Migraines : des solutions existent !

Migraines : des solutions existent !

En France, la migraine affecte 5 à 8 millions de personnes, mais 60 % des migraineux ne consultent pas, se résignant à souffrir. Non, la migraine n'est pas une fatalité, on la soigne de mieux en mieux !

La grande majorité des migraineux acceptent tant bien que mal leur migraine comme faisant partie de leur héritage. Tout d'abord parce que cette maladie est familiale dans sept cas sur dix.

Sans doute aussi parce que la migraine n'est pas considérée comme une vraie maladie, mais plutôt comme une "sensibilité" féminine, quand elle n'est pas tournée en ridicule : "Pas ce soir chéri, j'ai la migraine". Et pourtant, dans plus d'un tiers des cas, elle affecte des hommes !

Une maladie bien réelle

Bien réels, ces maux de tête sont en fait dus à "une inflammation et une dilatation transitoires des artères de la dure-mère, l'une des méninges enveloppant le cerveau", explique le Dr Christian Lucas, neurologue.

Trop de malades l'ignorent. Par crainte de passer pour des "petites natures" ou par fatalisme, ils souffrent en silence… en attendant que ça passe.

Des symptômes multiples

Maux de tête, fourmillements, troubles du langage, nausées, vomissements, perception d'une aura (scintillements, points lumineux dans les yeux)…, les symptômes de la migraine varient d'un malade à un autre, et même d'une crise à l'autre. La migraine caractérisée par une aura visuelle est le plus souvent nommée migraine ophtalmique.

Les différentes manifestations présentent un point commun toutefois : une douleur, le plus souvent pulsative, et d'un seul côté de la tête, aggravée par un changement de position, le bruit, la lumière…

Les crises, d'intensité et de durée variables, peuvent être déclenchées par des facteurs hormonaux (règles, pilule, traitement hormonal de substitution), environnementaux (chaleur, bruit, odeur forte, lumière agressive, alcool, alimentation, manque de sommeil, etc.) ou psychiques (stress, anxiété, contrariété). Parfois, aucune "cause" n'est établie.

Un quotidien altéré

Tous les malades le disent : la migraine altère leur qualité de vie. Comme le confirme Pascale : "Au fil des mois, les crises sont devenues plus fréquentes, plus fortes. Certaines me clouaient au lit dans le noir et le silence absolus pendant deux ou trois jours. Je ne pouvais pas aller travailler, ni m'occuper de mes enfants, ni manger… Même pas me lever."

D'autres ont des attaques moins sévères, mais tous ont la hantise quasi permanente d'avoir une nouvelle crise.

Des AINS aux triptans

Pourtant, il existe un arsenal thérapeutique important, et de surcroît efficace. Il y a bien sûr les anti-inflammatoires non stéroïdiens (Ains), tels que l'ibuprofène, le kétoprofène ou le naproxène, les dérivés de l'ergot de seigle et surtout, depuis 1997, les triptans, délivrés uniquement sur ordonnance.

Ils agissent directement sur les mécanismes de la crise et empêchent la libération de substances à l'origine de la douleur. Cette nouvelle famille de médicaments apporte un réel soulagement dans la majorité des cas, sauf pour les personnes de plus de 65 ans, celles qui ont des antécédents d'AVC ou d'infarctus du myocarde, chez qui les triptans sont déconseillés, en raison de leur effet vasoconstricteur.

Les laboratoires proposent déjà six molécules différentes de triptan. La septième sera bientôt commercialisée. "Elles sont très semblables, mais chacune a ses particularités d'action", explique le Dr Michel Lantéri-Minet, neurologue, spécialiste de la douleur.

Tout l'enjeu est de trouver le bon triptan pour le bon patient au bon moment, sachant que la réponse à une molécule donnée est très variable selon les migraineux.

Un traitement personnalisé

"Traditionnellement, le médecin prescrit d'abord un Ains, type ibuprofène, dès les premiers symptômes, puis un triptan à prendre deux heures plus tard si le patient n'est pas soulagé", précise le Pr Gilles Géraud, chef d'un service de neurologie.

"À la quatrième crise de migraine, si l'ibuprofène seul s'est révélé à chaque fois insuffisant, nous conseillons au malade de prendre un triptan dès le début de la crise, ou parfois d'utiliser l'Ains et le triptan en même temps", poursuit le Pr Géraud.

"Nous prescrivons aussi parfois différentes molécules à un même patient. Il prendra l'une ou l'autre selon les caractéristiques de sa crise, le moment où elle survient…", ajoute le Dr Lantéri-Minet.

Et surtout, "si le patient n'est pas satisfait par son traitement ou s'il souffre d'effets secondaires (sensation d'oppression, endormissement…), il ne doit pas se résigner. Qu'il retourne consulter. Il y a forcément un médicament qui lui correspond".

Gare au surdosage

Un comprimé de paracétamol (inefficace en général), deux comprimés d'ibuprofène. Même chose quatre heures plus tard, puis le lendemain… Certains migraineux se soignent seuls et prennent plus de quinze comprimés d'antalgiques par mois pour calmer leurs crises ou dans l'espoir de les prévenir.

La hantise de souffrir à nouveau de migraines, de devoir rester allongé pendant plusieurs heures avec des douleurs quelquefois intolérables, les incite à prendre des antalgiques au moindre signe de malaise.

En fait, dans 2 à 3 % des cas, le remède est pire que le mal car il transforme la migraine en céphalée chronique quotidienne (CCQ), que la personne tente à nouveau de soulager avec du paracétamol ou de l'ibuprofène... Un cercle vicieux qui nécessitera un réel sevrage sous surveillance médicale.