malade du sida.

On peut vivre des années sans que la maladie donne aucun signe. Mais, pendant ce temps, si l'on ne prend pas de traitement anti-VIH, le virus continue de se multiplier dans l'organisme et d'attaquer les globules blancs, notamment les lymphocytes T4. Le système immunitaire s'affaiblit progressivement et le nombre de T4 diminue. D'où l'intérêt de découvrir rapidement sa séropositivité afin de contenir le virus par des traitements et de ne pas contaminer son ou ses partenaires.

Quand et comment faire un test de dépistage ?

Dès que vous pensez avoir pris un risque, il est indispensable de faire un test. Les situations les plus courantes sont : un rapport sexuel sans préservatif avec une personne dont on ne sait pas si elle est séropositive, un préservatif déchiré ou ayant glissé durant le rapport sexuel, le partage d'un matériel d'injection lors de la consommation de drogue.

On peut aussi faire un test quand on souhaite ne plus utiliser de préservatif. C'est le cas lorsque l'on vit une relation stable et que l'on envisage d'avoir un enfant. Faire un test de dépistage à votre insu lors d'une intervention chirurgicale est interdit. Mais le médecin (souvent l'anesthésiste) peut vous le proposer.

On peut consulter un médecin dans une consultation de dépistage anonyme et gratuit (CDAG). Il en existe au moins une par département. On peut aussi faire un test dans certains centres de planification et d'éducation familiales (consultation et test gratuits) ou dans un laboratoire d'analyses : le test est alors remboursé à 100 % s'il est prescrit par un médecin. La fiabilité d'un test à quatre semaines du dernier risque est de l'ordre de 99 %. S'il est négatif, le diagnostic de non-contamination devra être confirmé trois mois plus tard. S'il est positif, seul un test VIH/sida positif réalisé un mois plus tard attestera une infection. En cas de séropositivité, consultez un médecin sans attendre pour une évaluation et un suivi adapté.

Après avoir pris un risque, il existe un traitement d'urgence !

Après avoir été exposé à un risque de contamination, il est possible d'éviter l'infection, mais il faut agir vite ! Dans les quarante-huit heures (idéalement dans les quatre premières heures) suivant un rapport sexuel non protégé, la rupture d'un préservatif utilisé avec une personne séropositive, une piqûre par une seringue souillée…, allez à l'hôpital le plus proche et rendez-vous, si possible avec votre partenaire, à la consultation sida le jour et, la nuit ou les jours fériés, aux urgences. Un médecin proposera un traitement visant à éviter l'infection (le même que pour les personnes atteintes par le VIH), à prendre pendant quatre semaines.

Comment se passent les traitements ?

Aujourd'hui les médicaments réussissent à empêcher la multiplication du VIH, mais ce dernier n'est pas facile à combattre. C'est pourquoi on associe plusieurs médicaments antirétroviraux. On parle alors de bi, tri ou quadrithérapies. Grâce à elles, le virus peut devenir indétectable. Malgré cela, il reste présent dans l'organisme et peut être transmis à d'autres personnes.

Cependant, ces traitements sont loin d'être simples : d'abord, ils doivent être pris très régulièrement et à vie, certains doivent être avalés à jeun, d'autres pendant et juste après un repas, ce qui demande une bonne organisation. Ensuite, ils ont souvent des effets secondaires, le plus souvent sans gravité (fatigue, nausées, plaques rouges sur la peau…). Il faut les signaler au médecin, qui pourra les modifier.

Il arrive que les effets secondaires soient plus sévères (mauvaise répartition de la graisse dans le corps, cholestérol, triglycérides…), et qu'ils entraînent un risque pour le cœur. Pour passer ces étapes dans les meilleures conditions, on a souvent besoin de parler de ses difficultés. Ne pas hésiter à contacter les associations qui, en matière d'informations et de soutien, sont d'excellents relais du corps médical.

Où en est la recherche ?

Grâce à l'ANRS, la recherche française sur l'infection par le VIH et le sida est particulièrement active et internationalement reconnue. De nouveaux traitements sont en préparation. On attend qu'ils puissent non seulement diminuer les effets secondaires indésirables, mais surtout attaquer les souches de virus résistantes et non résistantes. Selon le Pr Michel Kazatchkine, ancien directeur de l'ANRS et aujourd'hui "ambassadeur en mission pour le VIH", "les résistances du virus rendant le traitement inefficace vont aller croissant. Elles sont un défi pour la recherche."

On attend aussi que les traitements soient mieux adaptés aux femmes, à leur métabolisme, à leur système hormonal, et qu'ils ne provoquent pas de problèmes d'ostéoporose. Quant au vaccin préventif qui empêchera l'infection par le VIH, "il n'existe pas et ne verra pas le jour dans un proche avenir".

Cependant on nourrit beaucoup d'espoirs pour le vaccin dit "thérapeutique", "un traitement à base de fragments de virus reconstitué en laboratoire, destiné à stimuler les défenses immunitaires spécifiques contre le virus du sida". D'après les premiers résultats, les patients peuvent arrêter leurs traitements pendant trois mois sans risque. Ceux qui ne les tolèrent pas peuvent ainsi faire des pauses. Il verra peut-être le jour vers 2008-2009.

Les femmes davantage concernées

Il y a dix ans, on comptait une femme atteinte pour sept hommes. Aujourd'hui, c'est une pour trois hommes. En raison de leur plus grande vulnérabilité, les femmes sont contaminées à 80 % lors de rapports hétérosexuels. La muqueuse du vagin est en effet extrêmement perméable et peut être fragilisée lors de rapports sexuels non désirés, au moment des règles, après un accouchement, à la ménopause ou par la présence des IST.

La séropositivité des femmes a longtemps été abordée à travers leur statut de future mère. Si, heureusement, on arrive aujourd'hui à faire naître leurs bébés séronégatifs, on parle rarement de leur vécu de la maladie au quotidien, de leur état de santé physique et moral.

Carole, 38 ans, séropositive depuis quatorze ans, témoigne : "Il m'a été très difficile de trouver un médecin qui ne s'intéresse pas seulement à mes bilans. Je pense qu'il faudrait que les femmes soient prises en charge dans les hôpitaux par un médecin mais aussi par un gynécologue, et qu'ils travaillent de concert. Les dosages sont trop forts pour nous, personne ne se préoccupe de nos symptômes de ménopause et d'ostéoporose précoce et on ne fait jamais appel à nous dans les études sur les traitements. Peu de personnes semblent comprendre que les femmes en traitement ont de plus en plus de mal à accepter leur image. Parfois, avec les médicaments, on ne ressemble plus à rien, nos poitrines et nos ventres grossissent, nos jambes maigrissent…"

Comment la maladie progresse-t-elle dans le monde ?

Si la situation que l'on connaît en France est préoccupante, que dire de ce qui se passe dans le reste du monde ? Si l'on en croit les chiffres de l'Onusida de décembre 2006 - et les choses n'ont cessé de se dégrader -, depuis le début de l'épidémie, 31 millions de personnes sont mortes du sida. 33,2 millions sont porteuses du VIH et 95 % d'entre elles n'ont pas accès aux traitements antirétroviraux. 2,9 millions d'êtres humains sont morts du sida en 2006. La moitié des nouvelles contaminations touchent des femmes.

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