Diabète type 2 : tous menacés ?

Diabète type 2 : tous menacés ?

Chiffre hier encore impensable, la France compte aujourd’hui 3 millions de diabétiques. Et ce nombre continue à augmenter de plus de 5 % par an. Plus alarmant encore : un patient sur six ignore sa maladie.

Nous avons presque tous tendance à associer le mot diabète aux injections d’insuline. C’est ignorer qu’il en existe deux types différents. Le diabète de type 1 est effectivement une maladie auto-immune liée à la destruction des cellules du pancréas qui produisent l’insuline. Son déficit entraîne un excès de glucose dans le sang - hyperglycémie -, car le sucre n’est plus absorbé par les cellules de l’organisme.

Neuf diabétiques sur dix souffrent d’un diabète de type 2, moins spectaculaire, car le pancréas devient certes un peu paresseux mais continue à sécréter une quantité non négligeable d’insuline. Le problème, c’est que l’organisme devient résistant à son action, notamment chez des personnes en excès de poids dont la graisse rend la membrane des cellules moins perméable. Cette forme de diabète apparaît plus tardivement avec l’âge. C’est aussi la rançon d’une alimentation déséquilibrée et du manque d’activité physique.

De sévères complications

Pendant dix ou quinze ans, rien ne permet de déceler la maladie. C’est pourquoi, une fois sur dix, elle est découverte lorsqu’elle a déjà entraîné de sévères complications. Le sucre favorise en effet le dépôt de cholestérol sur la paroi des vaisseaux sanguins : il serait responsable chaque année de 30 000 infarctus et 12 000 accidents vasculaires cérébraux.

"Les petits capillaires sont les premiers touchés, précise le Pr Gérard Slama, diabétologue à l’Hôtel-Dieu (Paris). Leur 'caramélisation' diminue les capacités de cicatrisation et endommage les nerfs, occasionnant soit de violentes douleurs, soit au contraire une perte de sensibilité : des blessures ignorées aux pieds sont responsables de 8 500 amputations chaque année. La maladie retentit aussi sur la rétine - c’est la principale cause de cécité -, ainsi que sur les reins - près de la moitié des 35 000 dialysés sont diabétiques."

Elle double également le risque de maladies parodontales et occasionne des troubles de l’érection. "Si le sida ou la grippe aviaire touchaient autant de monde, vous verriez l’affolement !" ironisait le Pr David Matthews (Oxford) lors du dernier congrès européen sur le diabète, en septembre dernier.

Pourtant, seuls 12 % des Français redoutent cette maladie (enquête Carte Blanche/MSD-Chibret, décembre 2007). Jackie, 61 ans, dont dix en compagnie du diabète, avoue avoir mis longtemps à la prendre au sérieux : "Pour me 'réveiller', il a fallu que je fasse un coma diabétique et que je doive ajouter une piqûre d’insuline aux cachets."

Changer ses habitudes

Cette ignorance est d’autant plus regrettable qu’il est possible de prévenir ces complications. Le traitement est a priori facile : maigrir et augmenter son activité physique.

Malheureusement, lorsqu’il s’agit de changer d’habitudes, il y a loin de la théorie à sa mise en œuvre : retrouver une alimentation variée, diminuer un peu les "douceurs" (biscuits, confiseries, céréales du petit déjeuner, pâtisseries, sodas) et les graisses (sauces, charcuteries, fritures, plats cuisinés) au profit des légumineuses et des féculents (si possible complets) et redonner toute leur importance aux légumes verts, aux fruits et au poisson, pour perdre les quelques kilos qui font la différence. Mais l’idée d’un régime rebute de nombreux patients.

Quant à l’activité physique, on méconnaît carrément son importance pour combattre la maladie. "Alors que la sédentarité double les risques de diabète, rappelle le Dr Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport, l’activité favorise la pénétration du glucose dans la cellule. J’ai connu un cycliste professionnel qui arrêtait totalement ses injections d’insuline pendant le Tour de France et ne les reprenait qu’un mois plus tard." Trente à quarante-cinq minutes par jour de n’importe quelle activité (natation, vélo, marche rapide) devraient figurer sur l’ordonnance.

Des médicaments efficaces… jusqu’à un certain point

Bien suivies, ces mesures simples suffisent une fois sur deux à normaliser le taux de sucre dans le sang. "Lorsqu’elles n’y parviennent pas ou plus, des médicaments viennent les renforcer, mais leurs résultats sont moitié moins spectaculaires", souligne le Pr Jean-François Gautier, diabétologue à l’hôpital Saint-Louis, à Paris.

Depuis la découverte de l’insuline, en 1921, les chercheurs n’ont pas chômé. Il existe aujourd’hui cinq classes de médicaments antidiabétiques. Certains stimulent la sécrétion d’insuline, d’autres améliorent la captation du glucose dans les cellules, etc. Depuis l’an dernier, le rimonabant (Acomplia), la "pilule antiobésité", vient compléter l’arsenal pour les patients en surpoids et aide à diminuer la résistance de l’organisme à l’insuline.

D’autres médicaments vont encore arriver prochainement, agissant notamment sur les hormones incrétines, sécrétées lors des repas, qui aident à maintenir la glycémie à un niveau normal. "On a besoin de tous ces outils, explique le Pr Slama, car, après quelques années, le diabétologue doit souvent ajouter un deuxième médicament au premier, puis éventuellement un troisième, parce que la maladie progresse."

Une maladie mal contrôlée

Lorsque les médicaments ne suffisent pas à contrôler la glycémie, il devient indispensable de passer aux injections d’insuline (en attendant l’arrivée prochaine d’une insuline inhalée) pour désamorcer son évolution.

Les patients rechignent parfois à l’idée d’avaler des médicaments à vie pour une maladie sans symptômes. Conséquences : comprimés oubliés, activité physique négligée, régime jugé trop démoralisant.

Résultat : trois diabètes sur quatre sont insuffisamment contrôlés, comme l’a révélé récemment l’enquête européenne Choose Control, et quatre malades sur dix n’ont pas conscience de la nécessité d’abaisser la glycémie pour éviter la survenue de complications. Ils ignorent l’importance du dosage de l’hémoglobine glyquée pour suivre avec précision l’efficacité des traitements et l’évolution de la maladie.

Pour les aider à mieux contrôler leur diabète, l’assurance-maladie a décidé de lancer en avril un service téléphonique de conseils et d’écoute, baptisé Sophia, sur dix départements pilotes. Et les actes de prévention et de soins dispensés par les podologues aux diabétiques dont les pieds présentent des risques d’insensibilité de grade 2 et 3 sont sur le point d’être remboursés par la Sécurité sociale.

En soignant sérieusement son diabète, on peut vivre sereinement jusqu’à un âge avancé. "Un de mes malades est arrivé voici quarante ans avec de graves complications, confirme le Pr Slama. Depuis, il n’en a plus eu aucune." On peut même retarder sa venue en adoptant dès aujourd’hui un mode de vie plus sain.

Quel risque présentez-vous ?

Sur les quelque 3 millions de Français diabétiques, environ 500 000 l’ignorent. Voilà pourquoi il faut doser tous les trois ans son taux de sucre dans le sang à partir de 45 ans, voire plus tôt s’il existe un facteur de risque. Si vous répondez oui à l’une des questions suivantes, parlez-en à votre généraliste.

  • Existe-t-il des cas de diabète dans votre famille (père, mère ou fratrie) ?
  • Souffrez-vous d’un excès de poids ?
  • Avez-vous fait un diabète de grossesse (40 % des femmes concernées deviennent ensuite diabétiques) ?
  • Avez-vous un taux de cholestérol ou de triglycérides trop élevé (mêmes causes) ?
  • Avez-vous accouché d’un enfant pesant plus de 4 kg à sa naissance ?
  • Pesiez-vous plus de 4 kg à votre naissance ?

Analysez vos résultats

La glycémie est la teneur du sang en glucose. Sa mesure s’effectue à partir d’une prise de sang à jeun. Le seuil à partir duquel on parle de diabète est d’1,26 g/l, mais à 1 g/l on est déjà dans l’orange.

Le dosage de l’hémoglobine glyquée (ou HbA1c). Cet examen est le plus fiable pour suivre l’évolution de la maladie déclarée. Il reflète le taux moyen de glucose dans le sang sur les trois derniers mois. Il doit absolument être réalisé chaque trimestre et demeurer en dessous de 6,5 %.

Contacts utiles

Association française des diabétiques

Information et soutien des patients

AFD, 88 rue de la Roquette, 75011 Paris

Tél. : 01 40 09 24 25

Web : www.afd.asso.fr

Allô diabète

Des diabétologues, infirmières, diététiciennes et assistantes sociales informent et conseillent

Tél : 01 40 09 68 09