Du bon usage du médicament sans ordonnance

Du bon usage du médicament sans ordonnance

Même disponible sans ordonnance, un médicament demeure un produit actif, donc jamais totalement dénué de risques. Connaître quelques règles permet de s'entourer d'un maximum de précautions.

Chaque année, en France, 130 000 personnes sont hospitalisées en raison d'un accident ou d'une maladie liés à une prise de médicament. Pourtant, près des deux tiers de ces effets indésirables pourraient être évités.

Certes, les spécialités proposées en automédication présentent a priori une toxicité modérée, mais alors qu'on ne voit pas malice à faire appel à un laxatif, un antidouleur, un collyre ou un sirop, ces produits peuvent tout de même être associés à des accidents graves.

Des effets indésirables peuvent provenir du médicament lui-même, de son association avec un autre, ou d'une erreur de prise. Petit rappel des précautions à prendre.

Ne cachez pas cette pratique à votre médecin

Au contraire, informez-le systématiquement et demandez-lui conseil. Pensez à prévenir aussi les spécialistes – ophtalmologiste ou dentiste par exemple –, car ils peuvent être amenés à prescrire des médicaments faisant mauvais ménage avec ceux que vous prenez, même pour un trouble bénin.

Attention à l'état du médicament

Avant de puiser de vieux médicaments dans l'armoire à pharmacie familiale, assurez-vous qu'ils ne sont pas périmés. Recourez uniquement à des produits stockés dans leur emballage d'origine et conservés dans les conditions préconisées (au frais, au sec, à l'abri de la lumière, etc.).

N'utilisez jamais un produit sans notice

Consultez-la toujours attentivement avant emploi. C'est un peu la "recette" du médicament, qui dit à quelle sauce le "manger". Elle indique sa composition, en commençant évidemment par le plus important, la molécule active, puis les excipients (ce qui se rajoute à la molécule pour permettre sa diffusion), le dosage, les contre-indications et les précautions d'usage (par exemple, penser à bien se laver les mains après application d'une pommade ou d'un produit antiverrues).

Respectez le moment des prises

Près d'un malade sur deux n'est pas assez rigoureux dans la prise de ses traitements : rythme, quantité, horaires. Or certains médicaments nécessitent le respect d'un délai entre deux doses. D'autres ne doivent être pris que le matin, parce qu'ils ont un effet excitant, ou au contraire uniquement le soir, parce qu'ils peuvent provoquer une somnolence. Il est parfois indispensable d'avaler un médicament à jeun, au cours d'un repas ou en dehors, pour améliorer son efficacité ou sa tolérance.

Redoublez de vigilance en période de changements dans votre vie (déménagement, vacances, voyages, etc.), pour éviter de modifier par mégarde les doses prescrites : une enquête a montré que 70 % des accidents évitables arrivent en de telles occasions.

Prenez toujours vos médicaments avec beaucoup d'eau. Il suffit d'un peu de déshydratation pour que le produit se retrouve plus concentré.

Lisez attentivement la composition du médicament

Des principes identiques peuvent être contenus dans des spécialités d'appellation différente, ce qui expose à des risques de surdosage (exemple : le paracétamol). Le nom de la molécule figure en dénomination commune internationale (DCI), comme sur les génériques.

II semble parfois compliqué, mais il permet de limiter le risque de cumul par des spécialités commercialisées sous plusieurs noms, par différents laboratoires, et contenant en fait le même principe actif. Le symbole ® derrière un nom de médicament indique, en revanche, qu'il s'agit de son nom commercial. Exemple : le Doliprane ® est un médicament à base de paracétamol.

Consultez votre pharmacien habituel

Le traitement doit toujours être de courte durée, pour ne pas retarder un diagnostic et pour diminuer le risque d'effets secondaires.

Pour vous protéger, en attendant la généralisation du dossier pharmaceutique informatisé, fournissez-vous toujours dans la même pharmacie. "La majorité des officines sont équipées d'un logiciel d'alerte sur leur ordinateur, qui mémorise tous les médicaments vendus au patient et signale les dangers d'interaction potentiels", explique Bernard Capdeville, de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France.

Enfants et femmes enceintes : populations à risque

Il faut avoir une attitude extrêmement prudente face à l'automédication, notamment à certaines périodes de la vie où l'organisme est plus fragile. Avant d'y recourir, on devrait toujours au moins passer un coup de fil à son médecin traitant.

Les femmes enceintes doivent faire particulièrement attention, car beaucoup de médicaments, y compris ceux en vente libre, peuvent nuire au bon déroulement de la grossesse ou mettre en danger la santé du bébé.

Quant aux enfants, ils ne doivent en aucun cas prendre un remède pour adulte (même à dose réduite). Ce n'est pas pour rien que les notices précisent un âge minimal ! Par ailleurs, l'état d'un tout-petit peut se dégrader très rapidement, même avec une fièvre peu élevée ou une banale diarrhée. Tout enfant "patraque" doit être montré à un médecin.

Vigilance pour les seniors

Les personnes âgées sont aussi particulièrement vulnérables. "Une dose prévue pour un adulte se révèle souvent trop élevée, précise Christian Jacquot, professeur de pharmacologie et pharmacocinétique à l'université Paris-Sud (Châtenay-Malabry), car avec l'âge l'élimination des médicaments est plus lente".

En outre, les seniors ont souvent l'appétit en berne. Or il est important de se nourrir régulièrement lorsqu'on est sous médicament, sinon sa part libre, active, augmente. Enfin, le vieillissement s'accompagnant souvent de plusieurs maladies, le nombre de médicaments se multiplie. Et les risques d'interaction aussi.

Malades chroniques plus exposés

Enfin, les personnes souffrant de maladies chroniques doivent aussi se montrer particulièrement méfiantes. Plus on consomme de médicaments différents, plus on s'expose à leurs effets indésirables, leur association risquant de diminuer l'action d'un remède ou d'augmenter dangereusement celle de l'autre.

Or les laboratoires ne testent quasiment jamais les médicaments sur des personnes souffrant de plusieurs pathologies et devant suivre plusieurs traitements au long cours. Attention particulièrement si vous souffrez d'insuffisance rénale ou hépatique.

Signaux d'alerte

Médecins et pharmaciens sont tenus d'alerter l'un des 31 centres régionaux de pharmacovigilance de tout accident lié à un médicament. Pourtant, on estime que seulement 10 % des cas sont répertoriés.

Car le patient ne pense pas forcément à un effet indésirable lorsqu'il est confronté à un phénomène inhabituel. Deux fois sur trois, il ne le signale même pas. Souvent aussi, il l'oublie ensuite. Ayez toujours sur vous une liste des médicaments avec lesquels vous avez eu de mauvaises réactions.

Si une éruption apparaît sur votre peau, qui démange ou non, si vous ressentez une fatigue inhabituelle, une sensation de malaise, de somnolence, une confusion, des troubles digestifs (vomissements, diarrhée, selles rouges ou noires), des vertiges, ou si vous êtes tombé, signalez-le immédiatement à votre médecin. Si certaines régions du corps, le visage notamment, commencent à gonfler (œdème de Quincke), appelez d'urgence le Samu (15).

Des médicaments délicats à manier

Aspirine.

Mal de tête, de dents, état grippal, douleurs musculaires ou articulaires : qui n'a eu, un jour ou l'autre, recours à l'aspirine ? Pourtant, non seulement elle agresse l'estomac (tout comme l'ibuprofène), mais elle peut provoquer des hémorragies.

C'est pourquoi il faut éviter toute prise prolongée, toujours l'avaler au milieu du repas (pour permettre une meilleure tolérance digestive), éviter d'en prendre pendant les règles ou lorsqu'on porte un stérilet, et s'en abstenir une semaine avant une opération ou une extraction dentaire.

Antitussifs.

Ceux à base de codéine sont susceptibles de provoquer une pause respiratoire chez le nouveau-né, lorsque sa mère en prend durant la grossesse. À base d'antihistaminique, ils entraînent parfois une confusion mentale chez les personnes âgées. Et de nombreux sirops contre la toux peuvent être dangereux lorsqu'ils sont associés à d'autres médicaments comme les benzodiazépines (Valium).

Mélanges dangereux.

Méfiez-vous particulièrement des couples suivants :

aspirine + anticoagulants (risque d'hémorragie) ; anti-inflammatoire (par exemple Voltarène) + autre anti-inflammatoire, tels l'aspirine ou l'ibuprofène (hémorragies digestives) ; somnifère + tranquillisant (perte de connaissance) ; alcool + n'importe quel médicament.

La prise d'alcool peut entraîner des réactions violentes, car elle augmente l'agressivité de nombreuses substances d'usage courant.