Dépister et soigner l’insuffisance respiratoire

Dépister et soigner l’insuffisance respiratoire

Seconde maladie respiratoire après l’asthme, la BPCO s’attaque aux poumons de 3 millions de nos concitoyens. Il est possible de s’en protéger.

Deux malades sur trois atteints de BPCO (broncho-pneumopathie chronique obstructive) s’ignorent dans la phase initiale de la maladie. Il faut dire que la BPCO est une obstruction des bronches lente et progressive, due à une inflammation et une irritation chronique des bronches. Essentiellement liée au tabac, elle altère petit à petit la libre circulation de l’air et conduit à un essoufflement d’abord lié à l’effort, puis permanent, qui s’aggrave par périodes !

Principales victimes : les fumeurs

La plupart des personnes atteintes sont des fumeurs ou ex-fumeurs de plus de 40 ans. "La BPCO est une maladie insidieuse de l’adulte", confie Jocelyne, 57 ans. Cette ex-buraliste, fumeuse jusqu’à 43 ans, soutient que la fumée n’épargne pas non plus ceux qui, passifs, ont travaillé dans des ambiances enfumées, au bureau ou dans les restaurants.

"Ma respiration est devenue de plus en plus difficile. J’étais essoufflée. Après des examens d’exploration respiratoire à l’hôpital, le médecin a confirmé le diagnostic. Je faisais aussi bronchite sur bronchite, mais pendant cinq ans, je suis restée dans le déni de la maladie." Aujourd’hui, Jocelyne vit quasiment en permanence avec une bonbonne d’oxygène.

Toutes les formes de tabagisme, cigarette, cigare, joint et chicha, favorisent le développement de cette maladie. Mais d'autres substances inhalées en milieu professionnel (poussières ou fumées industrielles) peuvent aussi jouer un rôle. Ainsi, 600 000 Français vivent à bout de souffle pour cause de BPCO sévère, 400 000 autres sont diagnostiqués, et près de 2 millions s’en arrangent en silence, réduisant leur activité, souffrant de BPCO modérée mais évolutive.

Diagnostiquer la BPCO au plus vite

Le souffle court, une grande fatigue, l’économie des mouvements, c’est ce qui caractérisait François, 64 ans, qui a réagi efficacement. "Il est important d’en parler. Le médecin traitant doit s’inquiéter de son patient de plus de 40 ans fumeur, même s’il ne présente aucun symptôme".

Dans une première étape, le médecin vous examine et vous pose des questions sur votre état de santé général, sur votre respiration quotidienne ou à l’effort, sur votre mode de vie et sur les endroits où vous avez travaillé. Il vous aide à prendre conscience de la baisse d’activité consécutive à la maladie et vous encourage au sevrage tabagique. Il peut mesurer votre souffle, en vous faisant expirer dans un appareil (Piko-6) qui donne une estimation de votre capacité respiratoire.

Il passe ensuite le relais au pneumologue, qui fait passer un examen, dit "exploration fonctionnelle respiratoire" ou spirométrie : il s’agit de souffler dans un tube relié à un ordinateur qui effectue la mesure complète de la capacité respiratoire.

Des traitements pour diminuer l’essoufflement

La BPCO concerne 5 à 10 % de la population adulte. Mais seulement 20 à 30 % des cas sont diagnostiqués et 10 à 15 % sont pris en charge. "On peut pourtant soulager des symptômes, explique Nicolas Roche, pneumologue à l’Hôtel-Dieu, à Paris. Le premier conseil est bien sûr de ne pas déclarer la maladie, en ne fumant pas et en évitant les autres agents toxiques (pollution, poussière de mine, industrie textile, élevage…)." Ensuite, on peut ralentir ou arrêter sa progression en cessant de fumer. Enfin, des traitements existent, associant hygiène de vie, médicaments et rééducation à l’effort.

Les médicaments utilisés sont avant tout les "bronchodilatateurs", qui diminuent l’essoufflement en "ouvrant" les bronches, ce qui améliore le passage de l’air. À un stade avancé, quand la fonction respiratoire est amputée de moitié, le médecin prescrit, en association, des corticoïdes inhalés, ce qui diminue les crises. Au stade ultime de la maladie, le patient ne quitte pas sa bonbonne d’oxygène, dans laquelle il puise au moins quinze heures par jour !

Devant la multiplication des cas, les médecins généralistes ont été sensibilisés à la maladie, sa prévention, son dépistage et sa prise en charge. Les personnes qui connaissent des difficultés respiratoires doivent leur en parler !

La rééducation : une solution très efficace

Moins de 5 % des malades souffrant de BPCO sévère bénéficient d’une rééducation physique et respiratoire. C’est pourtant un bon moyen d’améliorer la qualité de vie sur les plans de l’autonomie et de l’engage- ment dans des projets. "Les résultats sont spectaculaires, explique le Dr Franck Soyez, pneumologue, directeur scientifique du réseau Récup’Air. On propose au malade une prise en charge personnalisée".

Elle est exercée par différents professionnels de santé, soit à l’hôpital (un mois), soit en centre spécialisé en ambulatoire (trois fois par semaine pendant deux mois), voire au cabinet d’un kinésithérapeute (trois fois par semaine pendant trois mois). Le kinésithérapeute spécialisé insiste sur le réentraînement à l’effort, qui se pratique pendant 30 à 45 minutes, sur des tapis roulants ou des vélos d’entraînement. Il y associe des exercices de gymnastique douce et d’assouplissement. Il exerce aussi le malade au drainage bronchique pour le libérer des encombrements gênant la respiration.

Une infirmière ou le kiné divulgue des messages d’éducation thérapeutique. En hospitalisation, une aide psychosociale est proposée pour éviter l’isolement et la dépression. Enfin, des conseils diététiques et bien sûr une aide au sevrage tabagique complètent ce programme.

Contacts utiles

Fédération française des associations et amicales de malades, insuffisants ou handicapés respiratoires

Tél : 01 55 42 50 40

Courriel : ffaair@ffaair.org

Web : http://bpco.ffaair.org