Peut-on prévenir la rupture d'anévrisme ?

Peut-on prévenir la rupture d'anévrisme ?

On a tous entendu parler dans notre entourage d'une personne atteinte brutalement d'une 'rupture d'anévrisme'. La maladie fait d'autant plus peur qu'on la connaît mal. Pourtant, aujourd'hui, l'accident peut souvent être évité.

Certaines personnes naissent avec une fragilité des vaisseaux, qui demeure ignorée parce qu'elle n'occasionne aucun symptôme. Cependant, dans leur cerveau, la paroi d'une artère se dilate peu à peu, formant un petit sac de plus en plus mince et fragile, appelé anévrisme et qui risque de se rompre à l'improviste, à la suite d'un effort, d'un énervement ou d'une poussée de tension.

Une hémorragie dans le cerveau…

"5 % de la population aura un anévrisme intra-cérébral au cours de sa vie, précise le professeur Serge Bracard, secrétaire général de la Société française de Neuroradiologie (CHU de Nancy). Parmi ces personnes, seules 1 % seront victimes d'une hémorragie méningée, soit environ 5 000 Français chaque année. L'accident est plus fréquent autour de la quarantaine, il touche plus souvent les femmes et semble favorisé par l'athérome (dépôt de graisse sur la paroi des artères), l'hypertension et le tabac (fumer multiplie le risque par trois)."

Un dépistage

Il existe des formes familiales (un cas sur 10). Aussi, un dépistage (par scanner ou IRM), peut-il être proposé quand deux parents proches ont été touchés. Mais un tiers des anévrismes est découvert par hasard, lors d'un bilan effectué pour des maux de tête ou après un traumatisme. Plus il est gros, plus il risque de se rompre. Au dessus de 7mm de diamètre, une intervention sera proposée. Au-dessous, on se contentera de le surveiller. Le chirurgien peut pratiquer une petite ouverture dans la boîte crânienne et poser un clip qui mettra la protubérance "hors circuit" et rétablira la continuité artérielle. Cependant, chaque fois que c'est possible, il aura recours à une technique moins lourde.

Ces interventions, hélas, sont plus souvent pratiquées après la rupture, les deux tiers des anévrismes cérébraux ne se révélant qu'à cette occasion. L'hémorragie n'est pas toujours fatale. Mais l'anévrisme doit être traité avant le troisième jour, car une récidive survient très fréquemment. "La rupture d'anévrisme reste grave, reconnaît le Pr. Bracard. Elle entraîne un tiers de mort subite et un tiers de handicaps (du plus lourd, au léger trouble de la mémoire). Mais une bonne moitié des patients qui arrivent jusqu'à l'hôpital revient à une vie totalement normale."

Une hémorragie dans le l'abdomen

Les artères cérébrales ne sont pas les seules en cause. Huit fois sur dix, cette anomalie concerne l'aorte abdominale (plus gros vaisseau de l'organisme, cheminant depuis le coeur jusqu'aux jambes). "L'anévrisme de l'aorte touche 4 % de la population générale, mais jusqu'à 15 % des hommes de plus de 60 ans porteurs de risques cardio-vasculaires (hypertension, diabète), souligne le Dr. Samy Anidjar, chirurgien vasculaire à l'Institut Montsouris (Paris)." Outre une part de fragilité génétique, ces facteurs de risque contribueraient à faire vieillir précocement l'aorte. Là aussi, l'anévrisme peut rompre sans préavis, occasionnant une hémorragie mortelle huit fois sur dix. "Sur dix victimes, cinq arrivent à l'hôpital et la moitié seulement en réchappe, sans séquelle", précise le Dr Anidjar.

Anévrisme de l'aorte : un dépistage est possible

On découvre parfois l'anévrisme de l'aorte abdominale au cours d'une échographie de la prostate, d'un bilan d'artérite ou d'un scanner abdominal demandé pour une autre maladie. Mais le médecin généraliste pourrait aussi le dépister : il suffirait qu'il palpe le ventre de son patient et qu'il sente une masse battante suspecte. Passé 60 ans, n'hésitez pas à le lui demander ! Une équipe australienne a évalué l'intérêt d'un dépistage chez les hommes de 65 à 83 ans. Il diminue le risque de 39 % (et même de 81% chez les moins de 75 ans).

En effet, si une échographie confirme l'anévrisme, une surveillance annuelle est mise en place lorsqu'il ne dépasse pas 40 mm (le diamètre normal de l'aorte est de 20 mm). Au-dessus, il faut consulter dans un service de chirurgie vasculaire qui effectuera un bilan plus précis et conseillera sans doute une intervention. La chirurgie classique ouvre l'abdomen, coupe le segment dilaté et le remplace par une prothèse. Cette intervention assez lourde impose un passage en réanimation et environ dix jours d'hospitalisation. De plus en plus souvent et si toutes les conditions sont réunies, le médecin propose une autre solution, "l'endoprothèse", qui entraîne beaucoup moins de complications et de douleurs. Grâce à la surveillance de l'aorte sujette aux anévrismes, la majorité des patients sont aujourd'hui opérés préventivement.

Une nouvelle technique révolutionnaire

Apparu il y a une dizaine d'années, le cathétérisme interventionnel offre une alternative à la chirurgie. 85 % des anévrismes cérébraux sont aujourd'hui traités par un neuroradiologue : il introduit un cathéter dans l'artère fémorale, au pli de l'aine, qu'il remonte par les vaisseaux jusqu'au cerveau. Sous contrôle radiographique, le cathéter dépose alors des spirales en platine très souples dans la poche de l'anévrisme, puis il est retiré. Les cellules de l'organisme vont venir coloniser ces spirales et reconstituer une paroi solide.

L'équivalent existe pour l'anévrisme de l'aorte.

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