Savoir gérer son capital soleil

Savoir gérer  son capital soleil

Un teint hâlé, c’est joli, mais le soleil peut aussi réserver de mauvaises surprises. La peau devenant plus fragile avec l’âge, mieux vaut connaître ses risques, pour mieux se protéger.

Le « capital soleil » de chaque individu peut être comparé à un « permis à points » ! Autant dire qu’il faut savoir l’économiser, d’autant qu’il est ici question de santé. En avril dernier, Éliane, 49 ans, découvre un tout petit point sur son décolleté : « Je l’ai montré à la dermatologue, qui a procédé à une biopsie pour l’analyser. Il s’agissait d’un carcinome basocellulaire, une forme peu agressive de cancer de la peau. Depuis, je protège ma peau du soleil et je reverrai la dermatologue tous les ans. » Une sage résolution, car, face aux méfaits du soleil, nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne.

Un capital soleil qui se détériore avec le temps

Notre capital soleil dépend en grande partie de notre hérédité et de notre type de peau. Entre une peau blanche, laiteuse avec des tâches de rousseur et des poils roux, toujours très exposée aux coups de soleil (phototype I), et une peau mate bronzant facilement (phototype IV), toutes les variations existent. L’accumulation des expositions aux rayons ultraviolets (UV) est aussi déterminante.

Les personnes très exposées dès l’enfance et qui ont souvent pris des coups de soleil avant l’âge de 15 ans ont plus de risque de vieillissement prématuré et de cancer de la peau. « Les effets négatifs du soleil ne se manifestent qu’après de longues années, souvent autour de la cinquantaine. Avec la mode du bronzage, depuis des décennies, de plus en plus de personnes sont touchées », observe le Dr Marie-Hélène Munoz, dermatologue à Toulon.

En outre, avec l’âge, la peau évolue et se transforme. Tabac, pollution, stress, alimentation pauvre en antioxydants (fruits, légumes, poisson…), baisse de la sécrétion hormonale, tous ces éléments concourent à la faire vieillir, à la rendre plus mince et plus sèche.

La protection solaire à la plage, à la montagne...

Mais l’adversaire numéro un reste le soleil ! Il suffit de comparer, par exemple, la peau de l’intérieur des bras à celle des mains pour observer ses méfaits. Sur les zones exposées apparaissent des tâches, de nouveaux grains de beauté…

« Ces tâches brunes, appelées lentigos solaires, ne présentent pas de danger, mais témoignent d’un épuisement du capital solaire. Chez certaines personnes, on observe de toutes petites zones blanches dépigmentées, surtout sur les bras et les jambes. Dans les deux cas, c’est le signe que la mélanine à l’origine du bronzage ne fonctionne plus aussi bien qu’avant », explique le Dr Marie-Hélène Munoz, dermatologue à Toulon.

Soleil : bien aborder l’été avec des crèmes et des compléments alimentaires

Quelques semaines avant, prendre des compléments alimentaires à base d’antioxydants (bêta-carotène…), qui augmentent la tolérance de la peau au soleil mais ne diminuent pas le risque de cancers cutanés. Pour paraître hâlé sans s’exposer, on peut appliquer une crème autobronzante, tous les trois à quatre jours.

Simplement cosmétique, elle ne protège pas et ne dispense pas de la crème solaire. Pendant tout l’été, opter pour les crèmes solaires filtrant les UVA et les UVB, grâce à des filtres minéraux et/ou chimiques. Les filtres minéraux reflètent les UV en agissant comme un miroir et offrent une excellente protection, notamment chez les jeunes enfants.

Les filtres chimiques, parfois allergisants, se trouvent dans les crèmes ayant une texture plus agréable. Les indices de protection sont classés de faible (IP 6 à 14) à très haute protection (IP 50 +), en passant par moyenne (IP 15 à 29) et haute protection (IP 30 à 50). Attention, préviennent les dermatologues, il n’existe pas d’écran vraiment total : même une crème indice 50+ n’empêche pas de bronzer.

De la crème solaire toutes les deux heures

En été, l’exposition doit être progressive, on évitera le soleil entre 12 heures et 16 heures. Une pro­tection (crème, lait, gel…) adaptée au type de peau et à l’environnement est indispensable. Pour une marche en forêt, un indice de protection moyen (20 à 25) est suffisant.

Alors que pour une longue journée de plage ou une marche en montagne, il faut utiliser une crème de haute protection (indice 30 à 50, voire 50+), même pour les peaux les plus mates, en plus d’un chapeau à larges bords (ou une casquette) et d’une paire de lunettes.

L’application doit être renouvelée au moins toutes les deux heures et après chaque bain. « Ce n’est pas parce que l’indice est élevé qu’il faut mettre de la crème moins souvent ou que l’on peut rester plus longtemps au soleil, insiste Marie-Hélène Munoz. D’avril à octobre, je conseille à mes patientes de remplacer leur crème de jour par un écran indice 50+, neutre ou teinté. » Le hâle acquis après quel­ques jours n’empêche pas ensuite les brûlures…

Vous êtes fragiles : cherchez l’ombre

Pour les enfants de moins de 2 à 3 ans, une vigilance maximale s’impose, car leur peau n’a presque pas de défenses face au soleil. Chapeau, lunettes et T-shirt (y compris pendant le bain) sont de rigueur.

Jusqu’à la puberté, la peau reste relativement fragile. Les femmes enceintes ont aussi intérêt à bien se protéger pour éviter le « masque de grossesse », une pigmentation disgracieuse du visage, qui concerne aussi 5 à 10 % des femmes sous pilule contraceptive.

Les personnes qui prennent des médicaments photosensibilisants (risque signalé sur la notice), certains antibiotiques, antidépresseurs, diurétiques ou anti-inflammatoires contenant du kétoprofène doivent aussi se montrer très prudentes. Le soleil peut provoquer une réaction phototoxique immédiate ou une réaction photo­allergique 48 heures après, qui prend l’aspect de rougeurs et vésicules et provoque des démangeaisons.

Deux attitudes sont possibles : utiliser une crème de fort indice sur toutes les parties découvertes du corps ou, mieux encore, privilégier l’ombre. Enfin, pour tous ceux qui souffrent d’allergie au soleil, laquelle se manifeste sous forme de petits boutons rouges qui démangent, un traitement préventif à base de bêta-carotène ou de sélénium est conseillé, ainsi que des médicaments antihistaminiques, qui soulagent les symptômes. Quelques séances d’UV en cabine, contrôlées par un dermatologue, leur sont dans ce cas recommandées.

Grains de beauté : à surveiller après une exposition prolongée au soleil

Autre conséquence, plus grave, d’une trop forte et longue exposition au soleil : l’apparition ou l’évolution de grains de beauté (ou nævus). Un adulte en a en moyenne une vingtaine, qui se développent jusqu’à l’âge de 30 ans environ. Comme 35 % des cancers de la peau (ou mélanomes) se développent sur un nævus qui se modifie, il faut les avoir à l’œil !

La règle « ABCDE » permet de repérer les grains de beauté « louches » : A comme « Asymétrie » (forme irrégulière) ; B comme « Bords irréguliers » ; C comme « Couleur » (souvent plus de deux couleurs) ; D comme « Diamètre » (souvent supérieur à 6 mm) ; E comme « Évolution » (modification rapide de son aspect). Outre cette surveillance des nævus, il est conseillé d’examiner la totalité de son corps deux ou trois fois par an, en s’aidant d’un miroir en pied, et de consulter au moindre doute.

Les carcinomes (ou épithéliomes) : avec 80 000 nouveaux cas chaque année en France, ce sont les patho­logies les plus fréquentes et heureusement les moins graves. Ils apparaissent sur les parties du corps constamment exposées (visage, cou, avant-bras…), même sur une peau mate. Huit fois sur dix, il s’agit d’un carcinome basocel­lulaire - comme dans le cas d’Éliane -, dont l’évolution reste purement locale. Plus rares, les carcinomes spinocellulaires peuvent s’étendre et donner des métastases. L’ablation précoce entraîne la guérison, mais il faut rester vigilant : une fois sur deux, un deuxième cancer apparaît dans les années qui suivent.

Les mélanomes : ils touchent surtout les personnes à peaux claires ou qui ont plus d’une ­cinquantaine de grains de beauté, dus notamment à des coups de soleil dans l’enfance. S’ils sont dépistés trop tard, des métastases peuvent apparaître.

Pierre, 55 ans, a ­réagi à temps : « En prenant ma douche, j’ai remarqué un grain de beauté en haut du mollet qui avait changé de couleur et commençait à gratter. J’ai tout de suite pris rendez-vous chez le dermatologue. L’analyse du ­prélèvement a révélé un mélanome, opéré en urgence. J’ai passé un scanner de tout le corps pour vérifier l’absence de métastases. L’examen n’ayant rien signalé, la chimiothérapie et la radiothérapie n’ont pas été nécessaires. Je dois être suivi à vie, tous les six mois pendant cinq ans, puis une fois par an, et éviter de m’exposer. Mes fils, qui ont comme moi la peau claire, sont prévenus. »

« Cryothérapie et laser gomment les imperfections »

Les conseils du Dr Philippe Deshayes, dermatologue à Caen

"Pour faire disparaître des tâches brunes ou des lésions superficielles sur le visage, les mains ou le décolleté, on utilise la cryothérapie. Cette technique consiste à « brûler » les lésions avec de l’azote liquide à – 196 °. La peau rougit et cicatrise en huit à quinze jours. Le nombre de consultations varie selon la surface à traiter, et leur coût, variable de 45 à 100 €, est remboursé à 70 % du tarif conventionnel (23 ou 25 €).

Si les tâches réapparaissent au fil des ans et des expositions au soleil, nous passons à la technique du laser, qui détruit le pigment en profondeur. Son coût est plus élevé et non remboursé. Enfin, pour donner un coup d’éclat au visage, on peut réaliser un peeling superficiel, avec de l’acide glycolique par exemple.

Il n’agit que sur l’épiderme et peut supprimer des petites imperfections. Son coût est d’environ 80 €, non remboursés. Dans tous les cas, il faut attendre un mois avant de s’exposer « bien crémé » et prendre ses distances avec le soleil".

En savoir plus sur le capital soleil

Syndicat national des dermatologues vénérologues (SNDV) : http://www.syndicatdermatos.org.
Institut national de prévention sur la santé (INPS) : www.prevention-soleil.fr
Association sécurité solaire : www.soleil.info. Pour tout savoir sur les risques liés aux « surexpositions » solaires et apprendre à s’en protéger.

Et aussi sur Dossier familial