Chirurgie de l'œil : de nouvelles avancées

Chirurgie de l'œil : de nouvelles avancées

De nouvelles techniques chirurgicales - laser et implants - permettent de corriger des myopies et hypermétropies sévères.

Opérer un œil myope ou hypermétrope fait presque partie de la routine.La technique consiste à modifier la forme de la cornée (la partie transparente en avant de l'iris) afin que les images que l'œil reçoit se forment exactement sur la rétine.

En effet, un œil myope est trop long. L'image se forme en avant de la rétine. À l'inverse, un œil hypermétrope est trop court. Dans les deux cas, la vision est floue.

La chirurgie au laser

La chirurgie au laser qui corrige les défauts optiques de l'œil s'appelle la chirurgie réfractive. La méthode originelle, le laser Excimer, consistait à débarrasser l'œil de la petite peau (épithélium) qui le recouvre et à travailler sur la cornée.La cornée mise à nu restait sensible pendant plusieurs jours.

Puis est apparu le Lasik : le praticien ouvre un petit capot à l'intérieur de la cornée, modèle cette dernière en profondeur et referme. Cela cicatrise vite et sans douleur.Seule contre-indication, le chirurgien ne peut intervenir que si la cornée est suffisamment épaisse.

De plus en plus élaboré

"Aujourd'hui, le laser est de plus en plus élaboré, confie le Pr Joseph Colin, président de la Société française d'ophtalmologie (SFO), le chirurgien est capable de détecter et mesurer des “aberrations visuelles”, c'est-à-dire des imperfections de surface qui entraînent un “parasitage” de la vision. En même temps qu'il modèlera la cornée pour guérir une myopie ou une hypermétropie, il corrigera ces défauts visuels."

Les principales "aberrations" que l'on peut ainsi modifier sont des "parasites" qui surviennent en vision nocturne : impression de petits halos autour des lumières, traînées lumineuses… Une vingtaine de centres en France procèdent à ce type d'interventions.

Dernière innovation : le "femtoseconde"

À la différence du Lasik, le "femtoseconde n'est plus un microscalpel qui façonne le capot, mais un faisceau laser. La découpe est plus précise, le résultat plus satisfaisant et les complications réduites.Pour l'heure, seuls une poignée de centres sont équipés d'un tel laser : quelques-uns à Paris et cinq en province.

Corriger des myopies, même sévères

Pendant longtemps, les chirurgiens ophtalmologiques ont opéré des défauts optiques moyens ou légers (myopies jusqu'à – 6 dioptries, astigmatismes légers et hypermétropies jusqu'à + 4 dioptries).

"Désormais, avec les “implants phake”, il est possible d'intervenir sur presque tous les yeux, y compris les plus sévèrement atteints, précise le Pr Colin. La technique consiste à ajouter une lentille, appelée “implant phake”, qui va corriger le défaut optique de l'œil. Les patients qui ont une cornée fine et fragile, et dont les yeux n'auraient jamais pu supporter une opération au laser, peuvent y recourir."

Une méthode "réversible"

La méthode présente de nombreux avantages. En particulier, elle est réversible, il suffit d'enlever l'implant. Quelques complications peuvent néanmoins survenir. Si l'implant est trop petit, il risque de tourner dans l'œil ; s'il est trop long, d'étirer l'œil, de déformer l'iris et la pupille, voire de provoquer une cataracte.

D'où les recommandations des chirurgiens, qui engagent leurs patients à consulter en urgence si une sensation bizarre ou une baisse de l'acuité visuelle survient et les invitent à un contrôle annuel de leur implant.

Presbytes : l'adieu aux lunettes

Et pour les plus âgés, la chirurgie est à même de corriger en un seul geste une cataracte (opacité du cristallin) et un défaut optique (myopie, hypermétropie, astigmatisme)…À 60 ou 70 ans, le patient retrouve une acuité visuelle meilleure que lorsqu'il avait 30 ans !

Soigner simultanément une cataracte et une presbytie

Mieux encore, une nouvelle technique permet de soigner simultanément une cataracte et une presbytie (l'œil ne voit bien que de loin). "Avant, quand on opérait une cataracte on se contentait d'enlever le cristallin et de le remplacer par une lentille artificielle.

Désormais, au lieu de mettre un cristallin unifocal (qui augmente la vision de loin mais nécessite le port de lunettes pour voir de près), on peut proposer des implants multifocaux, qui procurent une vision nette de près comme de loin", précise le Pr Colin.

Sur quelque 500 000 cataractes opérées chaque année, près de 10 000 le sont avec un implant multifocal. Dans certains cas, il arrive que l'on enlève un cristallin chez un patient qui n'a pas encore de cataracte ("extraction de cristallin clair") uniquement pour corriger sa presbytie.

Implants équipés de filtres

Outre ces innovations, les implants ont connu de nombreux progrès : tous sont munis de filtres UV (pour protéger l'œil), certains ont, par ailleurs, un filtre jaune qui protège l'œil de la lumière bleue qui menace l'intégrité de la rétine.

Enfin, il existe également des implants dits "asphériques", qui aident à mieux discerner les contrastes le soir et la nuit (utile quand on conduit !).

A quel prix ?

Ces opérations se font en ambulatoire : le patient regagne son domicile le jour même de l'intervention. Il est souvent préférable de s'adresser à un centre regroupant plusieurs chirurgiens (clinique ou hôpital).

"Nos interventions sont devenues tellement complexes que chaque chirurgien se spécialise dans une partie de l'œil ou dans une technique donnée", rappelle le Pr Colin. Aucune intervention en chirurgie réfractive n'est prise en charge par l'assurance-maladie. Certaines "complémentaires santé" participent aux frais. Renseignez-vous auprès de votre assureur. Pour les interventions au laser, comptez de 600 à 1 400 € par œil.

Pour les implants phake, environ 2 000 € par œil. La chirurgie de la cataracte est remboursée à 100 %, mais seulement pour les techniques traditionnelles. Pour les implants multifocaux, vous en serez de votre poche, soit environ 600 € par implant.

Ces opérations nécessitent un savoir-faire irréprochable.