Pour en finir avec la douleur

Pour en finir avec la douleur

Jambe cassée, mal de tête ou suites opératoires, nous connaissons tous un jour la souffrance. Dans la grande majorité des cas, nous pouvons en être soulagés au plus vite.

Douleurs menstruelles, abcès dentaires, colites, coliques néphrétiques ou hépatiques, hernies discales, maux de tête, entorses, etc. La douleur est un signal, qui nous avertit de la présence d'un désordre susceptible de nuire à notre organisme.

Traiter l'affection sans traiter la douleur ?

Son interprétation pose parfois problème au médecin, qui, satisfait

d'avoir identifié l'affection et trouvé son traitement, oublie de nous soulager de la douleur en tant que telle. Dans son esprit, elle disparaîtra avec la maladie, il n'y a donc qu'à attendre !

"On sait aujourd'hui que les choses ne sont pas si simples, insiste Martin Winckler, auteur de "La maladie de Sachs" et de "C'est grave docteur ?" (éditions La Martinière, 2002). Écrasé par la douleur, le cerveau peut se “fixer” sur celle-ci et continuer à la ressentir lorsque la cause a pourtant disparu."

À nous donc d'oser réclamer un soulagement, ou de changer de médecin si le nôtre n'est pas assez compétent en la matière. Car une souffrance intense ou qui persiste est inutilement destructrice.

Du zona à la migraine : des traitements existent

Le zona

C'est une maladie infectieuse provoquée par le virus de la varicelle, "endormi" depuis des années dans un ganglion nerveux. Son réveil soudain s'accompagne de sensations de brûlure intense qui peuvent persister des mois et même des années. On sait aujourd'hui que la prise rapide d'antiviraux diminue nettement les douleurs résiduelles. Mais combien de généralistes les prescrivent systématiquement ?

La migraine

Les migraineux paient aussi un lourd tribut à l'obscurantisme. La moitié d'entre eux se soignent seuls, au risque de se créer des maux de tête permanents. Ceux qui consultent un médecin ne voient pas toujours leur mal identifié, ni bien traité. À plus forte raison s'il s'agit d'enfants (près de 10 % en souffrent). Seuls 5 % des migraineux bénéficieraient d'un traitement adapté. Alors que la migraine se soigne très bien lorsqu'on fait appel à un spécialiste.

Soins, examens, opérations : il est possible de prévenir la douleur

Plus personne n'envisage de soins dentaires sans une anesthésie locale, précédée d'un petit jet de spray pour éviter de sentir la piqûre. Peu de femmes refusent le secours de la péridurale pour un accouchement difficile. Pourtant, à combien de personnes âgées administre-t-on du MEOPA (gaz hilarant) lorsqu'elles subissent des soins douloureux à domicile ? Combien de malades ont droit à une noisette de crème anesthésiante ou à un patch EMLA avant une ponction lombaire ?

Sept millions de personnes se font opérer chaque année en France. Souvent, on ne leur donne pas suffisamment d'antalgiques pour éviter les douleurs postopératoires.

Les pompes d'analgésie autocontrôlée (PCA) permettent aux patients de s'administrer eux-mêmes les doses de morphine nécessaires pour soulager leur douleur sans avoir à appeler l'infirmière. Elles sont sans danger, car on les règle selon le poids du malade et il existe une durée minimale pendant laquelle il ne peut pas se réinjecter de morphine. De toute façon, si le patient devient somnolent (premier signe de surdosage), il ne peut plus appuyer sur le bouton. Elles sont surtout utilisées pour les douleurs cancéreuses et les grands brûlés.

La morphine n'est pas un médicament miracle. Elle ne guérit pas la migraine, ni certains troubles neurogènes ou articulaires. Mais d'autres recours existent, telles les

infiltrations d'anesthésiques locaux ou l'électrothérapie, qui soulage les zones douloureuses en leur envoyant une stimulation concurrente à travers la peau. Il n'y a plus de raison de souffrir en silence !

La révolution récente du gaz hilarant

Le MEOPA n'a obtenu son autorisation de mise sur le marché que fin 2001. Il a fallu des années pour lutter contre les réticences et prouver la totale sécurité de la méthode. Désormais, le MEOPA peut être utilisé par toute équipe hospitalière. Dès 4 ans, l'enfant s'applique lui-même le masque, aromatisé à la fraise ou muni d'un sifflet pour réduire encore son anxiété. Le MEOPA est précieux au bloc opératoire, avant piqûres et perfusions, mais aussi avant tout geste effrayant, car il ne nécessite pas d'être à jeun.

Autre médicament de choix, pour prévenir efficacement les douleurs liées aux soins : la crème anesthésiante EMLA. Appliquée au moins une heure avant, cette crème magique abolit la douleur sur une épaisseur de peau de 5 mm.

Depuis octobre 1998, on peut donner de la codéine aux moins de 15 ans (la majorité des autres pays européens l'utilisaient depuis longtemps) ; la prescription de morphine aux enfants de moins de 30 mois a aussi été officialisée.

Désormais, toute opération - qu'elle soit aussi banale que l'ablation des amygdales ou beaucoup plus lourde - devrait être suivie d'une injection de morphine pour éviter à l'enfant de souffrir. On devrait également y recourir sans hésiter face à toute douleur importante (accident, brûlure, maladie), mal soulagée par le paracétamol.

Idées fausses sur la morphine

La morphine est la "pièce maîtresse" pour soulager les douleurs les plus intenses. Mais les vieux mythes ont la vie dure.

Peur de la dépendance

Lorsqu'elle est bien prescrite, il n'y a aucun risque d'induire une toxicomanie. On l'a vérifié chez les adolescents malades qui s'en injectaient à la demande et ne souffraient d'aucun manque une fois guéris.

"La morphine, utilisée comme calmant, ne provoque pas d'accoutumance, écrit le Dr Claude Grange, responsable du service de long séjour à l'hôpital de Houdan, dans "Médecin de l'inguérissable" (éd. Bayard, octobre 1999). On dit que la douleur est son antidote. Autrement dit, tant qu'on administre de la morphine pour soulager une douleur, elle n'a pas d'autre effet secondaire qu'une constipation permanente qui nécessite la prise de laxatifs et parfois des nausées."

Peur de la mort programmée

Le mot résonne comme "mort fine" et reste encore trop souvent associé à l'idée de fin de vie. Pourtant, ce produit n'est pas réservé aux malades en phase terminale (même s'il demeure irremplaçable pour maintenir la qualité de leurs derniers instants). C'est l'intensité de la douleur qui le fait prescrire et non la gravité de la maladie. On l'utilise pour traiter certaines crises de coliques néphrétiques.

Peur d'entraîner une dépression respiratoire due à un surdosage

Ce risque est aujourd'hui parfaitement maîtrisé. La preuve ? On en donne même aux personnes atteintes de mucoviscidose, dont seule une petite partie du poumon fonctionne. "Il n'y a pas de posologie maximale, explique le Dr Claude Grange. La juste dose est celle qui soulage le malade. Un surdosage apparaît uniquement lorsque la douleur n'est plus là pour contrecarrer les effets indésirables du produit."

Les médecines "douces" ont leur place

Les spécialistes de la douleur le déplorent : les méthodes non médicamenteuses demeurent insuffisamment employées, alors qu'elles peuvent jouer un rôle précieux.

L'acupuncture trouve ici une de ses indications majeures. Les aiguilles induisent une action réflexe ou déclenchent la libération d'endorphines, substances sécrétées par notre cerveau, qui ont la même structure chimique que la morphine.

La phytothérapie obtient parfois des effets remarquables (camomille, chrysanthème, angélique, papaye, aconit, harpagophytum etc...). On les emploie en cures de trois mois, répétées pour les douleurs chroniques.

Les techniques manuelles : ostéopathie douce, massages chinois ou ayurvédique, balnéo-hydrothérapie se révèlent très intéressants pour certains maux.

Une structure en France consacrée à la douleur

Après deux initiatives pionnières, mais dénuées de moyens, la première structure française consacrée à plein temps à la douleur de l'enfant a ouvert officiellement le 1er novembre 1993, à l'hôpital Trousseau. En janvier 1994, elle démarrait une activité de consultation externe et, en 1996, une consultation centrée sur la migraine de l'enfant. Pourtant, il reste encore beaucoup à faire pour les plus jeunes.

"Quand, pour effectuer un soin sur leur enfant, on demande aux parents de sortir, ce n'est pas bon signe, juge le Dr Annequin, responsable de l'unité de Trousseau. Les parents mécontents peuvent écrire au chef de service, au directeur d'établissement ou à l'agence régionale d'hospitalisation. Ça marche bien plus qu'on ne l'imagine !"

La douleur de l'enfant n'est pas une comédie !

La douleur de l'enfant a longtemps été niée, en toute bonne conscience. On ne disposait quasiment pas de calmants pédiatriques, et les médecins n'avaient pas appris à déceler la souffrance chez les petits.

En 1986, le Dr Annie Gauvain-Piquard, pédiatre et psychiatre à l'institut Gustave-Roussy de Villejuif, a révélé que des enfants prostrés, silencieux, trop "sages" expriment en réalité une souffrance sévère. Mais les solutions demeuraient rares pour les soulager. "Aujourd'hui, les moyens existent. Ne pas soulager la douleur de l'enfant relève d'une certaine forme de maltraitance", juge le Dr Daniel Annequin.

Matthieu, 4 ans, doit subir quatre points de suture pour une plaie au bras. Pour ne pas augmenter sa détresse, on n'utilise pas d'anesthésie locale, car l'infiltration préalable nécessite au moins deux injections autour de la plaie. Les parents doivent sortir et les soignants maintiennent fermement l'enfant pour réaliser le soin en 20 minutes. La semaine suivante, Matthieu fait des cauchemars et trois fois pipi au lit, alors qu'il était propre depuis deux ans.

Julie, 5 ans, doit aussi être suturée après une chute de vélo. En présence de ses parents, elle inhale du MEOPA (un mélange gazeux contenant 50 % d'oxygène et 50 % de protoxyde d'azote), dont l'infirmière lui a expliqué l'intérêt et les effets. Au bout de 3 minutes, Julie sent sa tête qui tourne agréablement, elle perçoit des picotements autour de la bouche, elle a le sourire aux lèvres et son regard semble ailleurs. L'interne réalise son infiltration locale, et les cinq points de suture en l'espace de 5 minutes. L'enfant n'a rien senti, tandis que sa maman lui a chanté sa chanson préférée.