Prendre au sérieux le traumatisme crânien

Prendre au sérieux le traumatisme crânien

Un choc à la tête qui s’accompagne d’une perte de connaissance, de troubles physiques et psychiques exige une surveillance, une consultation, voire une hospitalisation.

Chaque année en France, 150 000 personnes sont victimes d’un traumatisme crânien qui entraîne leur hospitalisation. Les séquelles, pas toujours visibles, sont bien réelles. "J’étais montée dans un arbre pour cueillir des pommes lorsque j’ai glissé, se souvient Christelle, 39 ans. Je me suis réveillée par terre, un peu sonnée." Quelques semaines plus tard, Christelle devient insomniaque, irritable, oublie ce qu’elle doit faire.

Grâce à un léger traitement composé d’antalgique et d’antidépresseur, tout est rentré dans l’ordre au fil des mois. "Ce type de troubles peut apparaître chez des traumatisés légers dans les jours ou semaines qui suivent l’accident, souligne le Dr Catherine Kiefer, chef de service de soins pour traumatisés crâniens de l'hôpital nord de Villeneuve-la-Garenne. Il est toujours préférable de consulter après un choc sur la tête accompagné d’une perte de connaissance, même si la victime n’a apparemment rien."

Des séquelles variables

Ces troubles du comportement peuvent accompagner les nombreux signes physiques liés au choc : maux de tête ou de nuque, troubles de l’équilibre, de la vue ou de l’ouïe, nausées. Ils doivent inquiéter l’entourage. La gravité d’un traumatisme crânien dépend de trois critères : la durée et la profondeur de la perte de connaissance initiale, de quelques minutes à plusieurs heures, la durée de l’amnésie post-traumatique (période durant laquelle la victime ne se rappelle pas qui elle est, ce qu’elle fait) et la présence ou non de lésions cérébrales décelées au scanner.

Les séquelles varient, des troubles transitoires du sommeil ou de la concentration, comme chez Christelle, à des lésions cérébrales irréversibles avec hémiplégie, perte de la parole, de la motricité, troubles cognitifs importants - difficulté de concentration, de mémorisation, d’apprentissage - et dans 10 % des cas environ des troubles psychiatriques comme la dépression, la névrose, les psychoses. "Plus la perte de connaissance et l’amnésie post-traumatique sont longues, plus les séquelles risquent d’être importantes", souligne le Dr Kiefer.

Tout réapprendre

Les traumatismes crâniens sévères peuvent provoquer un coma de plusieurs jours ou semaines qui justifie une hospitalisation en réanimation. À leur réveil, les victimes ont tout oublié ou presque. Seuls des mois de rééducation (orthophonie, kinésithérapie, ergothérapie…) les aident à retrouver leurs facultés.

Cette récupération peut se poursuivre pendant plusieurs années. Certaines cellules cérébrales endommagées par le choc peuvent en effet progressivement se remettre à fonctionner. D’autres, en revanche, ont été irrémédiablement détruites et seule la capacité du cerveau à se réorganiser grâce à la plasticité cérébrale pourra permettre à des cellules de changer de rôle progressivement pour venir remplacer en partie celles qui sont détruites.

Mais parfois cela ne suffit pas, comme dans le cas de Vincent, invalide à 80 % depuis qu’il a été percuté par une voiture à l’âge de 6 ans. Son cerveau ayant été irrémédiablement lésé en plusieurs endroits, il est hémiplégique (paralysie de la moitié du corps), une partie de son champ visuel est amputée, ses capacités d’apprentissage et de mémorisation sont amoindries.

Un changement de personnalité

Le handicap physique n’est pas tout. "Ceux qui ont subi un grave traumatisme crânien gardent souvent des troubles cognitifs et voient leur caractère modifié", souligne le Dr Kiefer. C’est sans doute ce qui surprend le plus l’entourage. Des personnes plutôt timides, introverties, se révèlent après l’accident expansives, sans inhibition… "Certains, par exemple, oubliant qu’il faut respecter la file d’attente aux caisses du supermarché, passent devant tout le monde", continue-t-elle.

Plongé un mois dans le coma après un accident de train, Charles sait que certains le considèrent quelquefois comme un "déjanté" en raison de comportements ou de propos inattendus, mais peu lui importe, sa différence est aussi sa fierté. À force de volonté et grâce au soutien de sa famille, il a progressivement réappris à marcher, à parler, à accomplir tous les gestes de la vie quotidienne… Il a repris ses études, obtenu un DESS et trouvé un emploi. Aujourd’hui marié et père d’une famille nombreuse, il mesure "l’énorme chance [qu’il a] eue de pouvoir reprendre une vie normale, malgré les séquelles invisibles" de son traumatisme crânien.

Protéger les enfants

Il suffit d’une chute de la table à langer ou d’un lit superposé pour provoquer un traumatisme crânien chez l’enfant. S’il a moins de 18 mois, il faut toujours consulter. "Nous sommes très vigilants, car leur tête est fragile. Nous redoutons une éventuelle fracture du crâne et surtout un hématome qui se serait formé à l’intérieur de la boîte crânienne et qui comprimerait le cerveau", explique le Pr Philippe Labrune, pédiatre. Chez les plus grands, ce sont les chutes dans l’escalier et les accidents de roller ou de VTT qui peuvent être redoutables. Le plus souvent, l’enfant s’en sort avec une grosse bosse.

"La première nuit, cependant, on conseille aux parents de le réveiller toutes les trois heures pour s’assurer qu’il va bien. Au moindre signe inhabituel (vomissements, douleurs, saignements du nez ou des oreilles) ou changement de comportement (somnolence, perte d’appétit), ils doivent consulter." Pour ne pas en arriver là, mieux vaut l’équiper d’un casque pour faire du vélo, du roller, du ski ou du skateboard, protéger l’accès à l’escalier ou aux fenêtres par une barrière, et ne jamais le laisser sans surveillance.