Pesticides, diesel et bisphénol A provoquent des maladies graves

Pesticides, diesel et bisphénol A provoquent des maladies graves

Recrudescence de certains cancers, de maladies chroniques, des perturbations hormonales… Qui sont les coupables ? Les produits polluants, répondent les professionnels de santé. Portraits-robots des principaux suspects.

Les pesticides, simplement toxiques

Que sait-on ?

Insecticides, raticides, herbicides, fongicides…, les pesticides sont des produits chimiques toxiques utilisés pour lutter contre les animaux ou les plantes jugés nuisibles dans l’élevage et l’agriculture. Depuis le fameux DDT, interdit en France en 1972, différentes familles de pesticides se sont succédé : organochlorés, organophosphorés, pyréthroïdes, carbamates…

Destinées aux denrées produites pour notre alimentation, ces substances finissent en partie dans nos assiettes. Mais comme elles sont aussi dispersées dans l’atmosphère lors des épandages, elles retombent avec les pluies, ruissellent vers les plans d’eau et arrivent ainsi naturellement à nos robinets.

Signalons que la culture du maïs et du soja, destinés aux carburants bio, échappe aux normes limitant les résidus de produits phyto­sanitaires dans l’alimentation. La production de « bioéthanol » se traduit donc aussi par d’importants largages de produits toxiques.

En juillet 2010, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a mesuré 70 000 échantillons d’aliments en Europe et trouvé des résidus de pesticides dans la moitié d’entre eux, dont 3,5 % au-delà des limites maximales admises.

Les premières victimes sont les agriculteurs. Leurs enfants sont plus affectés que la moyenne par des malformations génitales. Des doutes sérieux pèsent sur l’influence des produits phytosanitaires dans l’apparition de cancers et de pathologies du système nerveux, comme la maladie de Parkinson.

Que peut-on faire ?

Il faut tendre de plus en plus vers l’agriculture biologique, note Éric Ménat, médecin spécialisé dans la nutrition. Au quotidien, les jardiniers doivent cesser de pulvériser sans se protéger et, à la maison, il faut laver tous les fruits et légumes et éplucher ceux qui peuvent l’être : cela permet d’éliminer 90 % des résidus.

Le bio restant plus coûteux à l’achat, on peut le réserver à des produits prioritaires :

  • les aliments gras – huiles et œufs – qui accumulent les résidus de pesticides ;
  • les conserves de compotes cuisinées avec des fruits non lavés ou les sauces tomate mixées avec des légumes non épluchés ;
  • et surtout, ne jamais acheter de céréales complètes qui ne seraient pas « bio », car l’essentiel des résidus de produits traitants se trouve dans le son, l’enveloppe des grains.

Le bisphénol A, indésirable dans nos aliments

Que sait-on ?

Le bisphénol A (BPA) est un composant chimique contenu dans certains récipients en plastique, dans les boîtes de conserve et les canettes de sodas. Sous l’effet de la chaleur, notamment, des plastiques et résines migrent vers les aliments ou boissons. « Reproduction et environnement », une expertise de l’Inserm publiée en avril 2011, conclut sans ambiguïté à la toxicité du BPA dans l’organisme.

Cet élément est ce que l’on appelle un perturbateur endocrinien, car il exerce une toxicité spécifique sur les organes génitaux qu’il détraque en mimant l’action des œstrogènes. Il en résulte :

  • des malformations des testicules chez les petits garçons ;
  • des pubertés précoces ou des altérations de l’utérus et des ovaires chez les petites filles ;
  • une augmentation des cancers hormono-dépendants (du sein et de la prostate) chez les adultes ;
  • une baisse de la fertilité, notamment par une altération de la qualité du sperme ;
  • des altérations du développement du cerveau et de la fonction intestinale.

Aujourd’hui, le BPA n’est interdit que dans les biberons en plastique. Pour les autres produits, l’Efsa et l’Agence française de sécurité sanitaire ont défini une dose journalière acceptable de 0,05 milligramme par kilo de poids corporel (3,5 mg pour un adulte de 70 kg).

En octobre 2012, le Sénat a voté à l’unanimité une future interdiction générale du BPA dans les contenants alimentaires. Il a même été demandé l’interdiction totale, dès 2015, de tous les dispositifs médicaux contenant du bisphénol ou autre substance cancérogène et perturbateur endocrinien destinés aux bébés et femmes enceintes.

Que peut-on faire ?

En attendant l’interdiction totale du BPA, chacun a intérêt à prendre des précautions : ne jamais chauffer les contenants plastiques au micro-onde ou au four ; transférer dans un bol les aliments pour bébés, petites assiettes de purées ou barquettes de surgelés ; privilégier les contenants en verre pour les conserves, le réchauffage, etc., conseille le Dr Éric Ménat.

Les ondes électromagnétiques, un doute pesant

Que sait-on ?

Wi-Fi, téléphones portables, antennes-relais sont-ils sans danger ? Des études incriminent les antennes-relais dans l’apparition de maux de tête, de troubles de la mémoire et du sommeil, de vertiges, de tremblements et d’états dépressifs. Elles seraient aussi impliquées dans le développement de tumeurs du cerveau. Quant aux téléphones portables, ils sont accusés de provoquer des désordres fonctionnels du cerveau (mémoire, capacité d’apprentissage) et aussi de favoriser l’apparition de cancers.

Il reste que les études sur les ondes électromagnétiques sont très contradictoires et que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a dû, en mai 2011, se contenter de les classer comme « peut-être cancérigènes ».

Que peut-on faire ?

Il faut demander que les antennes-relais ne soient pas installées sur des écoles, des crèches, des hôpitaux. Dénoncer aussi l’inégalité entre propriétaires et locataires : les premiers doivent donner leur accord à l’unanimité avant l’installation d’une antenne-relais ; les seconds voient les antennes s’accumuler sur leur toit, surtout lorsqu’ils dépendent de bailleurs sociaux. Enfin, une pression doit être effectuée sur les opérateurs pour baisser la puissance des émissions, privilégier l’installation de réseaux de microantennes, comme cela se fait à Salzbourg, en Autriche », indique Patrice Halimi, chirurgien pédiatre et secrétaire général de l’Association santé environnement France, créée en 2008, et qui compte aujourd’hui 2 500 médecins adhérents.

Plus simplement, la tête des jeunes enfants jusqu’à 12 ans et le ventre des futures mamans doivent être tenus à l’écart des téléphones portables. Les gens qui téléphonent souvent sont invités à utiliser des oreillettes ou des kits mains libres, ou à communiquer par textos. Enfin, chacun peut s’interroger sur l’intérêt du « tout-Wi-Fi » à la maison et remettre de bons vieux téléphones filaires dans certaines pièces.

Le diesel, l’intoxication invisible

Que sait-on ?

Les particules de diesel sont des suies, c’est-à-dire un noyau de carbone sur lequel se fixent des hydrocarbures lourds imbrûlés, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des dioxines, des sulfates, des métaux, etc. Les pots catalyseurs les scindent en nanoparticules (plus petites qu’une cellule humaine) qui ne sont pas prises en compte dans les normes européennes. Pourtant, un litre de gaz d’échappement en contient de 1 à 10 milliards.

Les fumées noires ont donc été remplacées par une pollution invisible qui pénètre profondément dans l’organisme.

Cancers des poumons et des bronches, maladies cardio-vasculaires, aggravation du phénomène allergique et de l’asthme… ces particules sont responsables de 42 000 morts par an, selon l’OMS qui les a classées comme « cancérigènes certains » en mai 2012.

Que peut-on faire ?

Éviter dans la mesure du possible de se surexposer en faisant du sport en ville ou à proximité d’axes routiers chargés : inutile d’ouvrir nos bronches au maximum quand l’air est pollué de particules. Pour le reste, nous sommes plutôt démunis, sauf à choisir de ne pas rouler nous-mêmes en voiture diesel.