Sclérose en plaques : la recherche progresse

Pour stopper cette affection neurologique handicapante chez le jeune adulte, la recherche suit plusieurs voies : thérapie génique, cellules souches, chirurgie et nouveaux médicaments.

La sclérose en plaques est une maladie inflammatoire du système nerveux central qui a une composante génétique. "Les globules blancs (lymphocytes), gardiens du système immunitaire, pénètrent dans le système nerveux et s’attaquent à la gaine de myéline qui entoure et protège les fibres du cerveau, de la moelle épinière et des axones, explique le Pr Alain Créange, du service neurologie de l’hôpital Henri-Mondor, à Créteil. La myéline, dont le rôle est de permettre la transmission rapide de l’influx nerveux, est alors progressivement et irrémédiablement détruite."

Des symptômes neurologiques divers

On peut illustrer les effets de la maladie en prenant l’image d’un câble électrique dont la gaine serait détériorée, ce qui provoque des perturbations dans la transmission du courant électrique. Il s’ensuit un dérèglement des informations envoyées par le cerveau au reste du corps, entraînant des symptômes neurologiques divers selon les régions du cerveau ou de la moelle épinière touchées : troubles visuels pouvant aller jusqu’à une perte totale de l’acuité visuelle, troubles de la sensibilité qui peuvent affecter différentes parties du corps - comme les bras ou les jambes, le tronc ou le visage - et troubles de l’équilibre.

Ralentir l’évolution de la maladie

Cette maladie évolue dans 85 % des cas par poussées. Deux fois sur trois, elle touche une femme âgée de 20 à 40 ans. La sclérose en plaques est la deuxième cause de handicap chez l’adulte jeune après les accidents de la route. Heureusement, les progrès médicaux peuvent redonner de l’espoir aux malades.

Depuis juin 2007, un nouveau médicament, indiqué dans les traitements de fond, est disponible en milieu hospitalier : le natalizumab (Tysabri ®). "Il est administré par voie intraveineuse toutes les quatre semaines, précise le Pr Créange. Il a pour but de limiter l’inflammation et de ralentir l’avancée de la maladie en bloquant les globules blancs afin qu’ils n’agressent plus la myéline."

Selon les études, ce traitement est deux fois plus efficace que les traitements de fond classiques. Tandis que ces derniers diminuent les risques de poussées de la maladie de 30 %, le natalizumab les réduit de près de 70 %. Concrètement, cela signifie que sept poussées sur dix sont évitées aux patients. Il diminue aussi de moitié la progression du handicap physique.

Des risques de complication

Ce traitement comporte néanmoins un risque de complication (apparition de maladies opportunistes) puisqu’il bloque le système immunitaire. L’indication du natalizumab est donc réservée aux formes très actives de la maladie avec poussées multiples et aux patients en échec thérapeutique.

Autre bonne nouvelle, d’ici à 2009-2010, une dizaine de traitements de fond devraient arriver sur le marché. Ils auront pour but de limiter l’inflammation et ainsi de ralentir l’évolution de la maladie. En France, environ soixante équipes de scientifiques travaillent sur les traitements et les protocoles de soins. Les expérimentations les plus avancées concernent les médicaments. Une trentaine de molécules sont aujourd’hui testées sur des malades. L’un des principaux essais concerne le FTY 720, une molécule empêchant le passage des lymphocytes T dans le système nerveux central.

Moelle osseuse et cellules souches

Autre piste explorée, la greffe de moelle osseuse. Une étude européenne est actuellement en cours. "L’idée est de laver le système immunitaire défaillant et de le remplacer par un nouveau, plus sain, grâce à une transplantation de moelle osseuse", explique le Pr Créange.

Enfin, une dernière voie de recherche prometteuse s’intéresse à la remyélinisation. Elle consiste à transplanter des cellules souches ou un gène afin qu’ils fabriquent la myéline détruite lors de l’inflammation. Un prix de 100 000 € a été remis le 11 juin dernier, pour ces travaux, aux Prs Catherine Lubetzki et Anne Baron-Van Evercooren afin de les aider à développer de nouvelles stratégies de réparation myélinique chez les patients.

Comment se soigner

Actuellement, il n’existe pas de traitement permettant de guérir de la maladie. Les médicaments ont pour but de ralentir l’évolution de l’affection dans différentes directions.

Le traitement des poussées. Le traitement standard est l’utilisation de stéroïdes (dérivés de la cortisone) qui permettent de réduire l’inflammation, diminuant ainsi la durée et la gravité de la poussée.

Les traitements de fond. Les immunomodulateurs agissent sur le système immunitaire et réduisent le risque de survenue des poussées, et à court terme la progression de la maladie. Ces traitements sont donnés en première intention. Les immunosupresseurs, quant à eux, agissent de façon beaucoup plus agressive sur les lymphocytes. Prescrits en deuxième intention, ils sont indiqués dans les formes très inflammatoires de la sclérose en plaques.

Les traitements symptomatiques. Ils ont pour but de traiter les complications - troubles urinaires, douleurs, fatigue ou dépression - associées à la maladie.