Automédication : à quel prix ?

Automédication : à quel prix ?

Parce que les frais médicaux sont de moins en moins remboursés et que les Français souhaitent prendre davantage leur santé en main, l'automédication rencontre de plus en plus d'adeptes.

Deux Français sur trois recourent, de temps en temps ou régulièrement, à l'automédication. Pourtant, alors que l'hexagone est le pays d'Europe où l'on consomme le plus de médicaments, c'est aussi l'un de ceux où la part de l'automédication demeure la plus faible : 8 % seulement des médicaments que nous achetons sont délivrés sans ordonnance, contre près de 15 % en Allemagne, en Espagne ou en Grande-Bretagne.

Il y a encore peu, nous préférions les faire prescrire pour qu'ils soient remboursés… Mais la situation change.

Une politique de déremboursement

Afin de réduire le déficit de la Sécurité sociale, le gouvernement a entrepris de dérembourser les médicaments destinés aux affections mineures. Vous pouvez consulter la liste des médicaments déremboursés depuis le 1er janvier 2008 sur le site de l'Assurance maladie : ameli.fr

Hausse des prix sur les médicaments déremboursés

Il n'est pas certain, malheureusement, que l'accès direct à la pharmacie nous permette de réaliser des économies.

"En effet, dès qu'un médicament est déremboursé, son prix flambe (en moyenne de 34 %), rappelle Micheline Bernard, chargée de mission Santé au Conseil national des associations familiales laïques. Non seulement il devient libre à tous les niveaux – fabricant, grossiste –, mais la TVA passe de 2,1 à 5,5 % et le pharmacien a tendance à accroître sa marge pour rémunérer son rôle de conseil."

Ainsi, lorsqu'un collyre à la vitamine B12 a été déremboursé, le prix du produit leader du marché a été multiplié par cinq !

Comparer les prix

Il ne faut donc pas hésiter à faire jouer la concurrence entre laboratoires et entre pharmacies. Pour une même molécule en automédication, le prix peut varier du simple au double. Et pour exactement le même produit, par exemple un fluidifiant bronchique, "Le Moniteur des pharmacies" relevait des tarifs en officine allant de 4,39 € à 6,95 €.

Il n'est pas scandaleux de demander au pharmacien s'il n'existe pas un produit aussi efficace et moins cher.

Pas facile de s'y retrouver

À côté des médicaments qui ne sont plus remboursés, une même spécialité peut coexister sous un statut remboursable ou non, avec des noms (par exemple, le paracétamol ou la cetirizine, un antiallergique) et des tarifs différents. Tandis que certains médicaments vendus uniquement sur ordonnance ne sont pratiquement plus pris en charge (pilules contraceptives par exemple).

Déremboursé ne signifie pas inefficace

"Dans l'esprit de nombreux patients, un médicament remboursable est plus efficace, déplore Micheline Bernard. Une erreur renforcée par le message émis à l'occasion des déremboursements, arguant d'un “service médical rendu insuffisant”. C'est seulement la toxicité de la molécule qui fait qu'un médicament n'est délivré que sur prescription, et la gravité de la maladie qui le rend remboursable ou non."