Hypertension : à contrôler !

Hypertension : à contrôler !

L'hypertension peut passer inaperçue pendant des années jusqu’au jour où de sérieuses complications se révèlent. Une bonne raison de faire contrôler sa tension au moins une fois par an.

10,5 millions de Français, soit un sur six, sont hypertendus. Selon les spécialistes, il faut encore y ajouter deux à trois millions de personnes qui ne se font pas soigner ou qui ignorent leur état.

Une tension de 14/9, ça signifie quoi ?

Dans le domaine de l’hypertension, il existe deux chiffres fatidiques : 14/9. Au-dessus de cette limite, les médecins considèrent que leur patient est hypertendu. "Et même si seul l’un des deux chiffres est supérieur à ce niveau, précise le Dr Pierre-François Plouin, responsable du secteur d’hypertension artérielle à l’hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris. Malheureusement, encore trop de médecins l’ignorent !"

La tension artérielle est la pression du sang dans les artères. Elle varie pendant le passage du flot de sang produit par les contractions du cœur. Le chiffre le plus élevé correspond à la contraction, le plus faible au temps de repos du cœur entre deux contractions.

Par exemple, une tension de 14/9 (ou 140/90 mmHg) signifie que la pression maximale atteint 14 cm de mercure (pression systolique), et que la pression minimale atteint 9 cm de mercure (pression diastolique). L’hypertension artérielle est divisée en trois grades : léger (entre 140 et 159/de 90 à 99), modéré (systolique entre 160 et 179 et diastolique de 100 à 109) et enfin sévère (systolique supérieure à 180 et diastolique supérieure à 110).

L'hypertension, une maladie insidieuse

Le plus souvent, pendant des années, l’hypertension ne s’accompagne d’aucun symptôme. "C’est la raison pour laquelle la plupart des patients ne se sentent pas malades, ils sont même plutôt en forme et ne consultent pas, constate le Pr Jean-Jacques Mourad, président du Comité français de lutte contre l’hypertension artérielle (CFLHTA)".

"Et même lorsque certains signes pourraient être évocateurs, ils sont souvent ignorés ou mal interprétés. Les maux de tête, signes d’une hypertension légère ou modérée, sont confondus avec la migraine, les bourdonnements d’oreilles sont pris à tort pour des problèmes ORL, les mouches devant les yeux considérées comme un trouble d’origine ophtalmologique, etc.", observe-t-il.

À l’exception des rares personnes qui font une poussée hypertensive avec malaise, étourdissements, maux de tête violents et difficulté à respirer, l’hypertension est généralement découverte de façon tout à fait fortuite lors d’une consultation chez le médecin pour une banale rhinopharyngite ou un mal de dos.

La tension varie d'un jour à l'autre

À chaque contraction, le cœur propulse le sang dans les artères pour alimenter tous les organes en oxygène et en nutriments. La pression artérielle représente la force exercée par le sang contre les parois des artères. Elle varie d’un jour à l’autre, selon les moments de la journée (elle est plus basse la nuit) et sous l’effet des émotions.

La colère, l’excitation ou la peur peuvent la faire s’élever temporairement. C’est pourquoi le médecin peut être amené à prendre la tension de son patient plusieurs fois au cours d’une même consultation, afin par exemple d’éviter l’"effet blouse blanche" qui fait monter la tension subitement.

La pression artérielle augmente aussi avec l’âge : à 70 ans, 70 % des personnes souffrent d’hypertension. Les causes en sont multiples. Il y a bien sûr le vieillissement qui rend les parois des artères moins souples, une susceptibilité génétique quelquefois, mais aussi le surpoids, la consommation excessive de sel (qui augmente le volume sanguin), d’alcool, de tabac, le manque d’activité physique et, à un degré moindre, le stress.

Le mode de vie joue un rôle prépondérant puisque des études ont démontré que les conjoints d’hypertendus risquent davantage de souffrir d’hypertension. Tout simplement parce qu’ils ont peu ou prou une alimentation et des comportements identiques.

Faute de traitement, une hypertension légère ou modérée s’aggrave. Devenue sévère, elle risque de provoquer une maladie cardio-vasculaire, une attaque cérébrale ou un œdème du poumon, voire d’aboutir au décès du patient.

Les quatre principales menaces

"Une pression artérielle excessive provoque un rétrécissement définitif des artères et donc une moins bonne diffusion du sang à tous les organes, explique le Pr Mourad. C’est ainsi qu’insidieusement l’hypertension favorise la survenue de maladies du cerveau, du cœur, des reins ou des artères."

L’artériosclérose (lésions dégénératives des artères), l’infarctus du myocarde, l’accident vasculaire cérébral (qui provoque une paralysie) et l’insuffisance rénale sont les quatre principales complications de l’hypertension artérielle, quand elle n’est pas soignée.

Si l’hypertension est confirmée au cours de trois consultations consécutives (avec au moins deux mesures par consultation), le médecin prescrit à son patient un électrocardiogramme (ECG) pour apprécier le fonctionnement du cœur, une prise de sang (pour doser créatinine, potassium sanguin, glycémie, cholestérol) et une analyse d’urines pour s’assurer de l’absence de protéines ou de sang.

La recherche des causes d'hypertension

Il s’agit de rechercher une cause à l’hypertension, même si dans 95 % des cas aucune n’est trouvée, de dépister d’éventuelles complications déjà présentes et de mettre en évidence d’autres pathologies ou des facteurs de risque (diabète, hypercholestérolémie) qui viendraient renforcer le risque de maladie cardio-vasculaire.

Fort de ces résultats, le médecin pourra ensuite prescrire à son patient un traitement approprié. À commencer par d’incontournables recommandations hygiéno-diététiques.

"Il faut lutter contre l’excès de poids, manger moins salé, arrêter de fumer et limiter sa consommation d’alcool à un ou deux verres par jour", souligne le Dr Plouin. En fait, "le patient hypertendu peut manger presque tout ce qu’il veut, à partir du moment où il garde son poids de forme, assure le Pr Mourad. C’est un bon indicateur qui signifie qu’il ne mange pas trop gras, qu’il diversifie son alimentation et pratique une activité physique."

À raison d’au moins vingt minutes par jour, trois fois par semaine, le sport a un effet antistress et il contribue à lutter contre le surpoids. Pendant l’effort, nos muscles ont aussi besoin d’un apport plus important de sang. Pour y faire face, nos artères s’assouplissent et se dilatent. Les disciplines les plus recommandées sont la natation, la marche rapide, le vélo…, qui tous doivent être pratiqués en endurance.

Des traitements contraignants

Quelquefois, 4 ou 5 kg de moins suffisent pour faire baisser une tension un peu haute, mais souvent il est difficile de changer son mode de vie et son alimentation de façon durable et définitive. Lorsque la tension est redevenue normale, la tentation est grande de reprendre ses mauvaises habitudes ! Le médecin doit alors recourir aux traitements médicamenteux afin de favoriser la dilatation des vaisseaux.

"Ces molécules ont toutes un effet bénéfique sur la pression artérielle, mais aucune n’est efficace à 100 %, précise le Pr Mourad. Même en combinant deux, trois ou quatre molécules différentes, des progrès restent à faire."

L’étude Mona Lisa, consacrée à la surveillance de l’évolution des facteurs de risque de maladie cardio-vasculaire, vient de conclure qu’aujourd’hui encore, deux femmes sur trois et trois hommes sur quatre traités pour hypertension artérielle ne parviennent pas à faire baisser leur tension à 140/90 mmHg.

Par ailleurs, de nombreux hypertendus abandonnent progressivement leur traitement qu’ils trouvent trop contraignant. D’autant plus qu’ils ne se sentent pas vraiment malades. Or, dès qu’un patient arrête son traitement, sa tension augmente à nouveau et les risques de complication également.