Faut-il avoir peur de la radiothérapie ?

Faut-il avoir peur de la radiothérapie ?

Depuis trois ans, les incidents de radiothérapie se multiplient. Cinq malades sont déjà décédés et plusieurs centaines d'autres vivent dans l'inquiétude. Mais la situation est en passe de se normaliser.

En un an à peine, ce sont Épinal, Toulouse, puis Nancy, Montpellier, Tours et la Pitié-Salpêtrière, à Paris, qui ont fait la une des journaux, semant le trouble chez les malades atteints d'un cancer et soignés par radiothérapie.

Chaque fois, des dizaines de patients ont reçu une dose excessive ou inappropriée de rayons X. Faut-il pour autant remettre en cause le bien-fondé de ce traitement ? Certainement pas.

180 000 patients traités chaque année

La manipulation de rayonnements est très risquée, mais c'est aussi un progrès majeur. Chaque année, en effet, 180 000 patients bénéficient de cette technique qui vise à détruire les cellules malades en envoyant des rayons radioactifs sur la tumeur.

Elle peut guérir à elle seule certains cancers à un stade précoce (épithélioma de la peau, d'une corde vocale ou du col de l'utérus). Elle est indiquée en complément de la chirurgie ou de la chimiothérapie.

Trouver la juste dose de rayons X

Efficace donc, mais dangereuse aussi puisqu'on ne peut ni réparer ni faire régresser les dégâts dus à une irradiation trop importante. Tout l'enjeu est donc de trouver la dose juste de rayons X. Insuffisante, elle ne permet pas la guérison ; trop importante, elle peut créer des lésions irréversibles, en particulier des brûlures, sur les tissus sains environnants.

Pour assurer des soins de qualité, il faut un matériel fiable et performant, mais aussi des compétences humaines. "Or la précision de l'imagerie et la radiothérapie ont permis d'évoluer très vite au cours des dix dernières années, trop vite peut-être par rapport aux moyens de contrôle et de formation mis en place", admet le Pr Gilles Calais, chef du service de radiothérapie au CHU de Tours.

De multiples défaillances à Epinal

Pour autant, il ne faut pas faire l'amalgame entre les accidents de ces trois dernières années. Ce sont des cas distincts, dont les causes et les conséquences diffèrent.

Ainsi, à Épinal, il s'agissait d'une erreur humaine, d'un problème d'organisation et de pratique de la radiothérapie : le physicien était seul pour traiter 700 patients, alors qu'une circulaire du ministère de la Santé du 3 mai 2002 recommande de ne pas confier plus de 400 patients à un praticien !

Ces dysfonctionnements ont provoqué la mort de cinq malades, tandis que vingt-quatre autres gravement irradiés restent sous surveillance et que de nouveaux cas d'irradiation suspecte ont été révélés. Un numéro Vert (0 800 636 636) est destiné aux malades d'Épinal.

Problèmes de calibrage et de matériel dans les autres cas

À Toulouse, un "défaut de calibrage" semble responsable d'une surdose de radiations pour 145 patients, dont 6 sont jugés dans "un état préoccupant".

"Nous savons que le radiophysicien qui a procédé à la calibration d'un faisceau l'a fait avec un matériel inadapté. Maintenant, reste à comprendre pourquoi", souligne Jean- Luc Godet, directeur des rayonnements ionisants et de la santé à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Cet organisme administratif indépendant contrôle, depuis 2002, les installations hospitalières où sont utilisés les rayonnements ionisants.

Quant aux derniers cas en date, Nancy, Montpellier, Tours et la Pitié-Salpêtrière, ils seraient dus à des anomalies de matériel. "Nous avons été saisis par le constructeur pour un déplacement du centre du faisceau d'1,25 mm par rapport à son axe théorique", explique le Pr Calais.

Inspection générale

Face à cette série d'accidents, une inspection a été diligentée dans les 180 centres de radiothérapie de l'Hexagone et les experts réfléchissent pour définir des références d'assurance-qualité.

"Jusqu'ici nos contrôles étaient ciblés sur la protection du personnel et les règles d'aménagement des services, admet Jean-Luc Godet. Aujourd'hui, nous devons ajouter un volet à l'inspection."

Contrôles renforcés depuis 2008

Depuis 2008, tous les centres qui sollicitent une autorisation d'activité de radiothérapie doivent au préalable répondre à un certain nombre de critères de qualité, comme la formation du personnel et le contrôle systématique à chaque séance de la dose de rayons perçue par le patient…

"À chaque inspection, nous évaluons les dispositions mises en place et nous vérifions, en particulier, que chaque service dispose d'un registre des événements, procède périodiquement à son analyse et en tire des enseignements pour l'avenir", poursuit Jean-Luc Godet.

Davantage de radiophysiciens d'ici 5 ans

De son côté, face à l'importante pénurie de personnel révélée par une enquête de l'ASN, Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé, a annoncé son intention de doubler le nombre de radiophysiciens en cinq ans, pour arriver à un effectif de 700. Par comparaison, ils sont 1 200 en Allemagne et 1 800 en Angleterre, selon Thierry Sarazin, président de la Société française de physique médicale.

Ces mesures suffiront-elles à rassurer les patients et leurs familles, et à garantir la qualité et la sécurité des soins ? Peut-être, mais il faudra du temps…

Une échelle de gravité

Le 5 juillet 2007, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et la Société française de radiothérapie oncologique (SFRO) ont mis en place une échelle commune de classement des événements de radioprotection affectant des patients traités par radiothérapie.

Niveau 0 : événement sans aucune conséquence dosimétrique pour le patient, comme à Angers.

Niveau 1 : incident sans conséquence attendue ou susceptible d'occasionner des conséquences bénignes.

Niveau 2 : incident occasionnant ou susceptible d'occasionner une altération modérée d'un organe ou d'une fonction, comme à Toulouse.

Niveau 3 : incident occasionnant une altération sévère d'un ou plusieurs organes ou fonctions.

Niveau 4 : accident grave mettant la vie en danger, ou entraînant des complications ou séquelles invalidantes, comme à Tours.

Niveaux 5 à 7 : accident très grave entraînant des complications ou séquelles non compatibles avec la vie, comme à Lyon ou Épinal. Le niveau varie en fonction du nombre de personnes décédées : 5 pour un décès, 6 pour deux à neuf décès, 7 pour dix décès et plus.