Addictions : décrocher d’un produit

Addictions : décrocher d’un produit

Légale ou illégale, toute substance qui stimule notre cerveau peut nous faire perdre notre liberté. Cette toxicomanie "classique" demeure la forme de dépendance la plus répandue.

Les buveurs ne se divisent pas en deux camps tranchés : les "sans problème" et les autres. L’escalade se fait de façon progressive : "petit penchant" au départ, puis usage nocif, et enfin dépendance.

Lorsqu'on prend l'habitude de boire un verre de vin pour se détendre le soir, il en faut souvent deux autres ensuite pour se déstresser. Et quand on a davantage de temps (chômage, retraite, arrêt maladie...), on peut alors commencer à boire dès 17 heures...

Deux verres quotidien maximum pour les hommes

Les doses autorisées sont claires : deux verres quotidiens pour les hommes, soit quatorze verres par semaine. Les femmes ont droit à la moitié. Au-delà, les effets de l’alcool commencent à se faire sentir sur le foie, les artères, la tension, et les risques de cancer augmentent.

Mais, même en deçà de ce seuil, on a déjà une consommation à risque si l’on ne peut pas se passer de boire dix jours d’affilée sans souffrance, si l’on prend de l’alcool en étant enceinte, avant de conduire, ou si l’on "siffle" plus de quatre verres en une seule occasion.

Avoir le courage de consulter

Ceux qui ont déjà perdu le contrôle peuvent encore s’en sortir seuls.

Environ 40 % des personnes dépendantes de l’alcool ont arrêté sans traitement au bout de dix ans, soit 4 % par an. Ceux qui se font aider s’en sortent beaucoup mieux : le nombre de personnes devenant indépendantes à l’alcool grimpe à 25 % par an.

Il est donc préférable d’avoir le courage d’aller consulter. On peut obtenir les coordonnées de consultations spécialisées auprès d’Alcool Assistance au 0 821 00 25 26, ou sur le site de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie.

Des médicaments pour réduire le manque

Lorsque c’est possible, le sevrage est de plus en plus souvent réalisé à domicile, avec un soutien rapproché et des médicaments pour éviter les complications (épilepsie, delirium tremens). Les médecins disposent aussi de deux médicaments qui réduisent les symptômes de manque et diminuent l’envie de boire : l’acamprosate et la naltrexone.

Et depuis mars 2013, le selincro, médicament capable de réduire la consommation d'alcool chez les personnes dépendantes, a reçu une autorisation de mise sur le marché de l'Agence européenne des médicaments. Les résultats des essais cliniques ont convaincu l’agence de permettre aux médecins de prescrire ce traitement contre l’alcoolisme.

C'est le Finlandais Biotie Therapies qui a conçu ce traitement et son partenaire danois Lundbeck, qui se chargera de le fabriquer. Il sera commercialisé dans les premiers pays européens d'ici quelques mois.

Grâce à ces médicaments, les patients rechutent près de deux fois moins souvent. Le taux de réussite augmente encore quand on les associe à une aide psychologique. La sobriété est un moyen d’aller mieux, mais on ne se sort pas instantanément de plusieurs années de souffrance.

Les groupes d’entraide constituent enfin un excellent soutien (Les Alcooliques anonymes : 0 820 32 68 83, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24).

Certains auront besoin d’un séjour en postcure pour mettre leur vie à plat et se réinventer une existence sans alcool. Quelle que soit la voie choisie, au bout d’un an, deux tiers des malades vont beaucoup mieux. Un résultat que l’on rêverait d’atteindre dans d’autres maladies chroniques.

Des techniques de sevrage plus performantes

En ce qui concerne le tabagisme, les techniques de sevrage s’affinent et les professionnels sont aujourd’hui réellement à l’écoute des fumeurs dépendants. Mais pour mettre toutes les chances de son côté, mieux vaut ne pas brûler les étapes. Or elles sont au nombre de trois : préparer, réaliser et maintenir l’arrêt.

C’est pourquoi les thérapies de motivation font désormais partie de nombreuses consultations d’addictologie : quelques séances qui renforcent le désir de s’en sortir et confortent la confiance en soi, car se penser capable d’y arriver donne de la détermination.

Or, tandis que la volonté, c’est se forcer en permanence à ne pas se faire plaisir, la détermination, c’est le plaisir permanent de faire ce que l’on a décidé.

L'utilité des substituts nicotiniques

L’utilisation des substituts nicotiniques rend l’arrêt plus facile. On sait désormais qu’on obtient de meilleurs résultats en conjuguant substituts oraux et patchs à la nicotine. Les gommes peuvent aussi aider ceux qui ne sont pas encore prêts à se sevrer, en remplaçant peu à peu les cigarettes.

Autre option "progressive" : la prise de comprimés de varénicline - Champix ®, sur prescription médicale -, un médicament qui prend la nicotine de vitesse pour se fixer à sa place sur les récepteurs du cerveau ; on arrête le tabac au bout de la deuxième semaine de traitement.

Ces produits contribuent vraiment à apaiser le manque si on y recourt assez longtemps (trois à six mois pour que les récepteurs nicotiniques soient “endormis”).

On peut trouver la liste des quelque 650 consultations de tabacologie sur le site de l’Office français de prévention du tabagisme (www.oft-asso.fr) ou en appelant Tabac Info Service : 0 825 309 310.

Profiter d'une cure antitabac

Des cures antitabac figurent aussi parmi les spécialités de certains centres de thermalisme et de thalassothérapie (liste des cures sur www.chainethermale.fr ou thalasso.enligne.fr).

En dehors des soins thermaux, elles allient diététique, activités physiques et de relaxation (yoga, tai-chi, etc.) à des séances de sophrologie ou de thérapie comportementale et cognitive pour apprendre à se détacher des automatismes.

Une activité physique est essentielle

Pour "tenir" ensuite, l’activité physique est très importante. Elle aide à se déstresser, évite de grossir (en compensant les quelque 300 calories quotidiennes que "brûlait" le tabac) et elle stimule l’énergie alors que le sevrage peut mettre "raplapla".

Autres astuces : quand vous êtes sur le point de craquer, c’est que vous ne vous souvenez que des effets agréables du temps où vous étiez dépendant. Essayez de vous souvenir de tout ce que vous a apporté l’arrêt. Lorsque l’envie est très forte, dites-vous que le manque est comme une vague qui va retomber. Donnez-vous au moins trente minutes avant de “passer à l’acte”.

Bientôt des aides plus performantes contre le tabac ?

Une équipe du CNRS, menée par le Pr Jean-Pol Tassin, a démontré que la nicotine ne suffisait pas à expliquer la dépendance. Pour parvenir à dérégler le système des neuromodulateurs (dopamine, noradrénaline et sérotonine), elle doit être associée à d’autres produits : les inhibiteurs de monoamine oxydase (IMAO), également contenus dans le tabac.

Ces travaux permettent d’espérer la mise au point de nouveaux produits d’aide au sevrage plus efficaces, intégrant une action sur les récepteurs aux IMAO.

Par ailleurs, plusieurs équipes poursuivent la piste d’un vaccin qui empêcherait la nicotine de pénétrer dans le cerveau. Ce qui diminuerait aussi le risque de rechutes : si, par malheur, l’ancien fumeur reprenait une bouffée, ses récepteurs nicotiniques ne se réactiveraient plus illico.