Anesthésie générale : faut-il en avoir peur ?

Anesthésie générale : faut-il en avoir peur ?

L'anesthésie générale n'est jamais vécue comme un acte anodin. En parler avec l'anesthésiste, c'est arriver plus serein à l'opération.

Les craintes sont partagées : 64 % des femmes et 41 % des hommes avouent avoir peur de l'anesthésie. La peur la plus fréquente est celle de ne jamais se réveiller. Notre corps est inerte, notre conscience partie on ne sait où…

Le rôle de l'anesthésiste

Celui qui pilote le voyage, c'est l'anesthésiste, nos fonctions vitales sont entre ses mains. L'entretien aide le praticien à évaluer les risques. Il permet aussi au patient de s'informer, de poser des questions et d'accepter l'opération. Ceux qui sont émotifs se verront proposer de prendre un calmant pour aborder plus sereinement l'endormissement.

L'anesthésie générale a trois fonctions : endormir avec un narcotique, supprimer la douleur avec un morphinique et, éventuellement, paralyser les muscles avec un curare. Les risques graves (1 sur 100 000) comme les allergies, les problèmes cardiaques ou respiratoires font l'objet d'une attention constante durant l'opération. Le dispositif des appareils peut être impressionnant.

Le Dr Jean-Jacques Charbonnier, anesthésiste réanimateur à Toulouse, rassure : "La rapidité d'action de certaines drogues a permis de généraliser l'usage des anesthésies dites “flash”, avec des réveils parfaits. On peut faire aussi des anesthésies générales prolongées de plusieurs semaines ou plusieurs mois, sans effets négatifs. C'est le cas dans certaines réanimations, où le patient doit être maintenu en coma artificiel pour supprimer la douleur et permettre un traitement long qui serait mal supporté chez un sujet conscient."

Un accompagnement de tous les instants

Après l'intervention, la surveillance ne s'arrête pas, car le réveil est un moment délicat. L'équipe contrôle la tension artérielle, l'oxygénation du sang, le rythme respiratoire et l'état neurologique.

Les effets après le réveil

Après la reprise de conscience, une autre question surgit : "Vais-je avoir mal ?" Aujourd'hui la douleur est prise en charge, car on sait qu'elle retarde le processus de guérison et limite la coopération aux soins de suite. Tout un arsenal antidouleur est à la disposition des praticiens : sédatif en comprimé ou en injection, pompe individuelle ou péridurale. Les douleurs les plus fréquentes liées à l'anesthésie sont les maux de tête et de gorge (quand il y a eu intubation).

Elles peuvent s'accompagner de nausées, de sensations de froid, de vertiges et d'une fatigue générale qui peut durer plusieurs semaines. Les anesthésies ou paralysies prolongées sont rares. Les anesthésiants, proches des drogues, font craindre de délirer ou de perdre une partie des facultés mentales.

Les risques existent, mais ils sont souvent de courte durée. Les états de confusion concernent davantage les personnes âgées. Les amnésies sont variables d'une personne à l'autre.

Le rôle des proches

L'entourage aussi doit gérer sa propre appréhension pour pouvoir être utile au malade. Trop de jovialité ou d'assurance ne le désangoisse pas forcément. Écouter ses craintes avant et son expérience subjective après, sans la dénigrer ni la minimiser, permet un meilleur soutien.

Si l'on est confronté à des complications ou si l'on ressent une crainte en ce qui concerne le rétablissement normal de la personne opérée, il ne faut pas hésiter à demander des éclaircissements sur son état. C'est un droit.

Une sensation d'étrangeté

Qu'elle soit de longue ou de courte durée, cette problématique du "temps volé" débouche sur des questions pour certains : "Mais où étais-je quand tout ce temps s'écoulait ?" Ce sont peut-être ces ressentis difficiles à communiquer qui sont les plus perturbants, ainsi que certaines visions nettes et marquantes, bien différentes des états confusionnels ou hallucinatoires.

"En ce qui concerne les comas induits par les anesthésies ou certaines maladies lourdes, il demeure actuellement de nombreuses incertitudes pour pouvoir situer le niveau de conscience des patients, confie le Dr Charbonnier. Des recherches tendraient à démontrer qu'un état de conscience modifiée pourrait exister dans des états de coma très avancé. Ce qui est certain, c'est que les comateux ne souffrent pas et perçoivent la présence et l'amour de leur entourage. Tous ceux qui sont revenus de ces états profonds le reconnaissent."